Archive for 23 septembre 2012

« It’s all part of the Plan »

L’un des plus gros changements opérés par Apple dans iOS 6 est évidemment l’abandon de Google Maps au profit d’une solution maison pour l’application Plans. Et évidemment ça n’a pas raté : Apple reçoit une volée de bois vert pour proposer une solution incomplète, gavée d’erreurs, qui ne propose pas ce que propose Google Maps.

Dans un sens, ces critiques sont justifiées. Plans est effectivement parfois franchement à côté de la plaque. C’est une situation qui s’améliorera rapidement, avec les informations fournies par ses utilisateurs. Et je pense qu’Apple n’avait malheureusement pas le choix que de lancer sa solution maintenant. Même si incomplète, même si imparfaite. Expliquons pourquoi.

Google, l’ex-meilleur ami de 30 ans d’Apple

En 1994, Édouard Balladur, ami de 30 ans de Jacques Chirac, avait assuré à ce dernier qu’il ne se présenterait pas aux élections présidentielles, quand bien même les médias le mettent en tête dans les sondages.

1995 : BIM. Balladur se présente. Comme lui faisait dire sa marionnette à Chirac : « ça picote un peu« . Curieusement, Chirac a gardé une certaine rancœur contre Édouard et son dauphin, un certain Sarkozy.

Apple et Google, c’est Chirac et Balladur.

En 2007, Steve Jobs présente en fanfare l’iPhone. Parmi les nombreux partenaires : Google, qui est associé pour l’application Plans. Eric Schmidt vient sur scène faire un petit speech, c’est le bonheur, tout juste s’ils ne vont pas se faire un gros calin sur scène avec Steve.

Fin 2007, Google présente pour la première fois Android, et annonce sa volonté de développer un OS qui, de façon assez étonnante, ressemble de plus en plus à iPhone OS. Steve Jobs pète un cable, la guerre est déclarée.

L’émergence du GPS

Par ailleurs, le GPS a commencé très rapidement à faire son entrée sur l’iPhone, dès le modèle 3G. Fonction très demandée, et très populaire, pour laquelle Google a sur Android un avantage non négligeable : proposer le guidage vocal pour les déplacements, gratuitement. Le mode GPS de Maps est particulièrement convaincant, et pour Apple, il ne fait guerre de doute qu’il va falloir y passer pour ne pas perdre en popularité dans les années à venir.

L’avantage de Google : le temps

Problème : avec Maps, Google a un avantage non négligeable puisqu’elle dispose d’une API bien gaulée, autour de laquelle se sont greffées des multillions de services. Comment concurrencer alors Google, qui a récupéré tant et tant d’informations mises à jour de façon contributive par autant d’utilisateurs depuis des années ?

Il n’y a pas vraiment de solution magique. La seule solution pour Apple était de se lancer dans sa propre solution de cartographie. Un domaine complexe, immense, pour laquelle il y aurait certainement des difficultés au départ. Car il ne faut pas oublier qu’avec son avance, Google Map s’est affiné avec les années… alors que le service lui-même est resté en stade de beta durant de nombreux mois.

Le prix de la dépendance

Chez Apple, on a du se faire bien mal au cerveau pour savoir quoi faire à la fin du contrat avec Google. Je suppose que pas mal de solutions ont du être abordées, mais il était surtout évident qu’il était difficile d’accepter de continuer à travailler avec une société qui avait décidé d’attaquer un marché commun. « Ça picote. » Et chez Apple, on n’aime pas non plus être trop dépendant d’une société tierce. C’est l’effet Office : quand en 1997, Microsoft menaçait de ne plus produire Office pour Mac, il était évident que pour Apple, cela aurait été une catastrophe capable d’enterrer le Mac, si bien que Jobs a du faire de nombreuses concessions à Redmond.

La solution était donc évidente : pour ne plus être dépendante de son ancien partenaire devenu nouvel adversaire, il fallait qu’Apple crée sa propre solution de cartographie / GPS. Et c’est ce qu’elle a commencé à faire il y a quelques années.

Bienvenue au nouveau Plans

Plans sur iOS 6 a donc vu ses cartes remplacées par celles d’Apple. Et là, au lancement d’iOS 6, c’est le drame. On entend Internet râler sur la différence de qualité entre Google Maps et Plans. Un Tumbler montre les horreurs proposées par iOS 6 quand on utilise Plans. Certaines erreurs sont clairement très graves, d’autres sont plutôt amusantes.

C’est oublier que Google Maps a également eu son lot d’erreurs plus ou moins graves, qui n’ont été corrigées que parce qu’elles avaient été remontées par les utilisateurs. Chance : iOS 6 propose d’envoyer un correctif en quelques secondes (1. Sûrement moins de temps qu’il n’en faut pour râler sur un Tumblr, d’ailleurs. Excusez-moi pour cette perfidie.].

Par ailleurs, et pour mon expérience très personnelle : j’ai utilisé l’application Plans pour me diriger avec l’assistance vocale dans Paris sans aucune difficulté. Bien parti et bien arrivé. Comme d’habitude : on ne parle que des trains en retard… Mais pour beaucoup d’utilisateurs de Plans, l’application sera fonctionnnelle.

Par ailleurs, je trouve les vues proposées par Plans plutôt sympathiques, le mode 3D donnant un effet bien rendu, et le déplacement à deux doigts pour agrandir ou changer l’angle de visualisation est fluide et rapide. En clair : le moteur de l’application est plutôt pas mal du tout.

Apple aurait-elle du lancer Plans dans cet état ?

À mon avis : oui. Quand bien même sa réputation doit en souffrir durant quelques semaines ou mois, l’application Plans verra sa qualité augmenter rapidement, sans avoir besoin de mettre à jour l’OS. Car évidemment, tout se passe du côté des serveurs d’Apple. Apple va corriger inlassablement les données, et on verra une meilleure qualité dans Plans dans les mois à venir 1. Plans continuera d’évoluer au fur et à mesure qu’Apple intègrera de nouvelles bases d’informations, que Yelp renforcera ses commentaires, que les utilisateurs enverront des corrections, etc.

Cela me rappelle le lancement du geoportail de l’IGN : difficultés techniques car sous-dimensionné, moins à jour que des sites comme pagejaunes.fr, etc. Le problème reste le même : à un moment, il faut juste se jeter à l’eau. Il est impossible d’attendre les 100% de satisfaction sur un service de cartographie dès le départ, avec des informations 100% pertinentes. Ces services s’amélioreront2.

Apple a cependant commis quelques erreurs à mon avis plus grave que les erreurs sur les cartes :

  • Ne pas mentionner que Plans est en mode beta pour le moment. Les utilisateurs assument que Plans est en version finale et c’est dommageable, car on s’attend alors à quelque chose d’au moins aussi bon que Google Maps. Alors que ce n’est tout simplement pas possible ave un système qui se construira au fur et à mesure des années.
  • Ne pas proposer de version web de son service. Probablement l’erreur la plus importante. Google Maps est accessible par le plus grand nombre, depuis n’importe quel navigateur. Pour utiliser Plans, il faut forcément un appareil iOS sous OS 6. Même un Mac ne peut pas l’utiliser ! Sûrement dans OS X Sea Lion3… Apple devrait rendre sa solution accessible au plus grand nombre pour la rendre vraiment populaire, et ne pas se restreindre aux utilisateurs d’iOS.
  • Plans devrait être intégré à iCloud, pour que les cartes ou les informations saisies sur un appareil soient automatiquement disponibles sur les autres. Exemple : créer un trajet sur son Mac, récupérer son iPhone et accéder directement à ce trajet à travers Plans.

Encore une fois : il est difficile, du côté utilisateur, d’accepter que l’application Plans ne soit pas aussi bonne que Google Maps. Et clairement, elle ne l’est pas. Loin de moi l’idée de tresser des couronnes à Apple pour la qualité de sa nouvelle application, mais Apple était un peu dans une impasse face à cette situation. Elle a pris un chemin délicat, qui lui vaudra quelques claques dans la gueule. Et dans quelques mois, on aura oublié tout ça et on sera passé à autre chose, parce qu’il faut bien avancer. C’est ce que fait Apple, à sa façon…

« La route est droite, mais la pente est forte. » ©Raffarin. (Et promis, mon prochain article ne fera plus aucune allusion à la droite française.)

(PS : et si vous n’avez pas compris le titre de cet article, regardez l’excellentissime The Dark Knight).

  1. Les mauvaises langues ajouteront évidemment que vu l’état de Plans, ça ne pourra que s’améliorer. C’est petit.
  2. Les beta-testeurs auront constaté déjà des améliorations très significatives entre les premières beta et la version « finale ».
  3. Évidemment ça ne sera pas ce nom, mais je le trouve rigolo.

Le téléphone à 700$

Hero front

J’ai lu hier sur Twitter quelqu’un de choqué de voir des des gens payer un téléphone à 700$. UN TÉLÉPHONE.

Je me demande juste : est-ce que ces gens ont déjà tenu un smartphone de leur vie ?

Le smartphone actuel n’est plus un simple téléphone. C’est un objet qui remplace :

  • Un appareil photo ;
  • Un caméscope numérique Full HD ;
  • Une webcam ;
  • Un messager de poche ;
  • Un iPod (enfin, si vous préférez, un LECTEUR AUDIO)  ;
  • Un lecteur vidéo ;
  • Un ordinateur ;
  • Une console de jeu ;
  • Un boitier GPS ;
  • Un dictaphone…

Et bien d’autres choses encore. Faites la somme de ce que coutaient tous ces appareils il y a quelques années, additionnez-les, et vous vous rendrez compte que le coût d’un iPhone ou de tout autre smartphone n’est pas si élevé que ça. Un bon GPS, ça peut coûter 300€. Une console de jeu, 150€. Un appareil photo numérique, 150€. L’intégration dans un boitier de quelques millimètres d’épaisseur a un prix.

Sans oublier que les smartphones actuels intègrent des technologies de pointe:  magnétomètre, accéléromètre, gyroscope, écran de haute qualité, dans un appareil capable d’afficher une image HD sur une télévision Full HD, sans fil.

Tout ça dans un boitier qui tient dans la poche, et qui peut tenir à peu près une journée sur batterie et qui peut répondre à vos questions par la voix. Grosso modo, quand on voyait ces technologies-là dans un film de SF il y a dix ans, ça pouvait encore nous faire sourire. Aujourd’hui, c’est la réalité. Vous pouvez faire une visioconférence avec vos proches à l’autre bout de la planète, sans difficulté majeure1.

Ajoutez un clavier Bluetooth, un écran ou un vidéoprojecteur, et hop, vous avez un outil de diffusion de saisie ou de présentation qui tient dans la poche. Inimaginable il y a encore cinq ans.

Non, l’iPhone n’est pas un « téléphone ». Si vous pensez cela, vous passez effectivement à côté de quelque chose de bien plus intéressant qu’un TÉLÉPHONE. Je connais aujourd’hui des gens qui n’utilisent quasiment pas leur iPhone pour téléphoner, mais l’utilisent pour des tonnes d’autres tâches (productives ou non) toute la journée. C’est devenu un vrai compagnon, mais aussi un outil de loisirs, ou un outil pour se faciliter la vie.

Après, le coût que vous seriez prêt à y mettre, c’est autre chose. Mais je ne trouve pas démesuré qu’on veuille mettre beaucoup d’argent dans un appareil qu’on utilise tous les jours, pour des tâches très différentes. Personnellement, je trouve démentiel qu’on puisse mettre 500€ dans un sac à mains, ou 1000€ dans un collier, qui ne fera même pas de photo HD. Ou plus de 50 000€ dans une voiture, alors que je n’y vois qu’un utilitaire capable de m’emmener d’un point A vers un point B.

Mais je peux comprendre qu’on ait ce genre d’envie. Et je ne traite pas les autres de fous pour autant. Simplement, ce que nous sommes prêts à mettre pour accéder à certaines technologies diffère d’un être humain à un autre. Nous mettons dans les objets qui nous semblent intéressants ou adaptés à nos besoins parfois un prix qui peut sembler déraisonnable aux autres… mais ça ne rend pas nos choix dingues pour autant. Juste que nos centres d’intérêt sont différents, et c’est tant mieux.

En revanche, je vous le confirme : si vous achetez aujourd’hui un téléphone à 700€ juste pour passer des coups de fil, c’est idiot. Filez-le moi plutôt, j’en ferai bon usage, promis.

  1. Faites gaffe au décalage horaire, quand même.

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  1. Si mon calcul de probabilité est juste, les matheux du coin me reprendront en commentaire si nécessaire.