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High Sierra : comment s’y préparer en entreprise (et pas que)

High Sierra, alias macOS 10.13, approche à grands pas, et à ce titre, Apple a diffusé plusieurs articles techniques en amont, tous résumés dans cet article. Intéressons-nous y donc de plus près…

Abandon des certificats signés SHA-1 utilisés avec le protocole TLS.

Cela peut avoir un impact si vous utilisez d’anciens certificats sur d’anciennes versions de Mac OS X Server, par exemple. Notez cependant cette phrase pas anodine en italique dans le document :

Les certificats CA racine signés SHA-1, les certificats SHA-1 distribués par des entreprises et les certificats SHA-1 installés par les utilisateurs ne sont pas concernés par cette modification.

Cela n’est donc surtout vrai que si, par exemple, vous hébergez un site web sur un serveur, site protégé par TLS avec un certificat considéré désormais comme non fiable. Depuis macOS 10.12.4 et iOS 10, Safari affichait une alerte en cas de certificat non fiable, mais désormais, la connexion est carrément refusée. À vous de mettre à jour votre certificat sur votre site. Ça ne sera pas un mal dans tous les cas…

Et dans tous les cas, même pour vos certificats d’entreprise, ou autres, il vaut mieux basculer vers des certificats signés de façon plus sûre.

Les certificats utilisant des clés RSA d’une taille inférieure à 2048 bits à travers toutes les connexionsMacos aofs maj TLS ne seront plus considérées comme sûres.

Là encore, il s’agit d’une amélioration de la sécurité au vu des évolutions technologiques. Apple pousse la sécurité vers le haut, et préfère abandonner des technologies considérées comme obsolètes côté sécurité. Si vous êtes administrateur informatique, attention donc si vous utilisez par exemple des services comme des VPN utilisant des clés RSA un peu trop faibles.

Un exemple de clé RSA non valide sous macOS High Sierra (chiffrement 1024 bits).

TLS 1.2 par défaut pour les configuration EAP-TLS

Important surtout si vous utilisez une authentification de type entreprise exploitant le protocole EAP-TLS pour vos connexions Wi-Fi ou Ethernet. Vos points d’accès devront désormais utiliser TLS 1.2 et non plus 1.0. Dans le cas où vos points d’accès ne peuvent être mis à jour, vous devrez appliquer un profil de configuration sur vos Mac pour forcer l’utilisation de TLS 1.0.

APFS : tout ce qui va mettre le souk dans vos systèmes informatiques

J’ai déjà longuement abordé APFS, je ne reviendrai pas dessus, même si il va falloir éduquer quelque peu vos utilisateurs (« je comprends pas pourquoi désormais quand je duplique des fichiers de 10 Go, la copie se fait toute seule et la taille du disque ne bouge pas… »). Apple y a carrément dédié un article spécifique, pas encore disponible en VF (mais le lien que j’ai utilisé devrait pointer sur la VF dès qu’elle sera disponible).

Il va cependant falloir noter certains points TRÈS importants lors de la migration vers High Sierra.

  • High Sierra va automatiquement convertir tous vos disques de type flash (internes ?) vers APFS, et à priori, on ne peut pas l’éviter. Or, si vous avez des disques partagés via le protocole AFP, ceux-ci ne pourront plus être partagés en utilisant ce protocole (obsolète). Ça peut être gênant si vous avez des anciens clients sous Mac OS X, ou des logiciels qui supportent mal le SMB (<Tousse> Adobe CC <Tousse tousse>), dans ce cas vous ne pourrez plus vous connecter en forçant AFP plutôt que SMB.En clair, si vous avez des serveurs tournant sous des versions récentes de macOS, évitez le passage sous High Sierra si vous avez encore besoin du protocole AFP.
Macos aofs maj

Si vous voyez cette case sur un disque dur classique, vous ne la verrez pas lors de l’installation de la version finale de macOS High Sierra sur un disque flash.

  • Notez que le passage ne sera automatique que pour les disques intégralement Flash, donc pas de migration si vous utilisez un Fusion Drive ou un disque dur classique.
  • Si vous utilisez Time Machine via AFP, vous devrez basculer la connexion en SMB. Du coup, vos postes clients devront peut-être être reconfigurés pour être à nouveau sauvegardés via Time Machine.
  • Les versions de macOS antérieures à macOS 10.12.6 ne pourront pas lire ou écrire sur un disque APFS. Si vous devez assurer l’échange de fichiers avec des disques externes vers d’anciens systèmes, ne les convertissez pas vers APFS. Utilisez Mac OS Étendu pour l’échange vers des Mac, ou exFAT si vous devez également transférer des fichiers vers des PC (évitez FAT-32 (pas de gestion des gros fichiers) et NTFS (pas géré nativement par macOS en écriture)) (et oui je sais il y a trop de parenthèses dans cette phrase).
  • Boot Camp est supporté si vous mettez à jour votre Mac vers macOS Sierra, SAUF si le volume Boot Camp est d’une taille supérieure à 3 To ET réside sur un disque Fusion Drive. Que se passe-t-il si vous avez un volume Boot Camp de plus de 3 To sur un Fusion Drive ? Ben… on ne sait pas. Mystère total. Est-ce que le volume devient non bootable ? Est-ce qu’il faut recréer la partition Boot Camp intégralement ? Au cas où, vous pouvez quand même réduire le volume avec Camptune X (testé avec succès chez moi).
  • Dans tous les cas, Boot Camp ne gèrera pas APFS, en tout cas pour le moment. Cependant, la phrase d’Apple est ambiguë : Boot Camp doesn’t support Read/Write to APFS-formatted Mac volumes. Est-ce que ça veut dire que Boot Camp supportera au moins la lecture des volumes APFS ? SI vous avez la réponse à cette question, ça m’intéresse :)
  • Et évidemment, il faudra mettre à jour la totalité de vos utilitaires de gestion/réparation de disque avec des versions compatible APFS. Mais ça, vous vous en doutiez, n’est-ce pas.

Du côté des services d’annuaires…

Pas grand chose à signaler de ce côté. Ah si, quand même un truc important :

  • Les postes sous High Sierra ne pourront plus être reliés à un annuaire Active Directory dont le niveau de fonctionnalités est inférieur à 2008. Exit Windows Server 2003. Mais de toute façon, en tant que bon sysadmin, ça fait longtemps que vous avez dégagé vos serveurs 2003, n’est-ce pas (enfin je l’espère pour vous).
  • Y’a un deuxième point à savoir, si vous faites partie des 2 administrateurs à encore utiliser NIS, vous ne pourrez pas intégrer vos postes High Sierra. Je sais, c’est un coup dur.

Extensions de kernel… UAKEL bordel ! 1

Du côté des extensions de noyau, ou kernel pour les intimes, il y a énormément de changements. Tout d’abord, rappelons ce qu’est une extension de noyau. Il s’agit d’un fichier doté d’une extension .kext qui ajoute des fonctionnalités au micro-noyau de macOS. La plupart du temps, les extensions de noyau sont plutôt des pilotes matériels, des protocoles réseau, des systèmes de fichiers… Dans l’absolu, Apple invite fortement les développeurs à se passer des extensions de noyau pour éviter qu’un crash d’une extension provoque la chute du système (et donc un reboot obligatoire). Et il est rare qu’un logiciel ait vraiment besoin de charger des extensions de noyau. Mais cela arrive !

Avant High Sierra, une application pouvait installer une extension de kernel et se lancer tranquillou billou, sans que l’utilisateur en soit averti. Mais désormais, le comportement de macOS va changer. Un nouveau mécanisme appelé User Approved Kernel Extension Loading (UAKEL, c’est moche) va désormais inviter l’utilisateur à valider les applications à utiliser une extension de noyau à se charger.

Alors, j’avoue que quelque part, ça me laisse perplexe. En effet, dans cela fait seize ans que macOS charge des extensions d’applications tierce sans qu’Apple s’en émeuve, et d’un coup, ça devient un méga-problème. C’est très bien qu’Apple veuille que les utilisateurs sachent que des trucs se passent sur leur Mac, mais d’un autre côté, ça implique que l’utilisateur comprenne ce qu’est une extension de noyau, et aille valider dans un dialogue s’il souhaite ou non utiliser une extension sans comprendre vraiment à quoi ça sert. Mouaaaaaaaaaais. D’autant plus que l’utilisateur n’aura pas besoin d’être administrateur pour activer l’extension. Ce qui, à mon goût, tue un peu l’intérêt du truc. Cela me fait furieusement penser au concept de l’UAC sous Windows… Erik Gomez a longuement écrit (en anglais) sur ce qu’il appelle Kextpocalypse. Heureusement, Apple a modifié le comportement de l’UAKEL pour rendre la gestion bien plus simple que prévue :

  • UAKEL ne s’activera que pour les nouvelles extensions installées après ou pendant l’installation de High Sierra. Si vous avez déjà des applications installées qui utilisaient des extensions, elles seront automatiquement validées. Ça devrait déjà éliminer un paquet de problèmes.
  • Si une extension remplace une extension déjà validée, elle ne demandera pas la validation.
  • Surtout, si vos Mac sont enrôlés dans une solution de gestion de mobilité (MDM), telle Jamf Pro, Jamf Now, Airwatch, Filewave, Profile Manager… UAKEL sera automatiquement désactivé. Plus de crainte de centaines d’appels affolés après une migration en masse vers High Sierra !
  • Par ailleurs, Apple précise que vous pourrez désactiver UAKEL à la main sur vos postes à l’aide de la commande spctl en démarrant sur la partition Recovery (processus lourd). Et réinitialiser la NVRAM réactivera automatiquement  l’UAKEL.

Mettre à jour vers macOS High Sierra… ou déployer une image de High Sierra ?

Depuis l’arrivée du programme DEP pour le déploiement des appareils, la question de déployer un système en s’appuyant sur une image-disque avec un outil comme Deploy Studio ou autre se pose de plus en plus. Dans le cas du passage à High Sierra, la question ne se pose même pas :

Vous DEVREZ déployer au moins une fois High Sierra via l’application de mise à jour.

L’explication est simple : lors du déploiement de High Sierra, une mise à jour de firmware sera également automatiquement installée par le logiciel d’installation de macOS, comme l’explique cet article. Impossible également de mettre à jour un système sur un disque externe ou sur un Mac en mode disque cible.

Apple a d’ailleurs ajouté de façon très claire et bien visible dans son article :

Apple doesn’t recommend or support monolithic system imaging when upgrading or updating macOS.

C’est clair non ?
 
CEPENDANT.

Vous pourrez toujours faire une image d’un Mac après qu’il ait été migré en High Sierra une première fois, puis déployer l’image SI CES MACS ONT ÉTÉ DÉJÀ MIS À JOUR UNE PREMIÈRE FOIS VERS HIGH SIERRA.

En clair : si vous avez déjà mis une première fois vos Mac à jour vers High Sierra, rien ne devrait vous empêcher de déployer une image monolithique par la suite, une fois que le firmware a été déployé. Mais ça ne reste pas une solution que je recommande, pour plein de raisons qu’il serait trop long de lister ici.

Par contre, imaginons que vous commandiez un lot d’iMac ces jours-ci auprès d’Apple, et que ces iMac vous soient livrés avec macOS 10.12 Sierra. Là, vous vous dites, « les machines sont neuves, j’attends High Sierra et je les déploie avec un nouveau master tout beau tout propre vers High Sierra avant de les déployer, ni vu ni connu j’t’embrouille ». Ben là, c’est complètement non supporté et vous risquez de rencontrer des problèmes (kernel panics, chute de cheveux, nouvelle émission d’Hanouna, que sais-je). Donc, vous devrez passer par la case mise à jour de logiciels :

  • Par la partition Recovery avec Option + Commande + R (si vous utilisez Cmd + R, vous réinstalleriez la version de l’OS fournie avec votre Mac !) ;
  • En lançant l’installation de macOS depuis le Finder ;
  • Avec un disque d’installation  de macOS créé avec la commande createinstallmedia OU DiskMaker X (Et oui, cela signifie aussi que Diskmaker X sera sûrement d’actualité pour High Sierra ;-) ) ;
  • En créant une image d’installation avec l’utilitaire d’image-système et en la déployant avec la fonction Netinstall de macOS Server.

Le plus simple sera sûrement de déployer l’application High Sierra (à l’aide d’un logiciel d’installation customisé) en exploitant votre solution de déploiement habituelle, Jamf, Filewave, Munki, etc).

Conclusion

Ne migrez pas tout de suite vers High Sierra dès sa sortie. Si vous le pouvez, bloquez la mise à jour autant que possible, et attendez la version .2 ou .3 pour la déployer, comme d’habitude. N’oubliez pas que vous pouvez simplement désactiver le téléchargement des mises à jour en arrière-plan. Jamf Pro permet aussi de bloquer le lancement des applications

Et surtout, testez, testez et testez. La meilleure solution pour les déploiements de ce type consiste souvent à déterminer deux ou trois utilisateurs avancés/passionnés capables de vous faire des vrais retours d’expérience, capables d’assumer les conséquences d’une migration anticipée vers un nouvel OS, de vous indiquer clairement les soucis rencontrés.

N’hésitez pas à renvoyer à Apple vos rapports de bugs. Oui, ils sont bien lus et ils sont pris en compte, surtout si ils sont nombreux. Mais cela pourrait être l’objet d’un autre article.

Et dans tous les cas, enjoy macOS High Sierra !

  1. Je me rends compte que je n’ai jamais fait de vanne sur Kernel et Lion, alors que les Kernel de Lion, ça aurait pu faire un super gag gastronomique. C’est triste.

Apple Pay

«  N’importe quelle technologie suffisamment avancée est virtuellement indiscernable de la magie. » — Arthur C. Clarke 

C’est exactement la phrase qui me vient à l’esprit quand j’ai commencé à utiliser Apple Pay il y a quelques semaines, à l’aune d’un changement d’établissement bancaire (une banque à priori assez populaire). Tout dans le processus d’utilisation d’Apple Pay est complètement magique. De la reconnaissance vidéo de la carte, son intégration à l’iPhone, puis à l’Apple Watch, et son utilisation… Tout a été conçu pour réduire complètement la fameuse friction technologique (si chère à mon copain Mourad de 3 Hommes et 1 podcast).

Apple pay tim cook

Le plus intéressant socialement parlant est évidemment la réaction du commerçant de l’autre côté… surtout quand on paye avec l’Apple Watch ! Autant le paiement avec le téléphone, ça commence à rentrer (doucement) dans les mœurs, autant avec l’Apple Watch, ça surprend. Mais ça marche super bien, et là encore, l’absence de friction est remarquable. Double-tap sur le bouton latéral, on approche, bip, au revoir.

La plus grosse incompréhension vient du fait que la plupart des commerçants pensent que les limitations du paiement sans contact avec une carte sans code s’appliquent également avec Apple Pay, en particulier la fameuse limitation des 20€ de paiement. Or, ce n’est pas le cas. Vous pouvez parfaitement payer des montants dans la limite de ce que permet votre carte de crédit (bon, ça doit aussi dépendre peut-être des TPE). Du coup, ça peut être bien aussi sympa de rappeler aux commerçants qu’ils peuvent commander des stickers à poser sur leurs vitrines, ou même indiquer leur compatibilité Apple Pay dans Plans (cf cette page qui répertorie tout ce qu’il y a à savoir sur Apple Pay).

Mais il y a encore du boulot dans notre beau pays. J’ai passé quelques jours à Londres il y a quelques semaines à l’occasion de la conférence MacAD UK (où j’ai été invité comme speaker, on en reparle bientôt), et là-bas, j’ai pu circuler et tout payer dans la ville sans sortir une seule fois ma carte bancaire ou retirer le moindre penny à un distributeur. Là encore, le contrôleur dans le bus était amusé par le fait de contrôler la transaction depuis ma montre… Nous ne sommes pas encore là en France. Mais on s’en approche, petit à petit.

La dernière surprise, c’est ce Kickstarter pour le retour de l’application Twitteriffic sur Mac (auquel je vous invite à participer, tant qu’à faire), et là encore, le paiement par Apple Pay s’est fait sans douleur via Safari.

Apple Pay est vraiment magique. Et avec une friction quasiment nulle, c’est aussi un outil parfait pour nous faire encore plus consommer…

Nous sommes tous des petits lapins entourés de loups aux dents très longues.

Utiliser l’authentification à deux facteurs d’Apple ID avec un système non supporté

J’ai activé il y a déjà quelques temps sur mon Apple ID l’authentification à deux facteurs afin de sécuriser les accès à ce compte. Mais les conditions d’utilisations de l’authentification à deux facteurs requièrent l’utilisation d’une version de macOS égale ou supérieure à El Capitan (10.11) ou iOS 9 ou ultérieur. Or, j’ai du pour diverses raisons rétrograder hier une machine en 10.10. Et là, le drame : impossible d’authentifier mon compte dans iTunes ! Pourtant le dialogue d’authentification apparaît bien dans iTunes, mais on me demande de retaper mon mot de passe AppleID, et au bout de deux essais, il m’éjecte… alors que le code de vérification apparait bien sur mes appareils de confiance !

La solution, documentée, est finalement très simple : dans le dialogue de confirmation du mot de passe affiché par iTunes (ou par le système), tapez le mot de passe de votre AppleID suivi du code à 6 chiffres reçu sur un appareil de confiance. Le logiciel le reconnaitra alors immédiatement.

De quoi s’éviter parfois bien des prises de tête !

Jouez au Bingo WWDC 2016 !

Allez, hop, pour s’amuser durant la présentation de la WWDC ce soir, une petite grille de bingo à remplir ! Si vous faites une ligne, criez « BINGO » (et éventuellement servez-vous à boire).

Grille du bingo WWDC 2016

 

Télécharger la grille du bingo_WWDC_2016 ici (PDF, 69 Ko)

Ceci n’est pas une montre

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Soyons honnête : ceci n’est pas une montre. Si on prend en compte le fait qu’une montre est un objet attaché autour d’un poignet et qui donne l’heure, alors non, l’Apple Watch n’est pas une montre.

C’est bien plus que cela. Et c’est peut-être le produit le plus complexe qu’Apple ait jamais sorti, car il se situe sur un territoire totalement inconnu pour nous, clients potentiels, mais également pour les sociétés informatiques ET les fabricants de montres.

Un ordinateur est… un ordinateur. Qu’il soit personnel ou professionnel, cela reste majoritairement un écran posé sur un bureau ou sur nos genoux, avec lequel nous agissons avec un clavier et une souris/trackpad. Ce n’est pas un objet personnel, dans le sens où est il facilement interchangeable avec un autre, et nous en sommes physiquement détachés.

Le smartphone est déjà beaucoup plus personnel. Il nous permet de créer un lien intime avec l’extérieur, et il reste proche de nous, souvent dans notre poche 1. Le smartphone, c’est bien plus qu’un téléphone. C’est aussi un ordinateur de poche, un GPS, un appareil photo, une caméra, un walkman, et tellement plus de choses encore.

Mais la montre… c’est un objet particulièrement intime, que l’on porte quasiment en permanence avec nous. Mais certains s’en passent également très bien… surtout depuis l’arrivée des smartphones !

Et pour Apple, le challenge est énorme. Parce que nul est capable de dire si la Watch est capable de capter un large public… ou non. Nul n’est capable de dire si ses avantages, ses nouvelles fonctions, seront capables de compenser ses faiblesses (réelles).

Mais si certains se sont dit déçus par les annonces sur la Watch, c’est parce que nous avons une tendance naturelle à trop attendre d’Apple, qui fait parfois des merveilles de technologie, en étant capable de pondre des ordinateurs portables capables d’atteindre la journée d’autonomie. Pour la Watch, la batterie sera un vrai challenge. Elle pourrait tenir 18 heures en utilisation normale, mais on aurait préféré qu’elle fasse beaucoup, beaucoup plus. Ici, Apple a préféré choisir une technologie d’affichage et de construction supérieure à celle de la Pebble, mais elle ne fera pas encore de miracle sur son autonomie, hélas.

En revanche, ce que la Watch perd en autonomie, elle le gagne en design pur et dur. C’est un vrai, beau produit Apple, élégant dans sa forme, avec une vraie approche émotionnelle du produit. Je pense que beaucoup seront tentés par la Watch après l’avoir vue en magasin ou après l’avoir vue au poignet d’un ami ou collègue 2.

Surtout… il n’y a pas qu’une Watch, il y a des Apple Watches. Apple ne lance pas un produit, mais une collection aux prix très variés. C’est presque inédit pour un constructeur à la base d’ordinateurs. Et pourtant, ce n’est pas la première fois qu’Apple fait ça, souvenez-vous des iMac multicolores… Apple essaie ici réellement de s’affirmer comme une société au carrefour des sciences humaines et de la technologie. C’est son crédo. Mais elle va encore plus loin en mettant un pied dans le domaine du luxe, et ça, c’est quasiment inédit dans le monde informatique3.

La Watch sera lancée le 24 avril, et en pré-commande dès ce vendredi 10 avril. Personnellement, je pense qu’elle sera un joli succès, mais je peux tout à fait me tromper. Je pense aussi la commander, ne serait-ce que parce que sa sortie a le bon goût de coïncider peu ou prou avec mon anniversaire… Mais aussi parce que je suis curieux de voir si avoir à nouveau une montre à mon poignet peut me changer ma dépendance (assez réelle, soyons honnête) au smartphone.

Est-ce que la Watch sera le premier vrai échec de Tim Cook ? Ou est-ce que ce sera un succès aussi colossal que l’iPhone dans quelques années ? Nul n’est capable de le dire. Et contrairement à ce qu’on entend souvent, Apple a parfaitement le droit à l’échec : elle a aujourd’hui les reins financièrement assez solides pour tenter des paris un peu fous.

En tout cas, les prochains mois seront sûrement passionnants. Et pour ceux que mon avis intéresse vraiment, n’oubliez pas d’écouter 3 hommes et un podcast, le sujet a été abondamment traité ces derniers mois :-)

  1. Attention, évitez la poche arrière. Surtout avec l’iPhone 6.
  2. L’effet iPod : on le trouvait trop cher, mais après quelques minutes d’utilisation, on en voulait un…
  3.  à part Vertu, qui propose des smartphones à prix prohibitif, mais surtout un service de conciergerie associé.

Suivez la conf Apple lundi 9 mars en direct sur Ouatch TV !

Lundi soir, c’est keynote conférence Apple ! On se retrouve donc à partir de 17h30 en direct sur Ouatch.tv pour suivre toutes les annonces d’Apple avec la joyeuse équipe de Benjamin Vincent. On devrait enfin connaître les derniers détails croustillants sur l’ Watch, dont sa date de disponibilité, son prix, et sûrement d’autres surprises…

N’hésitez pas non plus à me suivre sur Twitter et à discuter des annonces durant la conférence.

À lundi !

Conférence à Lyon le 4 octobre : « Trente ans de Macintosh »

30ansDeMac

 

À événement exceptionnel, animations exceptionnelles ! Les Gones du Mac, la célèbre association de passionnés du Mac, en partenariat avec BIMP, organisent samedi 4 octobre une journée spéciale Autour du Mac pour fêter dignement notre ordinateur préféré, avec au programme :

  • Conférences
  • Ateliers pour découvrir de nouveaux produits
  • Echanges avec des professionnels
  • Exposition retraçant l’histoire du Mac
  • Vente de matériel d’occasion
  • Démonstrations
  • Tirage au sort avec à la clef de nombreux cadeaux

Et dans ce cadre, j’animerai donc une conférence intitulée « Trente ans de Macintosh«  le samedi après-midi à 14h, pour revisiter l’histoire du Mac, ses origines, les machines emblématiques, les échecs… Avec moult images et démonstrations amusantes !

Venez donc nombreux, mais n’oubliez pas quand même de vous inscrire au préalable, c’est toujours mieux :-)

Demain, c’est keynote… Suivez-la avec nous !

Enfin, quand je dis nous, c’est la fine équipe d’iWeek, l’émission consacrée au monde Apple, diffusée désormais tous les mardis sur Ouatch TV, la 1ère chaîne de télévision dédiée à l’actualité High-Tech et aux loisirs. Et qui sera dès ce mardi disponible sur le canal 154 de la Freebox ! Ouaaaaaaaais, maman, je passe en nationale !

Et donc, pour fêter ça, la première émission (ou presque) diffusée sur Ouatch TV sera la groooooooose conférence inaugurale keynote d’Apple. Qui fait d’un coup bien monter la pression :

Apple_Pression

Autrement dit, demain, comme dirait Ben Grimm, ÇA VA CHAUFFER ! Pour le coup, Apple met la barre très haut en terme de communication. À un niveau équivalent à celui de l’iPhone, et sûrement bien plus que pour l’iPad.

iWatch ? Nouvel iPhone ? Nouvel iPad ? Plus que tout ça ? Rien de tout ça ? En tout cas, joli pari pour Tim Cook et son équipe, qui vont devoir montrer qu’ils sont les héritiers de l’esprit de Jobs… et qu’Apple est entre de bonnes mains. Personnellement, je n’en doute pas, mais les prochains mois seront sûrement passionnants.

On se retrouve donc mardi 9 septembre à partir de 18h30 pour commenter les annonces d’Apple sur Ouatch.TV dès 19h… et très rapidement également, on debriefera tout ça avec un peu plus de recul avec mes copaings de 3 hommes et 1 podcast. N’hésitez pas également à commenter sur Twitter avec le hashtag #iweektv ! On tâchera de répondre à toutes vos questions.

À mardi soir !

Nintendo à la croisée des chemins

Ces derniers mois, j’ai lu beaucoup d’articles sur la mort de plus en plus proche de Nintendo (entre autres chez Gruber, Arment qui s’y est encore remis et Siracusa) suite au lancement de sa nouvelle console, la Nintendo 2DS. Il y a également eu un premier article de MacG sur le sujet, qui a remis le couvert dimanche dernier avec un article très intéressant. Point commun : ce ne sont pas des blogueurs de jeux vidéo, mais des blogueurs ou site orientés Apple à la base, et qui traitent donc de Nintendo car le monde du jeu vidéo a fortement basculé vers les smartphones (cela dit Siracusa est aussi un grand fan de Nintendo), et donc iOS. Notez que ce n’est pas une critique en soi, mais juste un constat : ces analyses viennent de gens que je suis essentiellement pour leurs connaissances de l’environnement Apple, moins pour leurs connaissances du monde du jeu vidéo. Ce qui ne veut pas pour autant dire que leurs analyses sont fausses pour autant.

Il se dégage donc de ces articles un consensus : comme Nintendo va moins bien aujourd’hui qu’il y a six ans, il va FORCÉMENT falloir qu’il s’adapte au marché. Et ça veut donc dire que Nintendo DOIT basculer ses jeux sur smartphones.

En tant que gamer et Nintendo-fan, je me dois un peu de réagir enfin à tout ça1 Vous pourrez objecter qu’il y a forcément un peu d’affect justement dans mon article, mais je pense être assez réaliste sur la situation de Big N pour ne pas me mettre d’œillères.

Tout d’abord, il va falloir distinguer un peu deux cas différents, car tout le monde tape sur Nintendo en mélangeant deux marchés pourtant bien distincts.

Le cas 2DS/3DS

La Nintendo 2DS était effectivement un étrange tir de la part de Nintendo. Une console qui ne fait plus de 3D, mais qui joue les jeux 3DS. Une console plus encombrante que la 3DS, puisque non-pliable. Mais également une console sûrement plus solide 2, moins chère que la 3DS, et en général, moins chère que la plupart des smartphones. Le premier modèle d’iPod Touch est à 249€, soit plus de deux fois le prix de la Nintendo 2DS. Avec certes des caractéristiques éminemment inférieures pour la 2DS… mais est-ce que c’est vraiment important ?

N2DS

Par ailleurs, l’iPod touch, certes plus puissant que la 2DS ou 3DS, ne dispose pas des mêmes capacités de contrôle. Et si le contrôle tactile ou le gyroscope sont amusants, ils ne sont clairement pas adaptés à des jeux demandant un contrôle particulièrement précis (exemple-type : Super Mario). Là, on préfèrera à 100% avoir un vrai stick, voire deux. Déjà que ça râle que la 3DS n’ait qu’un seul stick analogique… Et non, les contrôles des smartphones ne sont pas toujours satisfaisants. Ils sont parfaitement adaptés pour certains styles de jeu (ex : jeux de rythme, comme l’excellentissime Groove Coaster), mais pas à d’autres. Pour la plate-forme, ça ne marche que si on a un personnage qui court sans arrêt dans une direction et qu’on doit faire sauter ou glisser. Mais dès qu’il s’agit d’aller à droite et à gauche, écran capacitif ou pas, ça devient la plaie.

Un argument de la 2DS est qu’il s’agit d’une console… sans 3D. C’est à la fois un bien et un mal : d’un côté, ça veut dire que les gamins peuvent se passer la console sans se poser la question d’activer ou pas la 3D, et ça permet aux plus jeunes de profiter des jeux 3.

En fait, le seul vrai défaut de la 2DS est que Nintendo aurait du être plus agressive tarifairement, en la plaçant sous la fameuse barre psychologique des 100$/€. Là, on aurait une différence bien plus marquée en terme tarifaire avec la 3DS. Les quelques 40$ d’écart me semblent insuffisants.

Maintenant, il faut remettre les choses un peu en perspective. Certes, la 3DS se vend moins que la DS sur la même durée, mais c’est dans le cadre d’un domaine hyper-concurrentiel imposé par les smartphones. Nintendo souffre, mais 36 millions de consoles alors que dans le même temps il s’est vendu plusieurs centaines de millions de smartphones… c’est plutôt pas mal ! Cela signifie qu’il y a toujours un marché pour des appareils de jeux dédiés. Et j’ai tendance à dire que oui, pour plein de raisons :

– Quand je joue, je n’aime pas être interrompu. Je sais que je vais me concentrer sur un jeu pendant un certain temps, et que si le téléphone sonne, je peux juste l’ignorer sans subir sa pression en plein milieu d’un combat. Oui, il y a le mode avion, mais il y a des moments où on veut QUAND même être joignable. Et oui, y’a le mode Ne pas déranger, mais vous allez me lâcher la grappe enfin ? C’est moins pratique, c’est tout, j’ai dit.

– Il est difficile de trouver des jeux dont la durée de vie soit aussi importante que celle des jeux console. Attention, je n’ai pas dit que ça n’existe pas. Mais que c’est plus dur à trouver. Et personnellement, j’ai du mal (est-ce encore lié au point précédent ?) à m’investir autant sur les jeux pour portables. J’ai pourtant acheté des Final Fantasy sur iOS, mais rien à faire, je ne retrouve pas le même plaisir de jeu que sur console, et encore une fois, parce que j’ai du mal à me faire au « tout tactile » sur ce type de jeu.

Je ne penserai donc pas que la 2DS est un coup d’épée dans l’eau, ou une tentative désespérée. Ça me semble au contraire être un coup bien réfléchi, visant  à élargir la base d’utilisateurs par le bas, la 3DS XL étant celle d’élargissement par le haut. Mais malgré cela, peut-il réussir ? Oui, si Nintendo baisse rapidement son prix, et si l’afflux de bons jeux continue (plus à ce sujet plus bas).

Le cas Wii U

Ah, la Wii U… « Quel étrange cri », aurait pu écrire Marguerite Yourcenar. La Wii U était une tentative risquée de la part de Nintendo, née d’une idée fixe de Miyamoto, à savoir le « gameplay asymétrique ». En clair : dissocier ce qui se passe de l’écran principal pour reléguer une partie de l’action sur un écran séparé. Et quand je parle d’idée fixe, c’est un concept qu’on a déjà vu par exemple avec la GameCube (cf le fameux Pacman de triste mémoire ou encore Zelda Four Swords).

Le problème est que… ça marche en fait moyennement en pratique. Certes, ça permet de faire quelques petits trucs intéressants, mais rien qui ne soit pas faisable avec une console plus « classique ». Ou en tout cas, rien qui pousse le consommateur de dire « oh là là, il m’en FAUT une ». Alors que la Wii a été un carton planétaire en raison de sa simplicité d’accès 4, ici Nintendo a, je pense, rendu les choses trop compliquées. Gérer deux écrans n’est pas aussi simple que d’en gérer un seul, devoir faire des gestes sur un écran géant alors que l’action se déroule sur l’écran principal n’a rien de vraiment facile.

Mais le gameplay asymétrique fait du coup rêver du côté des tablettes. D’ailleurs, lors du lancement de la Wii U, beaucoup ont pensé que le Wii U Controler était la console elle-même. Un peu le contraire de l’ensemble Apple TV – iPad, où ce dernier a l’intelligence et l’Apple TV est un récepteur plus ou moins passif. Pire encore, ce concept est compliqué à vendre, d’ailleurs le public n’arrive pas à faire la différence entre Wii U et Wii.

WiiUBoutique

Vraie photo piquée à @kwyxz. Vont être contents les gens qui partant en promenade avec leur Wii U Gamepad et se rendront compte que ce n’est pas vraiment une « console portable »…

Pourtant, je ne dirais pas que la Wii U est une mauvaise console. Elle a des bons jeux, certains concepts sont sympas (j’aime bien la télécommande TV intégrée), pouvoir basculer de la télé à l’écran intégré sur certains jeux évite parfois la crise de nerfs familiale… mais elle est arrivée tard, à un moment où le marché se lance vers de nouvelles générations de consoles, avec des caractéristiques techniques pas forcément folichonnes (résolution du Wii Gamepad et autonomie bof). Les ventes sont faibles, ce qui n’entraine pas les développeurs tierce-partie à venir développer dessus. Et du coup les ventes restent faibles… le cercle infernal. Et surtout, elle manque cruellement de très bons jeux. Plus à ce sujet un peu plus loin.

Une autre faiblesse de la Wii U : ses caractéristiques techniques sont déjà obsolètes vis-à-vis la nouvelle génération de consoles. La Xbox One et la PS4 sont des monstres de puissance, qui ne font qu’une bouchée de la Wii U, compliquant encore les portages de jeux d’éditeurs tierce-partie vers la machine de Nintendo…

Bref, la Wii U ressemble fortement à une impasse… pour le moment.

Nintendo et le online

Il est difficile de ne pas évoquer la partie du jeu en ligne dans la stratégie de Nintendo. À mon goût, c’est très simple : elle est juste mauvaise. Le eShop est sympa mais tellement lent qu’il ne donne pas envie d’acheter. Enfin, les jeux son souvent trop chers… surtout si on est habitué aux tarifs des jeux sur l’App Store ! Mais c’est aussi une des difficultés de Nintendo qui doit à la fois plaire au client en proposant du jeu en ligne, mais distribue les mêmes jeux dans des canaux « en dur ». Par ailleurs, Nintendo a été très, trop long à embrasser les réseaux sociaux. Vouloir créer son propre réseau est intéressant, mais est-ce que c’est suffisant pour attirer les joueurs ? Le Miiverse (pourtant fort sympa, et à mon goût plus intéressant que les réseaux actuels sur console) n’est pas le réseau qui fera vendre la Wii U, surtout en restant cloisonné de Facebook ou Twitter… Pas plus que le service Tvii (pas dispo en France), ou Love Film (service de VOD pas dispo en France non plus, et terriblement mal nommé : à chaque fois j’ai l’impression que c’est le nom d’une chaine érotique…).

Il faut dire que Nintendo n’a jamais trop aimé le online, et a longtemps indiqué sa méfiance de ce marché. Il faut lire à ce sujet cet excellent (et très long !) article de Dromble sur la création de la GameCube, qui explique le retard pris par Nintendo sur le jeu en ligne. Et pour voir à quel point Nintendo a poussé l’amateurisme, il ne faut pas regarder plus loin qu’à Noël dernier, où des milliers de joueurs n’ont pas pu obtenir la copie de jeu numérique fournie avec leur console, le eShop étant en rade durant pas moins de cinq jours. Totalement inacceptable.

Les joueurs

Les articles évoqués ci-dessus ne prennent en fait qu’un seul point de vue : celui des acheteurs de smartphones. Autrement dit : les adultes. Qui ont effectivement un smartphone dans la poche, qui jouent avec lorsqu’ils ne passent pas un coup de fil ou ne rédigent pas un e-mail. Cette clientèle-là a effectivement été particulièrement touchée par la Nintendo DS, qui a été le carton planétaire qu’on sait.

Mais dans la plupart de ces articles, je ne vois pas une énorme partie de la clientèle de Nintendo : les enfants. Car Nintendo EST une boite qui vend  des jeux vidéo, et on pourrait même dire des jouets. Les enfants, ce sont eux qui harcèlent leurs parents pour acheter le nouveau jeu que tous leurs copains ont.

Par ailleurs, les attentes des joueurs adultes d’un point de vue technique sont différentes. Je vais prendre un exemple concret : ma fille, 9 ans, qui a eu du mal à déscotcher de sa 3DS durant tout l’été.

– Tu as pensé quoi de Mario et Luigi : Dream Team Bros ?

– J’ai bien aimé.

– Et ça t’a gêné que les écrans n’aient pas une bonne résolution ?

– Une quoi ? »

Voilà. Le côté technique, la résolution de l’écran, le fait que le tactile ne soit pas aussi bon que sur un iPod Touch… LES GOSSES S’EN FOUTENT. Ils se concentrent sur le plaisir du jeu, sur « est-ce que le jeu est entrainant », et ça leur suffit. J’avoue que je suis aussi un peu comme ça (je suis un grand gosse) : tant que le plaisir de jeu est là, peu m’importe si la résolution est trop basse. Si les contrôles sont bons, que le jeu est fun, ça me va. Ça n’est pas pour autant que Nintendo ne doit pas faire d’efforts sur la qualité visuelle, au contraire. Mais c’est moins critique que l’on pourrait le croire. Même si techniquement ce n’est pas le tout dernier cri, la console en a sûrement bien plus dans le ventre qu’on veut le faire croire… mais elle va forcément souffrir de la comparaison avec les consoles Next Gen.

Maintenant, vous aurez raison d’indiquer que les enfants ne sont pas les seuls joueurs, loin de là. Si Nintendo veut ré-attirer les gamers plus exigeants sur ses consoles, il faut qu’elle réussisse à faire venir des licences tierce-partie en facilitant le plus possible les portages des autres plate-formes, avec des SDK performants (un point sur lequel Nintendo est souvent à la ramasse). Sera-t-il facile de faire revenir un Rockstar Games et ses fameux GTA sur Wii U ? Rien n’est moins sûr. De même, Nintendo pourrait-elle faire disparaître l’aura de jouet de ses consoles ? Pas évident non plus… sauf à développer un vrai hit orienté adulte, et capable de déchirer techniquement ET graphiquement. Elle en est capable, mais en a-t-elle la volonté ?

Enfin entre les gamers et les enfants, il y a les… casual gamers, ces fameux joueurs occasionnels. C’est une cible qui a fait la fortune de Nintendo à une époque, en particulier avec la Nintendo DS et la Wii. J’en reparle un peu plus loin.

Les jeux

Malheureusement, en tant que vieux joueurs de la génération NES, on souhaiterait que Nintendo nous donne tout le temps des jeux rien que pour nous, les vieux joueurs. Il faut peut-être se faire à l’idée que désormais, Nintendo va avoir de plus en plus de mal à satisfaire cette clientèle de « vieux » joueurs. Encore que… des jeux originaux comme Wonderful 101 sont une tentative pour Nintendo de s’orienter vers un autre public, Bayonetta 2 (s’il reste une exclu Wii U) pourrait aussi en faire venir d’autres.

Bayonetta2

DAT ASS (oups, désolé)

Il n’empêche : Nintendo dispose d’ors et déjà d’une arme de guerre : ses licences, ses personnages… et en premier lieu, Pokemon. Dont un nouveau jeu, Pokemon XY, est sorti le même jour que la 2DS. Quelle curieuse et heureuse coïncidence ! Et il n’a pas mal cartonné, avec 11,6 millions de cartouches vendues.

Du coup, il semble malheureux que Nintendo exploite si mal la plupart de ses licences depuis quelques années. Faisons un peu le tour :

  • Super Mario Bros : après un épisode 3DS un peu plus original, beaucoup de resucées de New Super Mario Bros depuis 2006, et même un ratage (New SMB2). En revanche, Nintendo s’est bien réveillé avec un nouvel opus impressionnant : New Super Mario 3D World est fantastique, bourré de bonnes idées, et avec un challenge assez corsé. Malheureusement, beaucoup se diront « bah, c’est juste un Mario de plus », et c’est fort dommage, car c’est sûrement le meilleur Mario depuis Super Mario Galaxy 2.
  • Zelda : un épisode raté sur DS (Spirit Tracks), une reprise sur 3DS (Ocarina of Time 3D), une version HD de Wind Waker, un épisode 3DS inédit, mais qui est une excellente suite de Zelda III (mon test ici)… Essentiellement de la reprise, et de la suite donc… si l’on retire l’excellent Skyward Sword sur Wii.
  • Starfox : juste une (excellente) version 3DS de Starfox 64. C’est une série abandonnée hélas, alors qu’elle a un potentiel toujours énorme, et que les joueurs attendent désespérément une suite depuis quelques années déjà (ni Rare5 ni Namco ont su en tirer sa quintessence).
  • F-Zero : on attend toujours une suite au fantastique épisode GameCube…
  • Metroid : des épisodes fabuleux sur GameCube, un excellent épisode sur Wii (Metroid Prime : Corruption), et un véritable accident industriel avec Metroid : Other M. Depuis, rien.
  • Donkey Kong : pas de souci de ce côté, un épisode Wii U arrive, qui devrait être d’aussi bonne facture que le premier épisode Wii. Repoussé à mars 2014, aie.
  • Smash Bros : ça devrait être bon, mais ça n’arrive pas avant la fin de l’année, probablement. C’est très loin. Et ce n’est, encore une fois, pas très fédérateur :  si les fans de Nintendo boiront la coupe jusqu’à la lie, ça ne fera pas venir les fans de PS3 ou Xbox vers la Wii U. À la limite, ça aura un bon effet sur les ventes de 3DS.
  • Super Mario Kart : coming soon ! Celui-ci pourrait attirer du monde s’il garde l’esprit fun des épisodes précédents (et si ils virent cette PUTAIN DE CARAPACE BLEUE).
  • Pikmin : le troisième épisode est sorti sur Wii U, hélas très tardivement. Et même s’il est chouette, il n’a plus l’originalité du premier et n’aura pas permis une hausse significative des ventes de Wii U.
  • Kid Icarus : Nintendo l’a ressuscité, pour un jeu que je trouve sympa, sans plus (et il fait plutôt mal aux doigts).
Ss1
Super Mario 3D World est vraiment excellent. Mais pour le public, il restera « un Mario de plus »…
Il y a quand même eu une tentative de nouvelle franchise avec Wonderful 101 (pas testé, plutôt bien critiqué). Cependant, il est intéressant de voir (et ça, Marco Arment l’a bien expliqué dans ce billet) que le succès des consoles de Nintendo est étroitement lié à l’originalité de ses jeux de lancement. Le succès au lancement du Gameboy6 est clairement dû à l’ajout de Tetris dans la boite. De même, la Wii n’aurait pas rencontré un tel succès à son lancement sans la présence de Wii Sports dans la boite. Nintendoland a été une tentative somme toute sympathique de présenter les caractéristiques innovantes de la Wii U, mais ce n’est pas un produit d’appel aussi simple et compréhensible que le tennis de Wii Sports, et peut à ce titre être considéré comme un véritable échec. En fait, tout le concept de jeu asymétrique est sûrement à revoir : c’est une vieille marotte de Miyamoto (souvenez-vous de la funeste  liaison GBA/Gamecube…), mais pas forcément sa meilleure idée.
Le pire problème à aborder pour Nintendo va cependant être celui du prix des jeux. Est-il possible aujourd’hui de forcer les utilisateurs à acheter des jeux à 50€ ou plus, là où on trouve des nouveautés à quelques euros sur l’App Store, voire des logiciels gratuits mais financés par des achats in-app ? Pour moi, la plus grosse difficulté serait de pousser les joueurs à venir massivement acheter en ligne, en devenant beaucoup plus souple sur ses conditions de vente. Par exemple, c’est seulement depuis quelques semaines qu’il est possible de transférer ses jeux sur un nombre illimité de 3DS… Là où Apple a toujours proposé un système de licences beaucoup plus souple. Enfin, faire payer les jeux dématérialisés aussi chers que les jeux physiques… non, ça ne le fait vraiment pas.
De même, Nintendo dispose de jeux fantastiques dans la Console Virtuelle, mais… 3€ pour Ice Climber sur NES ? Sérieusement ? On trouve des jeux avec bien plus de finition pour trois fois moins cher sur l’App Store. Sans compter les choix bizarres de Nintendo, comme sortir Urban Champion, un jeu médiocre de la NES, plutôt que nombre de merveilles de la NES ou Super NES…
Nintendo devrait aussi fortement lorgner du côté du Playstation Plus ou Xbox Live Premium, en proposant un abonnement annuel permettant d’obtenir certains jeux gratuitement durant autant de temps que l’abonnement dure. Ça ne serait pas très complexe à mettre en place et ça pourrait rapporter rapidement très gros.
Enfin, un dernier mot sur ce sujet : Nintendo, pitié, stop avec les Nintendo Direct. Sérieusement, Iwata me fait de la peine à chaque fois. Et pense à réinvestir les salons. Je sais que tu n’aimes pas te mêler à la plèbe des autres éditeurs, mais fais quelques efforts pour redevenir sexy, vraiment.
Iwata

Nintendo doit-elle abandonner le hardware ?

Dire qu’il faut absolument que Nintendo abandonne le hardware me semble être un non-sens. L’histoire de Nintendo tourne autour de révolutions matérielles : les cartouches avec pile de la NES et sa croix directionnelle, la forme du pad et les boutons L/R de la SNES, le pad analogique de la N64, la Wiimote… Nintendo a développé ses consoles et leurs manettes en fonction de ses logiciels, et on se souvient de la célèbre citation d’Alan Kay. Rien ne dit qu’un Super Mario développé pour une console non-Nintendo sera génial (cf. Sonic par exemple, qui n’a pas vraiment donné grand chose de génial depuis qu’il a quitté la Dreamcast). En ajoutant une manette au smartphone, on ne fait que déporter le problème. Nintendo pourrait éventuellement développer sa propre manette pour smartphone, mais rien ne dit encore une fois que cela serait pratique ou agréable à utiliser, ou aussi naturel que de sortir sa 3DS de sa poche.
Nintendo va cependant avoir des difficultés à affronter les smartphones, car ses consoles ne peuvent affronter le rythme de changement plus soutenu de ces derniers : souvent proposés avec un abonnement dans la plupart des cas, leur parc est renouvelé assez rapidement, là où une console n’est en général renouvelée que tous les 5 ans (hormis les modifications plus esthétiques/ergonomiques, comme les consoles version XL).
En revanche, pour les fameux joueurs casual, je pense que c’est effectivement mort : le succès de Candy Crush Saga & co montre que le smartphone a gagné cette bataille. Une grosse partie des joueurs conquis par la DS pour des jeux qui n’avaient rien de commun (et pour beaucoup, totalement portables sur un smartphone en revanche), ont abandonné le navire et n’y reviendront plus. En 2004, il y avait encore une différenciation très claire entre les jeux pour consoles et les jeux pour soi-disant smarthones dont le prix était bien plus élevé (le P800 de Sony Ericsson était à 1000€, quand même). L’iPhone a ringardisé les smartphones à clavier précédents, mais également les consoles de jeu. Pour tirer quelques bénéfices de ces joueurs occasionnels perdus, envisager d’adapter des jeux comme Mario’s Picross pourrait être pertinent, tant que le cœur du jeu se prête à une utilisation tactile. Mais le cœur des jeux action/ plate-forme de la firme de Kyoto ne semble pas adapté aux smartphones. N’espérez pas voir un Mario ou un Zelda sous sa forme actuelle7.
Zelda sur iPhone ?
Un Zelda sur iPhone ? Et… pourquoi pas ? Mais pas forcément n’importe lequel.
Tout tient en fait dans le style de jeux : certains pourront être adaptés aux smartphones, d’autres pas du tout. À Nintendo de faire les choix pertinents.

2014, l’année de tous les dangers

Bref, pour Nintendo, il va y avoir du mal à se faire une place au soleil avec l’arrivée de la Xbox One et la PS4 et la guerre sans merci livrée du côté des smartphones. Pour autant, je ne pense pas que ça soit le moment de se lancer dans une stratégie d’attaque du marché mobile… Mais si côté jeux, ça ne se réveille pas rapidement, il va vraiment y a avoir du mouron à se faire, non pas à cause de la concurrence de ces nouvelles consoles next Gen, mais parce que des machines comme la PS3 deviennent très accessibles, ont un catalogue très vaste et des caractéristiques techniques qui ne font pas encore pitié…
2014 sera donc une année charnière. Nintendo devra absolument convaincre du côté logiciels, et la meilleure façon pour cela serait de proposer un voire plusieurs killer games capable de toucher autant les hardcore gamers, autant que des joueurs plus occasionnels ou plus jeunes. Elle en a été capable : la N64 était annoncée comme tuée par la Playstation, mais Zelda : Ocarina of Time et bien d’autres jeux (les licences Rare, entre autres) ont permis à Nintendo de gagner de l’argent et de largement étendre son audience.
Augmenter également sa présence online, améliorer la communication avec les smartphones soit via des apps dédiées à améliorer la communication avec ses jeux ou carrément adapter certains jeux ou développer de nouvelles licences pour les smartphones, les chantiers seront importants. Tout ça pour limiter la casse avec la Wii U, et passer rapidement à the next big thing. Et évidemment, baisser le prix de ses consoles, et éventuellement de ses jeux.
K bigpic
Nintendo a du pain sur la planche. Son combat ne fait réellement que commencer. Mais personnellement, je croise les doigts pour voir arriver quelques merveilles dans quelques mois. Le prochain E3 devrait à ce titre être déterminant, et Nintendo jouera son va-tout. Sans grosse nouveauté marquante, elle risque fort d’avoir très mal à se relever…
En complément : lire cet article de Wired, qui explique à quel point la situation est complexe. Bon, d’un autre côté, Wired avait fait aussi un paquet de prédictions sur Apple en 1997 hein :-)
  1. Pour tout avouer, j’ai commencé à écrire cet article il y a trois mois, et je l’ai réécrit plusieurs fois.
  2. Pas pour rien qu’elle ressemble à une console V-Tech, même si de ce côté, Nintendo n’a jamais eu à trop craindre grand monde
  3. Nintendo déconseille l’utilisation de la 3D pour les joueurs de moins de 20 ans
  4. La preuve : même mes sœurs ont joué à la Wii et en ont une
  5. Pas leur faute cela dit, le jeu qu’ils avaient développé, Dinosaurs Planet, s’est vu collé les persos de Starfox à la dernière minute. Pas merci Miyamoto.
  6. Ou la Gameboy, je me tape des polémiques sur le sujet, dites comme vous préférez.
  7. Encore que… Zelda Phantom Hourglass ou Spirit Tracks, bien que n’étant pas les meilleurs de la série, pourraient se voir adaptés en version portable vu qu’ils avaient été pensés tactiles.

Pubs Apple et pubs Microsoft : le grand écart

Cela fait quelques temps déjà que j’essaie de comprendre en quoi la communication de Microsoft avec Windows 8 me semble à côté de la plaque. Et puis finalement, j’ai trouvé. C’est assez simple.

Quand Apple fait une pub, elle propose à des gens ordinaires de faire des choses extraordinaires, et j’entends par là « qui sortent de l’ordinaire ». La technologie est là, mais elle devient presque invisible : elle sert surtout à rendre votre vie peut-être plus passionnante. On y voit des sportifs, des artistes, des créateurs, des enfants qui vivent des choses intéressantes. Acheter un iPad Air, c’est une promesse que votre vie sera également enrichie par des rencontres, que l’iPad vous rendra plus créatif, plus capable de faire des choses dont vous ne rêviez pas.

Evidemment, si votre jeu préféré est de cracher sur Apple, vous appellerez ça de la démagogie. Mais dans l’ADN d’Apple, de ses créateurs, il y avait vraiment le désir de changer le monde. Steve Jobs définissait Apple comme étant au carrefour de la technologie et des sciences humaines (liberal arts). Ce n’est pas qu’un effet de style : pour Apple, la technologie ne sert à rien si elle n’existe que pour elle-même. Elle doit permettre d’améliorer le genre humain1.

Intersection

Petit exemple : l’été dernier, nous avons passé avec ma fille de 9 ans une soirée à contempler les étoiles filantes. L’iPad était là, juste pour repérer les constellations avec Starwalk et en savoir un peu plus sur notre univers. C’était un moment fantastique à partager avec ma fille. L’iPad n’aurait pas été là, est-ce que la soirée aurait été moins bonne ? Non, mais sa présence aura rendu cette jolie soirée encore plus jolie. Et c’est déjà pas si mal.

Chez Microsoft, c’est légèrement différent.

Microsoft propose à des gens ordinaires de faire… des choses ordinaires. Par exemple, vous pouvez être chauve et avoir un boulot chiant, mais grace à Microsoft vous pouvez télécharger et jouer à Candy Crush Saga. Mais vous resterez chauve avec un boulot chiant. Comme le disait mon épouse : « dis donc, ils vendent du rêve chez Microsoft là. ».

Vous pouvez aussi être une étudiante en médecine et vivre une vie limite insupportable. Mais grâce à Microsoft, vous allez pouvoir séparer le boulot et les loisirs… enfin, le peu qu’il vous reste de loisirs.

Ou pire, vous allez vivre des situations bien agaçantes dans un avion, et Windows permettra juste… d’y survivre.

Pourtant, certains des logiciels de Microsoft permettent de faire des choses impressionnantes (Photosynth par exemple, ou Kinect). Mais ces logiciels ne sont jamais mis en avant. Microsoft préfère présenter la même chose depuis 20 ans : Windows, et Office. Si vous voulez parler d’immobilisme, en voici un bel exemple.

Le futur président de Microsoft devra être capable de révolutionner la communication de la société, pour faire savoir que ses produits permettent de faire bien plus que des tableaux ou des rapports avec Office.

Même si on est chauve à lunettes avec un boulot chiant.

  1. Que ses produits soient chers et donc non accessibles à tous est un autre débat.