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Comprendre les conteneurs APFS : partitionner pour mieux régner

J’ai pas mal parlé du système de fichiers APFS ces derniers jours, et voici un autre sujet peu expliqué sur le Net, alors qu’il me semble particulièrement intéressant : la notion de conteneur APFS. Pour la comprendre, il faut revenir à la notion de volume sur un disque.

Normalement, quand vous initialisez un disque, vous créez ensuite un ou plusieurs volumes dessus. Un volume est une partie de l’espace de stockage préparé pour recevoir des données. Traditionnellement, vous voyez un volume sur votre Mac, et il s’appelle Macintosh HD (alors que le petit du pangolin se serait appelé Gérard).

Cependant, pour plein de raisons historiques, il a été possible depuis la nuit des temps de préparer un disque pour créer non pas un mais plusieurs volumes, qu’on a appelé partitions. Et c’était fort pratique pour séparer des données les unes les autres, typiquement : pour installer deux versions de système sur un même disque dur. Cependant, une partition n’est pas forcément un volume : on peut très bien créer une partition sans lui appliquer de système de fichier. Dans ce cas, cette partition ne sera juste pas visible ou exploitable par votre ordinateur.

Donc : un disque peut contenir des partitions, chacune étant ou non préparée pour être un volume.

C’est clair pour tout le monde ? Je peux passer à la suite ?

La partition sur un disque classique

Sur un système de fichier classique, on détermine la taille de la partition lors de sa création. Les systèmes d’exploitation modernes comme macOS sont capables de créer une nouvelle partition simplement en diminuant la taille de la partition en cours, et en créant la nouvelle partition dans l’espace restant. C’est ce que permet Utilitaire de disque quand vous ajoutez une partition sur un système de fichier macOS Étendu (HFS+).

Prenons un cas pratique. J’ai un disque de 500 Go. J’ai initialisé le disque et formaté une partition A pour y créer un volume A1. Tout va bien pour le moment.

Je souhaite maintenant installer un autre système d’exploitation dessus sans toucher à mon système existant. Dans ce cas, je crée une nouvelle partition B de 250 Go, sur lequel j’applique un volume, que j’appelle B1 , et j’installe mon système dessus. Tout va bien aussi.

Le hic, c’est qu’il me faut décider à l’avance de la taille de ma partition, et l’espace alloué lui est définitivement réservé. Ici, chaque volume prend 250 Go, et si une partition est remplie, et bien… tant pis ! Dans certains cas, on pourra éventuellement réduire la taille de la partition, mais c’est une opération quelque peu complexe… et un poil dangereuse (oui, il vaut quand même mieux éviter de triturer les tables de partition dans la mesure du possible même si en cas de problème, Utilitaire de disque saura remettre normalement tout dans l’état avant le partitionnement du disque).

Et alors, et alors, et alors ? APFS est arrivéééééééééééé…

Contrairement à un disque HFS+, un volume APFS est un conteneur intégrant plusieurs volumes distincts. Avec Utilitaire de disque, si on sélectionne le conteneur APFS, on note par exemple un volume VM avant même le volume principal.

Le point le plus intéressant est que l’espace entre les différents volumes du conteneur est fluide, dans le sens où il est partagé entre les différents volumes. Vous disposez de la même quantité d’espace sur votre conteneur APFS, et tous les volumes voient la totalité de l’espace du conteneur comme disponible.

Quel intérêt ? Très simple : ne plus avoir à décider à l’avance la taille d’une partition… et regretter plus tard ce choix. Là, si vous avez décidé de rajouter un volume sur votre conteneur APFS, ça n’a aucune incidence sur l’espace disponible pour les autres partitions. Si vous aviez 300 Go d’espace libre précédemment dans votre conteneur pour votre volume A1, après avoir créé un nouveau volume APFS, le volume A1 verra toujours 300 Go de disponible ! L’espace disponible indiqué pour chaque volume sera toujours exactement le même.

Exemple pratique : j’ai du il y a quelques jours installer un système de test sur un Mac. Plutôt que de partitionner le disque (ce qui peut prendre beaucoup de temps si votre disque contient beaucoup de données, et là encore, manipuler les tables de partition, plutôt bof) sans savoir de combien de place j’aurai besoin, j’ai rajouté un volume au sein du conteneur APFS sans me prendre la tête sur la quantité d’espace nécessaire pour ce volume. Temps de l’opération : 30 secondes, impact sur ma façon de gérer mes données sur mon volume actuel : nul.

Si on ouvre Utilitaire de disque, on a bien ici un conteneur, qui contient d’ailleurs déjà un volume TARDIS.

Conteneur APFS 01

Si on clique sur Partitionner, on obtient un étrange message qui propose de partitionner « à l’ancienne », ou de rajouter plutôt un conteneur APFS.

Conteneur APFS 02

Notez qu’effectivement, il y a bien comme indiqué un menu Ajouter un volume APFS dans le menu Édition. Notez-le si vous décidez de devenir un maniaque du volume APFS.

Conteneur APFS 03

Nommez le volume, et cliquez enfin sur le bouton Ajouter.

Conteneur APFS 04

Et hop : en quelques secondes, le volume APFS était dispo, sans que cela ampute le volume d’origine d’un seul octet (bon, allez, sûrement quelques octets, mais vraiment c’était pas cher payé, et c’était rapide).

Notez bien : désormais, chaque volume dispose du même espace disque disponible. Bon, pas tout à fait, presque disponible, pour des raisons sûrement passionnantes, le volume additionnel peut présenter une taille un peu différente (une vingtaine de Go quand même dans notre cas…). Mais si vous copiez un élément sur le nouveau volume, vous constaterez que l’espace perdu le sera également sur la première.

APFS Comparaison Volumes

Bref, les conteneurs APFS, ce sont les joies de la création de volumes en quelques secondes, et sans toutes les emmerdes habituelles du partitionnement, c’est pas génial ça ? Si, bon.

Pour supprimer le conteneur, cliquez dessus, puis sur le bouton moins, et validez. Hop, le volume disparaît quasi instantanément et toutes ses données avec lui, et vous retrouvez votre volume de démarrage préféré tout seul aux commandes.

Déterminer une taille de réserver et/ou un quota sur un volume APFS

Malgré cela, vous aurez peut-être envie de limiter la place prise par un volume au sein du conteneur APFS. C’est pourquoi, au moment de la création du volume, vous pouvez cliquer sur Options de taille puis déterminer une taille de réserve et un quota de réserve.  La taille de réserve, c’est l’espace minimum garanti pour ce volume APFS : quoi qu’il arrive, il ne pourra descendre en dessous de la taille indiquée. Du coup, il lui sera donné priorité si l’espace venait à manquer entre les deux volumes. La taille de quota, c’est en fait la taille maximale du volume : vous ne pourrez pas le remplir de données au-delà de la quantité indiquée (sinon il hurle et alerte Alexandre Benalla).

Conteneur APFS 06

Considération philosophique du jour : à quand un volume APFS… réservé au système ?

La gestion des conteneurs APFS apporte, mine de rien, un changement assez important dans la façon dont nous traitons les volumes sur nos Mac. Cela peut même avoir certains intérêts pour, par exemple, sécuriser des données dans un volume particulier d’un conteneur dédié (et oui, chaque volume APFS peut avoir son propre chiffrement).

Mai je vois sur le long terme qu’Apple pourrait profiter de son expérience avec iOS pour répliquer le même fonctionnement sur macOS. À savoir : stocker le système des Mac de façon sécurisée dans un volume APFS, et rendre ce dernier quasiment inaccessible. En terme de sécurité, cela serait un progrès non négligeable, et l’intérêt de l’APFS serait de s’assurer que dans tous les cas, les données de l’utilisateur bénéficient toujours du maximum d’espace disponible sur le disque malgré la partition. Les données de l’utilisateur resteraient alors localisées uniquement sur un conteneur séparé du système. Peut-être que je me méprends, mais vu l’iOSsification de macOS, je ne serais pas surpris de voir cela arriver un jour, et peut-être même plus tôt que vous pourriez le croire.

Faire un nettoyage des snapshots de macOS

J’ai abordé hier la notion de snapshot avec APFS, une fonction super puissante et très pratique pour créer un instantané d’un volume. Suite à cet article, j’ai reçu une question sur le stockage de macOS qui prend parfois bien plus de place qu’il ne devrait. Par exemple une partition macOS qui occupe 300 Go d’espace alors que l’utilisateur n’exploite réellement que quelques Go du disque. Et cela m’a fait penser à un problème que j’ai rencontré récemment avec ces fameux snapshots.

En effet, en voulant faire du nettoyage sur mon Mac, j’ai dégagé une grosse partie des machines virtuelles que j’utilisais avec VMware Fusion. Mais une fois la corbeille vidée, surprise : impossible de récupérer l’espace-disque pris par ces machines ! Soit plusieurs centaines de Go…

Il faut savoir que normalement, les snapshots sont automatiquement nettoyés lorsque de l’espace-disque est nécessaire. Ils sont donc à ce titre considérés comme de l’espace-disque disponible et comptés comme tel. En clair : même si un Snapshots prend 200 Go sur votre disque, macOS n’affichera pas cette espace comme occupé.

Sauf que dans mon cas, ça n’est pas exactement ce qui s’est produit. Et cela était à priori dû à une fonction de macOS : les instantanés locaux de Time Machine. Cette fonction suuuuuuper utile permet de sauvegarder régulièrement les données de votre poste même quand votre disque Time Machine n’est pas disponible. Dans ce cas, macOS passe par les sauvegardes locales pour vous permettre quand même de récupérer vos données en cas de pépin (genre un fichier que vous avez effacé par erreur).

Revenons sur notre problème. Dans mon cas, je ne sais pas si c’était dû à un bug ou pas, mais la seule solution a été pour moi de supprimer les snapshots locaux. Pour cela, il a fallu à nouveau passer par le Terminal et la commande tmutil.

tmutil listlocalsnapshotdates /

Affiche les dates des snapshots disponibles pour votre Mac :

Time machine snapshots

On aurait pu utiliser aussi

tmutil listlocalsnapshots /

Mais la première commande est préférable car elle liste uniquement les dates des snapshots, et comme vous le verrez ensuite, ça sera plus pertinent.

À priori, peu de chances que votre disque soit gavé jusqu’à la moelle de snapshots. Mais si vous devez en effacer, vous disposez de deux options.

Supprimer une certaine quantité de données

Pour cela, tapez :

tmutil thinlocalsnapshots / TailleEnOctets UrgenceDe1à4

Vous pouvez spécifier dans la commande :

– La taille en octets à récupérer. Par exemple, si vous voulez récupérer 10 Go, tapez 10000000000 (Oui je sais qu’un Go ça fait pas 10 000 000 000 octets précisément MERCI, c’est pour simplifier enfin) ;

– Eventuellement, le degré d’urgence, qui sera un chiffre compris entre 1 et 4.. Ce qui est rigolo, c’est qu’Apple ne précise pas ce que ça fait exactement. Mais on peut penser que ça permet, euh, de faire agir la commande plus vite. Ou pas. Bref.

Supprimer des dates précises de snapshots

C’est dans ce cas précis qu’il vaut mieux avoir les dates uniquement affichées avec listlocalsnapshotdates.

tmutil deletelocalsnapshots date

Où vous remplacerez date par une date de snapshot à supprimer.

Evidemment, vous voyez le souci : il est impossible de facilement savoir quelle est la taille utilisée réellement par un snapshot APFS et donc de viser un snapshot précis. C’est fort dommage. Mais c’est comme ça.

Dans mon cas, donc, je n’ai vu regagner de la place sur mon disque qu’après avoir supprimé tous les snapshots locaux.

Un peu de philosophie sur la façon dont nous appréhendons le stockage

J’aurais quand même tendance à devoir de nos jours expliquer que le stockage s’use si on s’en sert. Mais pour le coup, les snapshots sont une BONNE façon d’occuper de l’espace de façon intelligente. Dans l’absolu, sauf horreur ou que vous ne trouvez vraiment pas votre compte de stockage, ne vous forcez pas à supprimer les snapshots locaux. Il vaut mieux les avoir sous la main et en disposer en cas de pépin plutôt que de vouloir absolument chercher à récupérer le moindre octet quand cela n’est pas nécessaire.

Bref : sauf cas extrême, laissez votre Mac gérer votre espace de stockage pour vous.

APFS : un Système de Fichiers pour les rassembler tous

Je ne reviendrai pas sur les grosses annonces de la WWDC 2016, les communiqués de presse d’Apple étant assez complets. Je vais plutôt me concentrer sur une annonce qui n’a pas été faite durant la présentation, mais qui me semble assez importante pour justifier un billet complet sur le sujet :

Apple présente un nouveau sytème de fichier pour ses appareils.

Je le répète :

Apple présente un nouveau sytème de fichier pour ses appareils.

En quoi est-ce important ? Pour le comprendre, il faut revenir sur l’histoire mouvementée des systèmes de fichiers sur nos Mac.

Au tout début, fut le Macintosh File System

Le premier système de fichier du Mac est apparu avec le Système 1.0 en 1984, et s’appelait Macintosh File System, ou MFS pour les intimes1. Bien que sophistiqué pour l’époque, il a vite montré ses limites, avec un maximum de 4094 fichiers par volume, ou 20 Mo de taille maximale pour un volume2. Surtout, il ne permettait pas de créer des sous-dossiers : une seule hiérarchie de dossiers était possible. Ce système de fichier fut donc rapidement remplacé, et Mac OS 8 ne permettait plus de lire des volumes MFS (de façon assez rigolote, Apple a proposé un plug-in VFS (Virtual File System) pour lire des volumes MFS sur Mac OS X 10.4… Je laisse ceci comme un challenge pour mon copain Pierre Dandumont ^^). L’une des particularités de MFS est d’avoir apporté la compatibilité avec les sacro-saintes ressources des fichiers du Mac.

Donc, exit MFS3. Et bonjour HFS.

HFS : les grands débuts d’un grand système de fichiers

Dès l’arrivée du premier disque dur pour le Mac en 1985, Apple lance son nouveau système de fichiers : HFS, pour Hierarchical File System. Déjà beaucoup plus mur, il est taillé pour le futur proche : avec une taille maximale de fichiers de 2 Go, 65535 fichiers par volume qui peut atteindre 2 To, il ne semble pas prêt de montrer ses limites, alors que FAT16 sur Windows accepte des volumes de seulement 2 Go maximum (4 Go sur Windows NT), ce qui posera pas mal de soucis avec l’arrivée des premiers disques atteignant cette taille à la fin des années 90… Et finalement, il remplissait bien son office.

Enfin, presque. Car il restait un système de fichiers 16-bits, limité à de nombreux niveaux. Et en particulier, le nombre fixe de 65535 blocs d’allocation sur le disque créait un gâchis d’espace énorme. Un petit alias de quelques octets sur un disque de petite taille pouvait peser plusieurs Ko sur un disque de 1 Go. Et tout comme Windows a du faire le saut vers FAT32, le Mac a du passer vers un autre format de fichiers.

HFS+ : HFS, mais en (beaucoup) mieux

Exit la limite des blocs sur 16 bits : HFS+ (ou Mac OS Étendu) apporte la gestion de volumes sur 32 bits, réduisant ainsi la taille des blocs d’allocation et apportant plein de nouvelles fonctions sympa. Les volumes, lisibles à partir de Mac OS 8.1, sont également compatibles Unicode avec des noms de fichiers jusqu’à 255 caractères, mais le système en bénéficiera réellement avec l’arrivée de Mac OS X. Et donc, HFS+ devient obligatoire pour installer Mac OS X, si vous étiez assez fou pour l’installer dès le 21 mars 2001 sur votre Mac.

Mais attention ! Bien qu’il a été officiellement lancé en 1998, HFS+ n’a pas cessé d’évoluer depuis. Entre autres :

  • Le support de la journalisation avec Mac OS X 10.2.2. Cette fonction est essentielle sur les systèmes modernes : en cas de plantage, on peut se fier à l’état du journal pour retrouver l’état fiable d’un volume après un crash système plutôt que de faire un contrôle de cohérence sur l’ensemble du disque.
  • Les listes de contrôle d’accès (ACL) avec Mac OS X 10.4 ;
  • La gestion des hard links vers des dossiers, essentiellement pour Time Machine (Mac OS X 10.5) ;
  • La compression de fichiers (Mac OS X 10.6) ;

Et aujourd’hui, votre iPhone, votre Mac, votre iPad… utilisent encore une version améliorée d’HFS+. Un système qui a pratiquement 20 ans. Il était temps de changer. Car HFS+ commence à montrer ses limites, et à se montrer indigne de nos machines. Et c’est surtout avec Time Machine que les limitations commençaient à être atteintes.

En effet, Time Machine est très exigeant : on parle de stocker des centaines de milliers de fichiers, certains variant très peu, et pour lesquels la fiabilité est essentielle. Or, HFS+ échoue quasiment à tous les niveaux avec Time Machine :

  • Pas de déduplication de fichiers. Vous avez plusieurs copies de fichiers dans votre Mac ? Pas de bol, HFS+ va garder une copie de chaque fichier sur votre disque. Pire : vous disposez de plusieurs copies de fichiers dans vos sauvegardes Time Machine ? Pas de bol, il y aura autant de copies du fichier qu’il sera mentionné sur le disque, même s’il a été juste déplacé. Pas très efficace.
  • Pas de vérification de la cohérence des fichiers lors de la copie. Il n’existe pas de mécanisme permettant de s’assurer à 100% qu’une copie de fichier est totalement cohérente lors de la sauvegarde Time Machine. Votre fichier devrait être bien copié, mais… on ne peut pas le garantir à 100%.
  • Pas de snapshot. Et pourtant, ça serait génial, et pas que pour Time Machine. Vous faites une modification de votre système de fichier, vous installez une grosse mise à jour, vous redémarrez, BIM, machine plantée. Vous pouvez en une seconde retrouver votre disque tel qu’il était avant la màj. Le rêve.
  • Pas de sauvegarde atomique des fichiers. Vous avez déplacer un fichier dans l’arborescence de votre Mac ? Et oui, Time Machine est idiot, il ne le sait pas, parce que HFS+ ne peut pas lui dire qu’un fichier juste déplacé n’a pas besoin d’être recopié intégralement. Et du coup, il le sauvegarde à nouveau. Ne déplacez jamais vos dossiers de films téléchargés du net. Jamais.
  • Pas de gestion de clone de fichiers. Un clone de fichier est une copie de fichier qui ne prend pas de place sur le disque dur. Et toutes les modifications que l’on fait à ce fichier sont ajoutées sous la forme de blocs supplémentaires sur le disque. Exemple : J’ai créé un document Word, je l’enregistre, Time Machine le sauvegarde. Je rajoute un paragraphe : Time Machine re-sauvegarde tout le fichier, y compris la partie déjà enregistrée. Pas efficace. Avec un clone, Time Machine pourrait dire « ne sauvegarde que la partie manquante du fichier, le reste, je l’ai déjà en clone ».

Et Apple a failli nous apporter toutes ces fonctions. On y a cru. Vraiment.

ZFS : l’espoir douché

Avec l’arrivée de Mac OS X Server 10.6, Apple a annoncé également la compatibilité d’OS X avec le format ZFS. Ce système de fichiers créé par Sun portait tous nos espoirs pour un système de fichiers moderne. Mais très peu de temps après l’annonce, toute mention de ZFS est retirée, et on n’en entend plus parler du tout. On suppose pour éviter des problèmes de licences avec Sun… Mais n’empêche, les admins Mac sont malheureux, et même si une tentative de solution commerciale a existé quelques mois, elle a été rapidement tuée dans l’œuf. La tristesse absolue.

Et depuis, on voit les évolutions d’HFS+ qui s’améliore un peu, mais on souffre devant l’inefficacité de Time Machine à gérer son espace intelligemment. On voit des sauvegardes échouer bêtement, des disques se remplir inutilement, des espaces de stockage gaspillés. C’était même une blague récurrente dans le milieu : se demander si Apple, enfin, allait faire plaisir au célèbre John Siracusa en proposant enfin un système moderne. En effet, dans ses loooongues revues d’OS X, le problème du système de fichiers était régulièrement abordé par M. Siracusa, qui avait même consacré un article complet sur le sujet il y a pratiquement… dix ans.

On n’y croyait plus. On a attendu, on se disait qu’Apple ferait bien quelque chose un jour. Mais durant la conférence, rien. Désespoir.

Et soudain, un tweet qui tombe. L’espoir renait.

Bienvenue à Apple File System !

Apple File System (APFS) a été annoncé en douce, via le planning de la WWDC, juste à la fin de la conférence, et confirmé lors de la conférence OS State of the Union, beaucoup plus technique que la conférence inaugurale (historiquement, c’est même souvent celle où l’on découvre le plus de choses croustillantes). Un nouveau système de fichier, plus moderne à tous les niveaux, qui va faire sourire tout le monde et mieux sécuriser nos informations. Petit tour du propriétaire.

Un système de fichier unique, taillé pour les stockages modernes

APFS a été conçu pour tous les appareils Apple : de l’Apple Watch jusqu’au Mac, en pensant par l’iPhone et l’iPad, en tenant compte des spécifités des SSD ou mémoires flash qui les équipent. Ainsi, les fonctions TRIM sont nativement supportées, ce qui améliorera les performances et la durée de vie de ces mémoires solides.

Surtout, APFS n’a quasiment plus de limite : en étant un système de fichier 64 bits, il est capable de gérer jusqu’à neuf quintillions de fichiers. Soit un milliard de trilliards un million neuf milliards de milliards de fichiers (merci @mlamelot Jean-Paul Blanc, décidément, c’est pire que du Krazuki). Ça va, vous devriez être peinard pour pouvoir stocker vos trois documents Word sur votre bureau.

Plus intéressant encore, dans un monde où la synchronisation d’informations devient de plus en plus critique, APFS sait gérer des datations à la nanoseconde près. Ça parait étrange, mais le monde est ainsi fait : il faut que l’information devienne vraiment précise.

Une bien meilleure gestion de l’espace de stockage

APFS regorge d’astuces pour améliorer la gestion au jour le jour de l’espace de stockage. Certes, ce n’est pas très important si vous réinitialisez votre disque dur une fois tous les cinq ans, mais pour moi ou tous mes confrères qui avons l’habitude de formater des disques tous les jours, ce n’est pas négligeable ! Par exemple, l’allocation des blocs se fait de façon extensible dynamiquement, ce qui devrait rendre l’initialisation d’un disque beaucoup plus rapide et efficace à gérer dans le temps. De même, lorsqu’un fichier comporte beaucoup de « trous » dans ses données, la fonction dite « sparse file » permettra de mieux gérer l’espace de stockage, en réduisant la taille physique occupé par ces fichiers. Un peu comme si vous retiriez les trous d’un morceau d’emmental et compactiez tout le fromage pour qu’il prenne moins de place.

Notons encore des caractéristiques rigolotes comme le partage d’espace (space sharing) : imaginons que vous ayez formaté votre disque de 1 To en deux volumes, le premier contenant 100 Go de données, le deuxième en contenant 200 Go. Et bien, l’espace restant disponible annoncé sera de 700 Go au total, même si le disque a été divisé en deux volumes identiques. Magique ! Et particulièrement utile par exemple pour Boot Camp, puisque ça pourrait fonctionner quelque soit le système de fichier au dessus du container APFS.

Une meilleure sureté des données…

Vos données seront bien plus en sureté sur un disque initialisé avec APFS : en effet, divers mécanismes comme le copy-on-write ou « l’enregistrement sûr atomique », ou la coalescence des enregistrements permettront de s’assurer qu’un fichier soit toujours correctement enregistré sur votre disque. À bas les opérations à moitié effectuées !

… Ainsi qu’une meilleure sécurité !

La sécurité de vos données reste un sujet important de préoccupation pour Apple. D’où l’idée d’améliorer encore le chiffrement des disques après FileVault 2, en proposant carrément en option un chiffrement multi-clés avec des clés pour les fichiers et une clé spécifique pour les méta-données sensibles. Ainsi, même si la sécurité physique du disque est compromise, vos données restent chiffrées. De quoi rendre fous les gouvernements du monde entier.

APFS, l’ami de Time Machine (on l’espère)

Normalement, avec tout ça, la plupart des gros défauts abordés plus haut pour Time Machine devraient être de mauvais souvenirs.L’espace devrait être bien mieux géré, puisque le clonage de dossiers ou fichiers est nativement supporté, tout comme les snapshots. De quoi regagner énormément d’espace sur vos disques de sauvegarde, et rendre ces dernières beaucoup, beaucoup plus rapides. Et du coup, si vous utilisez Time Machine sur un serveur de fichiers, le réseau devrait beaucoup moins tirer la langue. On pourrait même imaginer une sauvegarde quasi-permanente et instantanée sur un autre disque, à intervalles hyper courts. Ça devient faisable.

Quelques limitations…

Évidemment rien n’est parfait dans ce bas monde, et pour cette première version beta publique de OS X Sierra, on rencontrera des limitations importantes :

  • L’impossibilité de démarrer sur une partition APFS ;
  • L’impossibilité de le partager en AFP (SMB obligatoire, de toute façon, AFP est officiellement annoncé comme déprécié, l’étape ultime avant d’être complètement retiré) ;
  • L’impossibilité de créer un volume insensible à la casse ;
  • L’absence de compatibilité Time Machine ;
  • L’impossibilité d’utiliser FileVault ;
  • L’incompatibilité avec les disques Fusion Drive, qui rassemblent disque dur physique et SSD pour créer un seul volume logique.
Pas d’inquiétude pour autant : à ce stade du développement, il est normal que certaines fonctions  soient indisponibles, aussi importantes qu’elles soient. Pour le moment, si vous avez installé la beta de MacOS Sierra, vous ne pouvez que créer des conteneurs APFS sur un disque. De quoi tester… mais attention à bien sauvegarder vos fichiers dans tous les cas :)

… mais énormément de promesse !

L’importance d’un système de fichiers efficace pour l’avenir n’est pas à négliger, et avec APFS, Apple prépare son futur pour les vingt prochaines années au minimum. D’autant plus qu’il semble qu’il sera possible de convertir dynamiquement un volume HFS+ en APFS.
À ce propos, les OS précédents ne seront pas capables de lire un disque APFS, mais est-ce qu’Apple renouvellera le principe très élégant des volumes HFS+ qui, lorsqu’on les branchait sur un Mac non compatible HFS+, n’affichaient pas une alerte d’initialisation du disque, mais montaient volume en affichant juste… un fichier texte appelé «  Where_have_all_my_files_gone » ? Une solution typiquement Apple.
En tout cas, Apple nous fait désormais attendre 2017 avec impatience pour profiter enfin d’un système de fichiers modernes. Et pour ne rien gâcher, ses spécifications techniques seront open source, contrairement à NTFS ou exFAT. Prends ça dans les dents, Microsoft !
  1. Oui, cette abréviation est beaucoup plus drôle à dire quand on parle français.
  2. En réalité, 20 Mio)
  3. excitées mes… quoi ???