Archive for 18 février 2010

iPad vs GooglePad : guerre (pas encore) déclarée

Le très souvent pertinent et très « dans le(s) nuage(s) » Louis Naugès aborde sur son blog la concurrence à venir de l’iPad, qui pourrait se présenter sous la forme d’une GooglePad (appelée ici gPad…). Il en profite pour apporter un peu d’eau à son moulin en expliquant pourquoi le gPad sera sûrement le meilleur choix face à l’iPad.

Malheureusement, le score sans appel (4/1 pour le gPad) est très fortement sujet à caution. Pour s’en rendre compte, il faut reprendre le p’tit schéma de M. Naugès.

Maintenant, je reviens sur ses conclusions :
– Monotâche vs multitâches : L’iPad fonctionne avec l’OS de l’iPhone qui est encore, pour le moment, monotâche. Le gPad sera nativement multitâche, dès sa sortie.
Avantage …. gPad.

Cet argument-là est totalement pernicieux, puisqu’il compare un OS existant à un OS qui n’existe pas. Tout en supposant que l’OS existant n’évoluera pas d’ici là… Par ailleurs, il faut arrêter avec l’argument selon lequel iPhone OS n’est pas multitâche : il l’est, mais Apple refuse pour le moment que les applications tierce-partie puissent fonctionner en tâche de fond. Rien n’empêche une future évolution d’iPhone OS de tirer parti du multitâche, mais c’est seulement quand Apple aura trouvé la bonne implémentation qu’elle le mettra en route.
Enfin, Chrome OS est, à ce que j’ai compris, un système complètement basé sur le « Cloud », donc, un navigateur doté d’onglets, chacun de ces onglets étant une « tâche »… Rien n’empêche dans ce cas Safari d’être considéré comme une base de système multitâches ». Pour moi, pas de gagnant.

– Client lourd vs Client Allégé : l’iPad perpétue la logique client lourd d’Apple et privilégie les usages en mode non connecté. Le gPad, à l’inverse, ne fonctionnera qu’en mode connecté, toutes les applications étant accessibles depuis un navigateur. Pour les rares situations de non-accès au réseau, HTML 5 fournira en standard la capacité de travailler Off-line. Avantage …. gPad.

Là encore, il y a une erreur à mon avis importante : parce que le HTML 5 permettRA de faire du off-line, cela annihilerai la capacité actuelle de l’iPad… à déjà faire du offline ? Pas d’avantage particulier au gPad, je dirais même plutôt « au contraire », car il restreint l’usage au web. Souvenez-vous de l’accueil glacial des développeurs en 2007 quand Steve Jobs leur a expliqué que le truc super cool avec l’iPhone, c’est qu’on pouvait faire des Web apps et que ça serait suffisant… Le SDK est arrivé l’année suivante, et le paysage de la mobilité a été littéralement chamboulé. Avantage iPad, et pour moi, il est très clair ! Ah, et pour rappel : Safari sait *déjà* gérer le offline avec HTML5.

« – OS propriétaire vs Open Source : Microsoft avec son annonce récente de Windows Mobile 7 et Apple persistent dans leur démarche d’OS mobiles propriétaires. Google, Intel, Nokia ont choisi la voie Open Source, comme l’immense majorité des acteurs de ce marché. » Ouaip, et on voit comment ça leur réussit en termes de vente, par exemple chez Nokia. Par ailleurs, c’est oublier que ce n’est pas parce qu’une partie de l’OS est propriétaire qu’il est entièrement propriétaire (cf WebKit, qu’ils sont bien contents d’avoir chez Google & co). Enfin, avoir son propre OS, c’est aussi se permettre d’innover à son propre rythme. L’iPhone n’aurait jamais pu exister si Apple avait du attendre qu’un autre développeur se bouge les fesses pour sortir ce qu’elle voulait. Et parfois, il vaut mieux tout reprendre à zéro que s’embêter avec l’existant ! Pour rappel, Apple avait envisagé à une époque de prendre Linux pour iPhone OS, avant d’adopter OS X… Si elle ne l’a pas fait, il y avait probablement d’excellentes raisons. Enfin, si les autres plate-formes se sont mises aux applications en téléchargement sur les portables, c’est probablement que la logique « Web partout » ne fonctionne pas pour tout.

– Connectique minimale vs connectique ouverte : L’iPad est vraiment très pauvre dans ce domaine : une prise écouteur et une prise «propriétaire» pour se relier à un dock de chargement et de synchronisation, comme l’iPhone. Le gPad disposera, lui de connecteurs ouverts, USB en priorité.
Avantage …. gPad.

Ok, léger avantage. Encore que des accessoires pour le connecteur iPhone, c’est pas ce qui manque… Et que les accessoires indispensables seront probablement disponibles dès sa sortie.

– Applications propriétaires vs Applications Web : Les utilisateurs d’iPad auront immédiatement à leur disposition les 140 000 + applications déjà disponibles pour l’iPhone plus des applications nouvelles construites spécialement pour profiter des nouvelles caractéristiques de l’iPad. Les utilisateurs de gPad auront, immédiatement… toutes les applications du Web à leur disposition et probablement quelques applications spécialement réalisées pour le gPad.
Avantage …. iPad.

Et là encore, l’avantage est bien plus important pour l’iPad, puisqu’il bénéficie également de toutes les applications pour le Web, et d’applications qui seront optimisées pour son interface !

La conclusion suivante me semble encore bien hasardeuse : « Le gPad sera un choix beaucoup plus logique pour des responsables informatiques qui souhaiteront proposer une tablette professionnelle à leurs clients, capable d’accéder facilement à tous les nouveaux usages SaaS / Cloud Computing en situation de mobilité. » Je ne vois pas en quoi une solution basée sur iPad serait moins logique, alors qu’elle sera déjà fiabilisée, et qu’il existe déjà de nombreuses applications développées par ces mêmes entreprises pour l’iPhone, y compris en SaaS ou Cloud Computing.

Pour en revenir au sujet initial, je pense que le Cloud a clairement de beaux jours devant lui, et bien évidemment les solutions en ligne auront les faveurs de bien des services informatiques. Mais il reste un critère important à ne pas sortir de l’équation : l’utilisateur. Et là, Apple dispose d’une arme de poids : un parc d’utilisateurs déjà plus que conséquent de la plate-forme iPhone OS. Les entreprises qui se sont déjà lancées avec succès sur iPhone OS ne vont pas forcément avoir envie de se lancer sur une plate-forme juste parce qu’il y a marqué Google dessus. Par contre, avec une plate-forme déjà reconnue comme iPhone OS, les risques sont moins importants…

Enfin, il est toujours facile de comparer un vaporware face à un produit réel… Pour le moment, le gPad n’existe pas, l’iPad sort dans moins de 45 jours. D’ici à fin 2010, Apple dispose d’un boulevard pour convaincre les entreprises de la pertinence de sa plate-forme et pour faire évoluer iPhone OS… Et ce n’est pas parce que l’approche d’Apple est différente qu’elle est forcément mauvaise. Enfin, est-ce que toutes les entreprises ont vraiment envie d’être dépendantes de Google, alors qu’elles sont à peine en train de sortir de l’hégémonie de Microsoft ? Rien n’est moins sûr…

En tout cas, je rejoins Louis Naugès sur un point : les mois à venir vont être compliqués pour les services informatiques. Et passionnants :-)