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Révolutionnaire

Il y  a quelques jours, j’ai été un membre actif d’une petite discussion lancée par un tweet de Cédric Ingrand, qui s’interrogeait sur le fait qu’Apple ne serait plus un moteur d’innovation. Samsung serait donc bien plus innovant qu’Apple, et ça serait la fin des haricots pour cette dernière, puisque Samsung a pris la première place du vendeur de smartphones (encore que ce chiffre pourrait être sujet à discussion, mais c’est un autre débat).

Après la tempête, le calme doit revenir

Être révolutionnaire ne peut être un état permanent. Un pays en révolution permanente n’est pas un pays stable. La révolution peut apporter un changement, mais il doit ensuite y avoir une stabilisation pour que cette révolution prenne corps.

Imaginez si Apple lançait réellement une révolution chaque année. Déjà que les Guignols se foutent de sa gueule à chaque lancement de produit…

Apple est capable de changer la course d’une industrie, comme elle l’a démontré. Mais il n’est pas forcément évident d’inventer ou de trouver the next big thing. Les marchés sur lesquels Apple peut se lancer existent, et le succès de l’iPhone a montré qu’elle était capable d’apporter un véritable sang neuf. Cependant, espérer chaque année un produit capable d’enterrer la génération précédente ne peut pas être viable. Il faut de temps en temps laisser souffler le public. Quelque soit le talent d’une entreprise, elle ne peut pas imposer du changement permanent.

Du véritable usage de la révolution

Apple a créé de nombreuses révolutions depuis sa création :

- Le premier vrai ordinateur pour tous dans un boitier plastique avec l’Apple ][ ;

- Le premier vrai ordinateur pour tous équipé en standard d’une interface graphique avec le Lisa puis le Macintosh ;

- Le premier vrai ordinateur multimédia pour tous avec le Mac II vx ;

- Le premier ordinateur pour tous équipé d’un port USB, avec l’iMac ;

- Le premier ordinateur portable pour tous équipé en standard d’une technologie Internet sans fil, avec l’iBook.

- Le premier vrai lecteur MP3 pour tous avec l’iPod ;

- Le premier vrai smartphone pour tous avec l’iPhone ;

- La première vraie tablette pour tous avec l’iPad.

Vous noterez cependant un point important dans ces révolutions.

Apple n’a inventé aucune de ces révolutions technologiques. 

Apple n’a pas créé la première tablette, ou le premier lecteur MP3, ou le premier smartphone ou encore la première interface graphique, ou le premier ordinateur équipé de ports USB. D’autres constructeurs pourraient se gausser d’avoir créé ces technologies.

Mais la force d’Apple est d’avoir su détecter dans ces technologies leur potentiel, et leur avoir permis de s’épanouir pleinement. D’avoir misé dessus, parfois énormément, en pensant être capable de faire sortir une technologie de l’ornière pour la rendre accessible au plus grand nombre.

Le terme « pour tous » que j’ai utilisé plus haut est cependant usurpé. Apple préfère souvent utiliser for the rest of us : pour nous, qui ne sommes pas des informaticiens et n’avons pas envie de le devenir. Et c’est exactement ce qui fait la force d’Apple : proposer une technologie comme le Wi-Fi, et la rendre utilisable par un enfant de 10 ans. Qui peut nier aujourd’hui que le Wi-Fi a révolutionné de nombreux usages de l’informatique et de la mobilité ?

Il y a évidemment de la provocation dans mon propos. Quand je dis que l’iPod est le premier lecteur MP3 pour tous, c’est évidemment faux sur un point : son tarif pouvait être considéré comme prohibitif, mais finalement était justifié par rapport à la technologie alors embarquée. Et ce que fait payer Apple, outre son design, c’est aussi cette facilité d’utilisation et cette cohérence entre le matériel et le logiciel.

Apple ne va donc pas forcément se lancer sur un marché juste pour faire plaisir à des analystes, qui voient dans le nombre de ventes d’un produit son potentiel. Alors qu’il faut prendre un appareil technologique dans son ensemble. On avait par exemple reproché à Apple de ne pas vouloir vendre d’ultra-portable à bas prix (les fameux netbooks), niant ici totalement son positionnement produit pour le placer face à Dell ou HP. Aujourd’hui, le marché des netbooks est mort, et a même fait du mal au marché du PC en général.

Alors évidemment, quand Apple annonce une révolution pour chaque nouveau produit, c’est forcément une hyperbole. Et comme je dis souvent, c’est un peu normal qu’Apple dise que chacun de ses nouveaux produits est le meilleur de sa catégorie1.

Des révolutions architecturales

Apple a sorti tous les produits cités précédemment en menant en même temps des nombreuses modifications d’architectures, des transitions parfois extrêmement risquées : citons évidemment la transition du PowerPC vers Intel, mais aussi celle vers l’architecture ARM, ou encore le passage de Mac OS 9 à OS X. Chacun de ces chantiers a été colossal, souvent audacieux, et assez brillamment réussi.

Ces chantiers sont cependant assez colossaux pour nécessiter de nombreuses années, mais on peut en voir une grande partie des bénéfices aujourd’hui. Le passage vers Intel a été un succès, avec des ventes de Mac en augmentation2, on peut enfin jouer à des tonnes de jeux  sur Mac, l’App Store pousse au développement de nouvelles applications, les développeurs reviennent justement en masse… Très positif donc.

Mais Apple n’a donc aucun problème en ce moment ? 

Si. Je pense que le principal problème actuellement avec Apple n’est pas avec le matériel, mais plutôt au niveau du logicielEt plus exactement, la stagnation inquiétante des logiciels qu’elle développe elle-même :

  • Apple a sorti iLife en 2003, et cette suite logicielle a été un incroyable argument vendeur du Mac.
  • iWork 09, dans une certaine mesure, a contribué à relancer une certaine concurrence à Microsoft Office (surtout grâce au merveilleux Keynote).
  • Aperture semble constituer une alternative intéressante à Adobe Lightroom.
  • Et Final Cut Pro était une arme ultime pour la création vidéo.
  • Apple avait aussi des ambitions côté serveur, en allant jusqu’à se lancer dans le SAN. Ça a fait pschit.
  • Sans oublier son outil de gestion Apple Remote Desktop…

Malheureusement, sur tous ces logiciels, il n’y a pas forcément eu de révision majeure depuis quelques années, à part l’évolution critiquée de Final Cut Pro X.  La suite iLife n’a pas vu de remplaçant à iDVD ou iWeb, iWork stagne et s’est même vu amputé de ses fonctions Internet avec l’abandon d’iWork.com, Aperture n’a pas évolué, Final Cut X est enfin sorti mais en version tronquée (même si des mises à jour ont corrigé pas mal de manques)…

En clair, côté logiciels Apple sur Mac, c’est pas la joie, et on ne voit vraiment rien de révolutionnaire. Mais n’est-ce pas là aussi la faute de l’iPad ? Ce dernier a eu entretemps de nombreuses mises à jour de logiciels, dont une version complète d’iWork, ainsi qu’iMovie, iPhoto et Garageband ! Et je ne serais pas surpris que le manque d’évolution côté Mac vienne de ces évolutions côté iOS, Apple étant connu pour avoir des équipes de développement resserrées.

Je pense cependant que cette période de transition des applications vers iOS est un chantier qui se termine, et désormais les versions Mac et iOS vont évoluer conjointement, ne serait-ce que pour pousser la synchronisation avec iCloud des documents entres ces plates-formes. Les logiciels devraient évoluer dans une meilleure direction et devraient permettre à nouveau de faire rayonner la plate-forme Apple. Car après tout, ce qui fait vendre les machines, ce sont aussi les logiciels, et c’est à Apple de montrer l’exemple en proposant les meilleurs logiciels du marché.

Cette nouvelle année devrait être donc passionnante… même si Apple ne révolutionne pas un nouveau marché. Mais ne serait-ce que parce que ses plates-formes n’ont jamais été aussi vivantes.

  1. Imaginez Tim Cook qui monterait sur scène un jour en disant : « bon, on vient de sortir un produit, mais c’est pas le meilleur, hein, y’a machin ou trucmuche qui font beaucoup mieux. »
  2. Bon OK, pas au dernier trimestre, mais pour plein de raisons bonnes ou mauvaises d’ailleurs.

Goodbye Google (et Gmail)

Gmail logo

C’est fait : j’ai supprimé mon compte Google. Et donc, viré ma boite Gmail au passage.

Pourquoi ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La première, et sûrement la meilleure, est que… finalement, je ne l’utilisais quasiment pas. Oh, j’avais bien quelques services pratiques chez Google, mais rien d’irremplaçable. En réalité, la fonction que j’utilisais le plus dans Gmail, c’était son filtre antispam, ceux de mon hébergeur (1and1) n’étant pas bien efficace à l’époque. Ça a l’air d’être bien mieux aujourd’hui. Et dans le pire des cas, il y a d’autres solutions, comme SpamSieve, ou passer par un SMTP supplémentaire nettoyant le mail (dyn.com propose ce service). La seule fonction qui va peut-être me manquer, c’est la synchro des flux RSS. Peut-être que je créerai un autre compte Google (anonyme, celui-ci) uniquement à cet usage. Je verrai.

La deuxième raison : ces « innovations » de Google m’inquiètent de plus en plus. En clair : Google souhaite utiliser vos e-mails pour proposer des résultats de recherche supplémentaires lors d’une requête sur sa page principale. Alors évidemment, j’ai très bien compris que ce n’est pas parce que vous faites une recherche dans Google que vous allez taper dans mes mails. Mais quand même, je n’aime pas ce procédé. Certains l’apprécient peut-être, moi pas.

Google était formidable, il y a dix ans. Lorsque Google faisait son cœur de métier, et le faisait bien : proposer juste de la recherche, rapide, avec juste une barre de recherches, et… c’est tout. Depuis l’avènement de Facebook et d’iOS, Google flippe que l’utilisateur se détourne de la recherche, et donc, de ses revenus, puisque Google tire ses revenus de la publicité intégrée dans ses pages de résultats. Et cela la pousse à aller sur des terrains très glissants. Sûrement trop.

Gmail était également formidable à sa naissance, en 2004. À cette époque où les hébergeurs filaient royalement 10 ou 20 Mo de stockage pour le mail, Google en proposait 50 à 100 fois plus. Si vous vous demandez pourquoi avoir une adresse Gmail était très recherché… N’allez pas voir plus loin. Gmail a permis à Google de récupérer des tonnes de nouveaux « clients » simplement en proposant une solution BEAUCOUP plus intéressante par le seul aspect du stockage. Stockage qui ne lui coûtait d’ailleurs probablement presque rien : est-ce que tous ces utilisateurs exploitaient (ou exploitent toujours) réellement cet espace de stockage ? Cette mutualisation a évidemment fait énormément de publicité au service, qui, de plus, était fort bon, et a proposé très rapidement le protocole IMAP, à un moment où les appareils mobiles ont commencé à débarquer.

Un autre point important : j’utilise très peu les solutions web. Traitez-moi de vieux con si vous voulez, mais… je préfère toujours avoir les données en local, dans une application dédiée. Le webmail me donne des boutons, car j’ai toujours l’impression d’une solution moins évoluée techniquement que ce que me propose un client mail intégré. Un exemple tout bête : je suis un dingue du Glisser-Déposer. Je n’utilise jamais le bouton Ajouter une pièce jointe dans mon application de mail, car je l’ajoute toujours via un Glisser-Déposer. Or, quand je travaille avec une solution en webmail, la seule solution1, avec Safari, consiste à glisser la pièce jointe exactement sur le bouton d’ajout de PJ. Quand j’utilise Mail, je peux glisser ma pièce jointe n’importe où dans la fenêtre entière, ce qui rend les choses bien plus simples. Du coup, toutes les options kikoolol de Gmail… je ne les exploite jamais. Les fonctions d’archive, de tchat intégré, de recherche hyper balaise… Du vent, pour moi. Je précise bien pour moi. Si vous les appréciez et les utilisez, tant mieux. Personnellement, je n’y arrive pas.

Alors, quelle solution ?

En 1994, le sujet du bac de philosophie était : « Un acte gratuit est-il possible ? ». Comment je sais cela ? Parce que c’était l’année de mon bac, bien évidemment. Ma réponse, appuyée par des exemples des pubs de lessive (mais oui) était alors qu’il était quasiment impossible qu’un acte purement altruiste existe vraiment2.

Un service gratuit impose une contrepartie. Il faut un modèle économique pour qu’une entreprise survive. Soit le service est payant, soit il propose une gratuité à travers la publicité. Pour Gmail, la question ne se pose pas : le service est gratuit, et financé par une publicité particulièrement ciblée.

Si vous utilisez des produits Apple, vous pouvez utiliser iCloud, qui est… gratuit ! Mais pas totalement, en réalité : iCloud est financé par les produits Apple que vous achetez. N’oubliez pas qu’Apple tire la majorité de ses profits de la vente de matériel. iCloud n’a d’intérêt que si vous utilisez des produits Apple3

Personnellement, pour ce qui est de l’e-mail, j’ai depuis 1998 ans adopté toujours la même stratégie : utiliser uniquement des adresses e-mail liées à mon nom de domaine. Un nom que je paye chaque année, quelques euros par an. C’est un premier pas vers une certaine indépendance. Avantage énorme : votre adresse e-mail n’est plus liée à un hébergeur particulier. Vous pouvez changer d’hébergeur comme de chemise, c’est invisible pour tous vos correspondants. Un autre avantage : un nom de domaine à votre nom fait un poli plus sérieux.

J’utilisais Gmail quasiment uniquement pour le filtrage des e-mails. Ma stratégie était alors la suivante :

- Je crée autant d’alias que souhaité en @gete.net ;

- Chaque alias redirige vers mon compte Gmail ;

- Les messages non bloqués par le filtre antispam sont redirigés vers un compte unique de mon hébergeur, compte qui ne correspond pas à une adresse e-mail que j’utilise.

- Je relève alors via IMAP uniquement le contenu de cette boite.

L’un des avantages de cette méthode : elle évite de multiplier les comptes à relever. Je n’exploite qu’un seul compte, et ça me va très bien. Et comme tout est en IMAP, pas de problème de synchronisation entre Mac, iPhone et iPad.

Et à noter que tout ceci ne pose pas de souci, pour une raison bien précise : j’utilise Mail sur OS X. Et ce dernier sait gérer plusieurs adresses e-mails sur un seul compte (contrairement à Entourage ou Outlook). Du coup, je n’ai qu’un seul compte à relever pour récupérer les messages envoyés à toutes mes adresses e-mail, et je peux envoyer avec toutes ces adresses e-mail. Pratique. Et à noter que cette astuce fonctionne également sur iOS.

C’est une stratégie qui semble alambiquée sur le papier, mais elle est réellement efficace. Et surtout, elle me permet d’utiliser les mêmes adresses e-mail depuis 1999, malgré les changements de FAI ou d’hébergeur. C’est une indépendance qui a un certain coût, mais… elle est très agréable.

Comme déjà dit, mon usage de Gmail était très limité. Donc impact également très limité. Mon action sur Gmail 

Et pour le reste ?

Restent les autres services proposés par Google, et liés au compte Google :

  • Youtube : je n’ai publié qu’un tout petit nombre de vidéos sur YouTube. J’ai récupérées celles que je trouvais vraiment intéressantes et je les mettrai en ligne plus tard sur Vimeo
  • RSS : pour la synchronisation des flux RSS, malheureusement peu, voire pas de solutions. Peut-être que je recréerai un compte Google, anonyme, juste pour cet usage.
  • Analytics : mon hébergeur me propose une solution d’analyse, pas géniale, mais je m’en fous un peu, pour être honnête. Je ne vis pas vissé sur mes stats. Mon métier n’est pas lié au web. Certes, ça m’amuse de voir parfois les pics de connexion lors d’une sortie de Lion DiskMaker. Mais ça ne va pas plus loin. Je ne monétise pas le contenu de ce site.
  • iGoogle : je n’utilise pas. Ma page de démarrage est vierge par défaut.
  • Maps : je me suis toujours limité aux fonctions assez basiques de Maps. Pas trop d’impact pour moi. J’ai juste mis un lien personnalisé vers mon adresse sous forme de lien, que j’ai stocké dans la barre des signets de Safari.
  • Google Plus : AH AH AH ! Ahem.
  • Synchro calendriers / Carnet d’adresse : ça fait des années que j’utilisais MobileMe, puis iCloud, donc pas besoin de changer ici. Car j’ai curieusement beaucoup plus confiance envers Apple qu’envers Google pour respecter ma vie privée. C’est peut-être une erreur, mais… c’est comme ça.
  • Stockage : le coût du stockage ayant fortement baissé, l’avantage qu’avait Gmail a disparu. Tous les hébergeurs proposent désormais une quantité de stockage largement suffisante pour héberger nos mails et un bon paquet de données.

La grande question : quel est le coût de notre indépendance ?

Peut-être que je suis naïf, peut-être que l’indépendance n’existe pas, sauf à carrément monter son propre serveur chez soi, et là, je me dis même : pourquoi pas ?. Mais je n’en suis pas encore là. Pour le moment, quitter Google n’aura pas un impact majeur chez moi. Mais là encore, il ne s’agit que de mon expérience. Peut-être qu’il vous sera plus difficile de quitter Gmail. Peut-être même que vous ne souhaiterez pas le quitter.

Mais… laisser toutes nos données personnelles dans les mains d’une entreprise qui était fière d’indiquer qu’il ne fallait pas être malveillant dans sa devise et qui semble aujourd’hui fort sujette à caution me semble être une erreur. On peut rester vigilant. Google n’est pas encore totalement irremplaçable… même si cela a un coût.

  1. La plupart du temps, ça s’améliore de nos jours
  2. J’ai eu 11/20.
  3. On pourra me rétorquer qu’on pourrait très bien utiliser iCloud pour ne faire que de la synchronisation entre deux PC, et… c’est vrai. Mais je ne pense pas que ça soit un usage majoritaire, loin de là.

Le mystère du logo à l’envers

John Gruber pointe aujourd’hui vers le blog de Joe Moreno, qui a travaillé chez Apple en tant que consultant WebObjects, et qui explique pourquoi le logo Apple est repassé dans le bon sens quand le portable est ouvert. L’argument qu’il présente est intéressant, et même plus que cela : il atteste du fait que jusqu’au PowerBook G3 (FireWire, nom de code Pismo), la pomme était effectivement à l’envers quand le portable était ouvert.

Sex and the city s4e8 powerbook g3 1

Notez que dans cette série, le portable jouait mieux que l’actrice derrière lui.

L’explication alors donnée était simple : cela permettait à l’utilisateur de savoir dans quel sens attraper et ouvrir sa machine. Je me souviens qu’à l’époque, cette question revenait régulièrement lors des formations commerciales Apple que j’animais. Et surtout, surtout, à l’époque, une FAQ de la TIL 1 expliquait le problème en détails. C’était un article totalement officiel, en provenance directe d’Apple, ce que semble confirmer Joe Moreno.

Mais le plus intéressant dans l’histoire est arrivé à l’époque de la sortie du PowerBook G4.

PbG4

Et là… c’est le drame.

C’est à ce moment que la Pomme est repassée dans le bon sens, portable ouvert. Et à ce moment précis, un événement intéressant s’est produit : l’article de la TIL susmentionné a tout simplement… disparu. Volatilisé. Je ne l’ai plus jamais retrouvé, quand bien même je sais l’avoir vu. Et  le problème de la Pomme Karen Cheryl, qui n’en était théoriquement pas un, l’est devenu pour moi, surtout avec les PowerBook G4 Aluminium, que j’ai tenté d’ouvrir des dizaines de fois dans le mauvais sens, aucun indice visuel n’étant donné si on le saisit en le visualisant de haut… à part la Pomme, donc.

Peut-être qu’il est temps qu’Apple se penche réellement sur le problème, en ajoutant une Pomme qui change d’orientation selon que le portable est ouvert ou non… Allez Apple, surprends-nous !

  1. Tech Info Library, ancêtre de l’l'actuelle Knowledge Base

Pourquoi ne pas quitter les apps sur iOS (suite)

J’avais déjà écrit sur ce sujet, mais cet article (en anglais) va un peu plus loin. Très instructif.

2011 : l’année en demi-teinte d’Apple

2011 est bientôt terminée, et c’est évidemment le moment des bilans, comme le dirait Mickael Kael. Une année qui, à mon goût, ne restera pas parmi les meilleures qu’Apple a vécues. Ce fut évidemment une très triste année pour Apple : elle a perdu Steve Jobs, son co-fondateur. Même si le plan B était prévu depuis longtemps, même si Tim Cook est talentueux, même si les équipes ont été préparées au départ de Steve… Apple sans Steve Jobs sera sûrement très différente.

Ce fut également une année d’attentes côté nouveaux produits, mais une attente pas forcément récompensée. Certes, nous avons eu un iPhone 4S, superbe évolution à bien des égards (et une vraie révolution à venir quand Siri aura pris du galon). Nous avons eu une version majeure de Mac OS X, avec Lion, qui est pourtant loin de ce que j’aurais espéré pour une évolution majeure : le rapprochement vers iOS ne me semble pas si heureux que ça… C’est aussi Lion Server, un système qui n’est qu’une application de plus que Lion, pour un prix dérisoire, et une stratégie un peu bizarre de la part d’Apple, avec un système serveur professionnel vendu pas assez cher pour être totalement honnête. Du bon dans ce serveur, mais aussi du moins bon. J’attends toujours la 10.7.3 avec impatience…

La sortie la plus marquante de l’année côté matériel reste le nouveau MacBook Air, qui prend de l’ampleur et crée à lui seul le segment du « subnetbook », ordinateur puissant mais très léger. Un concept qui cartonne, au détriment de l’informatique « classique ». Et oui, c’est un produit de fin 2010, mais sa nouvelle version sortie cet été, bien plus puissant, le rend vraiment plus intéressant et plus apte à remplacer une machine de bureau sur bien des points.

2011, c’est aussi la fin officielle du Xserve, remplacé tant bien que mal (voire pas du tout remplacé) par le Mac mini Server. Bonne machine, bonne évolution matérielle, un bon concept, encore amélioré avec l’arrivée de ThunderBolt, technologie qui pourrait rendre finalement l’informatique bien plus modulaire. À voir si l’année 2012 sera l’année du ThunderBolt, ou si ça ne restera qu’une technologie pour les professionnels, réservé à une niche.

2011, c’est iOS 5. Très honnêtement, c’est un des meilleurs produits qu’Apple a sortis cette année. Une excellente évolution, avec plein de petites et grosses nouveautés partout (centre de notifications et gestion multitouch en tête). Et évidemment, iCloud, le successeur de MobileMe, qui après des débuts assez cahotiques semble enfin donner satisfaction.

Il y aura cependant eu au moins une évolution positive majeure sur Mac : l’arrivée massive du JEU ! Que ce soit par les studios indépendants qui adoptent le Mac App Store, ou l’arrivée de Steam avec le fabuleux Portal 2 et bien d’autres, on joue sur Mac, et c’est un vrai plaisir de ne pas avoir à redémarrer sous Windows rien que pour lancer un p’tit jeu comme Super Meat Boy. Espérons que cette tendance se poursuive en 2012.

2011 n’aura donc pas été une année géniale pour Apple. À un niveau plus personnel, je n’ai pas été époustouflé par les nouveautés d’Apple durant toute l’année, et le manque de renouveau matériel s’est également ressenti : la meilleure preuve, c’est que je n’ai toujours pas fait évoluer mon parc informatique significativement en 2011 (l’iPhone 4S reste à ce jour mon plus gros investissement).

Heureusement, 2012 devrait être l’année où les équipes d’Apple auront enfin l’occasion de montrer à nouveau leur talent, avec le renouvellement attendu de nombreux matériels comme le MacBook Pro… J’espère juste que la fin du monde n’interrompe pas tous les programmes de façon inopinée, bien évidemment.

Lion

[Edité : morceau manquant sur Mission Control]

Lion est un sujet compliqué. Je l’ai testé depuis de nombreux mois, et je dois vous avouer quelque chose : je n’arrive pas à en tomber intensément amoureux. Oh, rien de méchant : c’est somme toute une version très importante de Mac OS X, sur laquelle Apple a énormément travaillé pour proposer une nouvelle vision de l’informatique, toujours plus simple et théoriquement plus conviviale. Mais juste que je n’arrive pas à trouver Lion aussi excitant que, par exemple, Panther à l’époque. Lion est d’autant plus un sujet compliqué à traiter pour moi que par mon rôle de consultant membre de l’ACN, je me devrais d’être plus… positif. Mais d’un autre côté, je me dois d’avoir un certain devoir d’honnêteté intellectuelle face à mon lectorat, et mes clients.

La question est donc : est-ce qu’il s’agit d’une version vraiment intéressante de Mac OS X , et surtout, est-ce que cela vaut le coup d’y passer ?

Pour moi, la réponse est pour le moment : pas sûr. Pour plein de raisons, en fait.

Trop d’iOS dans Mac OS X tuerait-il OS X ?

Souvenez-vous : avec Lion, l’objectif d’Apple était : « Back to the Mac ». Ce que nous avions à l’époque interprété comme plus d’attention de la part d’Apple pour le Mac. En réalité, Steve Jobs expliquait la stratégie d’Apple comme « réintégrer dans OS X des éléments qui ont fait le succès d’iOS ».

Après tout, pourquoi pas : il y a des éléments d’iOS qui sont clairement très, très intéressants et qui méritaient d’être repris. Malheureusement, dans son objectif d’harmoniser iOS et Mac OS X, Apple est allée trop loin. Prenons quelques exemples.

De l’obligation (mal gérée) du multi-touch

Apple s’est sentie obligée dans OS X d’ajouter des actions orientées multi-touch. Certaines de ces actions sont très agréables à partir du moment où l’on dispose d’un Magic Trackpad. Magic Mouse ? Oubliez : gérer les mouvements à deux doigts sur une souris est juste infernal.

Malheureusement, si certaines actions sont effectivement adaptées (le glissement à trois ou quatre doigts pour passer d’un espace à un autre), ce n’est pas le cas des mouvements pour activer LaunchPad ou Mission Control qui me semblent particulièrement peu intuitifs. Et on en revient alors au problème des interfaces qui cachent trop d’informations : autant on peut facilement aller cliquer sur un menu pour voir son contenu, autant deviner à l’avance l’effet d’une action multi-points tient du coup de chance… d’autant que l’expérience n’est pas toujours cohérente d’une action à une autre.

Des écrans plus grands… mais plus vides

Avec Lion, certaines des applications historiques de Mac OS X voient leur  interface se rapprocher de celles de l’iPad. Ce qui me semble poser plusieurs soucis, en particulier pour iCal / Calendrier et Carnet d’adresses.

D’abord, Apple pense que rapprocher les interfaces d’iCal et du Carnet du Mac de leur équivalent iOS est une bonne chose. Cela pourrait être vrai si les interfaces de ces logiciels étaient top sur iOS. Manque de chance, non seulement les fonctions du Carnet et d’iCal sont quasi-identiques entre Snow Leopard et Lion, mais pire : elles sont moins pratiques que celles de Snow Leopard ! Ainsi, le Carnet d’adresse perd une colonne, pourtant fort pratique pour afficher les groupes de contacts. Il faut donc cliquer sur un bouton pour revenir en arrière, et il est impossible de lister une fiche de contact facilement en même temps que la liste des groupes. Passer d’un groupe à un autre impose plus de mouvements de souris.

Mais c’est iCal qui souffre le plus de cette « évolution ». Dans un mouvement d’unification halluciné, Apple a décidé de retirer la liste de calendriers pour en faire un popover. Quand vous tapez sur le bouton Liste, vous voyez affichés vos calendriers et la correspondance des couleurs. Heu, allo ? Je gère DIX calendriers, je passe régulièrement de l’un à l’autre, et l’impossibilité de passer d’un calendrier à un autre en un clic ainsi que de facilement voir les correspondances de couleurs dans la liste rendent iCal quasi-inutilisable. Alors qu’il n’y a rien qui justifie cette modification, à part donc, l’homogénéité entre iOS et OS X. C’est là qu’Apple a tout faux : si iOS et OS X se ressemblent, ils ne fonctionnent pas sur le même matériel. En particulier, l’écran le plus grand qu’iOS utilise aujourd’hui se limite à 1024 pixels par 768 dans un système pour lequel la notion de fenêtre est inexistante puisque mono-document et même mono-écran. Et là, il est vrai que la résolution limitée peut avoir un impact sur l’utilisation du système.

Mais sur une machine de bureau ? Qui dispose d’un écran qui peut atteindre sans grosse difficulté les 1900 voire 2500 pixels de large ? En quoi ça enquiquine Apple qu’on puisse voir la liste de calendriers en permanence, bon sang ??? Pire encore : pourquoi ne pas la rétablir par exemple automatiquement dès que la présentation passe en plein écran, plutôt que de m’afficher le même nombre de colonnes plus grandes, et encore plus vides ???

iCal n’est pas une application que j’utilise à moitié : elle m’est indispensable pour coordonner mes rendez-vous professionnels, voir la disponibilité de ma famille, et bien plus. Ces changements qui peuvent sembler triviaux ont pourtant un impact incroyable sur la productivité au jour le jour. Apple aurait pu y penser, ou simplement proposer un choix. Mais là, non : c’est popover pour tout le monde, et c’est bien gonflant. J’espère que je ne serai pas le seul à râler dans les prochains mois…

(O)Mission Control

Il est des technologies que j’étais fier de montrer sur Mac, et Exposé en faisait partie. Et bien, en une version de Mac iOS X, Apple a réussi à tuer Exposé. Honnêtement ? Je n’aime pas du tout Mission Control. C’est un fourre-tout sensé permettre de trouver plus facilement ses fenêtres, et je trouve  que c’est exactement le contraire qui se produit. Plutôt que de voir toutes les fenêtres affichées d’un coup, on voit toutes les applications d’un espace dédié, et ce n’est pas vraiment pratique. Et là encore, les gestes pour afficher les fenêtres d’une application ne sont pas naturels, et pire, donnent un résultat limité. Avec Exposé, je pouvais rapidement afficher toutes les fenêtres à l’écran, et pas juste « un petit morceau de la fenêtre regroupé par applications ». Avec Mission Control, les fenêtres sont regroupées, et si on utilise le bon (et délicat) geste pour les afficher, on en affiche juste « un peu plus », et en version réduite. Beaucoup mons pratique.

LaunchPad : le lanceur inutile ?

Plus encore que Mission Control, je déteste LaunchPad. Lanceur du pauvre, il fait moins bien ce que le Dock ne faisait pourtant pas trop mal jusqu’à maintenant : donner un accès rapide aux applications. Autant c’est un système qui est très adapté à une interface tactile où l’on tape directement sur l’écran, autant il ne sert à rien sur Mac. Au contraire : atteindre une cible de taille moyenne au trackpad est loin d’être une sinécure, alors que le Dock a un avantage dû à la fameuse loi de Fitts qui explique que la facilité à laquelle une cible peut être atteinte dépend de sa taille et de sa distance au pointeur. Avec le Dock, la cible dispose au moins d’un côté où sa taille est infinie (c’est le bord de l’écran). Faites l’expérience : avec votre souris ou votre trackpad, testez en combien de temps vous arrivez à lanceur une application avec le Launchpad et la même avec le Dock. Ce dernier est bien plus rapide… Pire encore, LaunchPad ne sait pas gérer le Glisser-Déposer ! Avec le Dock, pour envoyer un fichier en pièce jointe d’un nouveau mail, il suffit de glisser la PJ sur l’icône de Mail. Avec LaunchPad ? Ne cherchez pas, ça ne marche tout juste pas.

Il s’agit là encore d’une tentative d’Apple d’adapter un type d’interface à un système pour lequel il n’est pas adapté. Dans le cas de LaunchPad, c’est un échec cuisant pour une initiative pas vraiment utile : avait-on vraiment besoin d’une nouvelle interface de lancement d’applications ? Le seul gros intérêt de Launchpad, c ‘est qu’on peut complètement s’en passer. Enfin, tant qu’Apple n’a pas la mauvaise idée de virer complètement le Dock1

Une interface aussi terne que ça

Depuis iTunes, on a vu qu’Apple a décidé de prendre la couleur en grippe. Soit… le gris peut avoir ses charmes. Mais du coup, on perd énormément de lisibilité au niveau des icônes. Pire encore : la barre latérale n’affiche plus vos icônes personnalisées mais des icônes en niveau de gris. L’affichage manque alors cruellement de contraste… Toutes les icônes des différents disques que je connecte sur mon Mac ont exactement la même icône dans la barre latérale, quand bien même j’ai passé du temps à les personnaliser… Une barre latérale dont Apple a encore modifié le comportement, en éliminant les dossiers intelligents et en décidant arbitrairement de placer la liste des disques durs plutôt en bas qu’en haut. Un choix plus ou moins justifiable, mais que j’aurais préféré pouvoir personnaliser. Pas très grave, mais un peu gênant quand même.

Un mode de distribution trop novateur ?

En proposant Lion uniquement sur le Mac App Store, Apple tente un coup d’audace assez impressionnant : imposer à ses clients de passer par une boutique uniquement en ligne pour télécharger son nouveau système est quelque chose qu’aucune société commerciale n’a proposé jusqu’à maintenant. C’est sur certains points une bonne idée, mais dans une société où l’ADSL n’est pas encore (loin s’en faut) la norme et où de nombreux abonnements se voient appliqués une limitation de téléchargement, cela paraît un peu tôt, même si Apple tient évidemment à son image de précurseur2. Et quid de l’installation si on n’a pas Mac OS X 10.6 déjà installé ? Sera-t-il possible de facilement installer Lion sur un Mac dont le disque vient d’être fraichement changé ? Beaucoup de questions… qui n’amènent pas forcément des réponses très satisfaisantes.

Une licence simple… et compliquée

Malheureusement, il reste le problème de la licence. Pas de problème côté utilisateur : on peut installer Lion sur autant de postes qu’on veut chez soi. Mais pour les entreprises ? C’est évidemment une licence par poste, avec ce que ça impose théoriquement : un compte AppleID par poste ! Juste galère à gérer au jour le jour… Et des difficultés supplémentaires pour l’achat : il faudra passer par un achat en ligne avec CB ou crédit en carte iTunes, sans possibilité de passer par le principe habituel du bon de commande / facture couramment utilisé. Apple n’aime-t-elle vraiment pas le marché de l’entreprise ? Au moment où celui-ci recommence à lui faire les yeux doux, fort dommage…

Le cas Lion Server

Intégré à Mac OS X client, installable pour une bouchée de pain : voilà Lion Server. D’un côté, j’applaudis à cette nouvelle accessibilité, en particulier côté tarif. D’un autre côté, c’est à se demander si peu cher, ce n’est pas « pas assez cher » : à croire qu’Apple veut diluer la valeur de Lion Server en le rendant trop accessible. Et pourtant, il y a plein de bonnes choses et bonnes idées dans ce Lion Server. Mais comme d’habitude, je conseillerai d’attendre un peu pour la mise en production. Comme d’habitude : sauvegarde et mise en place d’un serveur de test ne seront pas de trop avant une migration qu’il ne faut pas forcer si votre entreprise dépend de la bonne santé de votre serveur. J’aurai l’occasion de revenir dessus sous peu.

« Mais enfin, GG, tu l’aimes pas du tout Lion ? »

Il y a de très bons points dans Lion, quand même. Versions, les améliorations en terme de sécurité (chiffrement complet des disques, miam), AirDrop, la reprise de session et l’enregistrement automatique, les améliorations de Mail ou de Safari ainsi que plein d’ajouts dans le Finder ou dans Spotlight contribuent largement à un système intéressant. Mais j’attendais peut-être trop d’Apple… Et peut-être que j’aurais aimé un peu plus de folie plutôt que de tenter d’adapter à tout prix des idées d’une interface tactile sur un matériel qui n’a pas été conçu à cet effet. J’attendais aussi un nouveau système de fichiers pour remplacer le vénérable HFS+, mais cela n’arrive toujours pas…

Mais avec un peu de chance, Apple entendra rapidement les critiques, et les premières mises à jour de Lion nous feront oublier certains de ces désagréments 3.

En attendant, pour ceux qui se jettent sur Lion aujourd’hui, n’oubliez pas : SAUVEGARDEZ AVANT D’INSTALLER.

  1. Et pourtant, Dieu que je ne suis pas un fan du Dock…
  2. Et d’un autre côté, j’applaudis la prouesse technique de permettre une installation d’un système complet avec création d’une partition de récupération en quelques clics seulement, de façon entièrement automatique pour l’utilisateur.
  3. Pas tous, évidemment : le passage par le Mac App Store reste par exemple un point de non-retour définitif.

Et si Apple devenait opérateur mobile ?

C’est la question que pose Matthew Panzarino sur son blog. Et bien plus que la rumeur de télévision Apple qui occupe certains esprits, je me demande si celle-ci n’est pas finalement bien plus crédible.

La première question qui vient en effet à l’esprit par rapport aux colossales réserves de cash d’Apple, c’est : pourquoi accumuler autant si ce n’est pour faire des réserves pour racheter un opérateur mobile OU construire son propre réseau ? La question, incongrue il y a quelques années, ne serait pas finalement si idiote. Regardons de plus près : depuis des années, les opérateurs ont imposé leur loi aux fabricants de mobiles : placement de logo, applications préembarquées, fonctionnalités, design… étaient en réalité pilotés par les opérateurs, pas par le constructeur. Avec l’iPhone, Apple a changé complètement la donne en proposant un appareil pour lequel les opérateurs devenaient juste des fournisseurs de tuyaux.

Manque de bol, ça ne leur plait pas. L’inénarrable Stéphane Richard expliquait ces dernières heures qu’il ne comprenait pas pourquoi Apple ne voulait pas pré-installer l’applications d’Orange sur son téléphone plutôt que d’obliger les utilisateurs à les télécharger en boutique [[1. Au passage, bravo à Stéphane Richard qui n’hésite pas à essayer de se faire mousser en parlant du prochain iPhone.. J’aurais bien une réponse, mais elle serait considérée comme vulgaire, donc contentons-nous de dire que les applications proposées par les opérateurs ne sont pas vraiment au top de ce qu’on peut trouver sur iOS, et qu’elles dégraderaient l’expérience utilisateur, commune à tous les utilisateurs d’iPhone dans le monde.

Ce que les opérateurs ne veulent surtout pas comprendre – ou plutôt comprennent parfaitement mais ne veulent surtout pas mettre en place – est que leur rôle est finalement très, très bête : on leur demande juste de fournir des tuyaux et de laisser passer des données dedans. En clair : de faire leur métier. Mais ça ne leur plait pas aux opérateurs : c’est qu’avec l’avénement de TCP/IP sur les mobiles, ils voient poindre le pire de leurs cauchemars : un monde où ils ne pourraient plus facturer des tarifs exorbitants pour des données aussi simples que des SMS. À ce propos, connaissez-vous le coût réel au mega-octet d’un SMS ? Lisez, c’est édifiant. Pire encore, la voix transite par TCP/IP, rendant obsolète leur mode de facturation à l’heure des communications. Un forfait Apple vraiment illimité, à 30€ par mois communications et SMS/MMS inclus, qui vote pour ?

Mais pour le moment, les opérateurs ont encore un moyen de réplique : la facturation du Mo transféré. Quand l’iPhone a débarqué, les opérateurs (Orange en tête) étaient plutôt confiants : l’iPhone était un appareil novateur, puissant, mais se reposant uniquement sur ses quelques applications d’origine. Rien de trop méchant. Manque de bol : avec l’App Store et l’iPhone 3G, le public a commencé à utiliser réellement le réseau et à le soumettre à des tensions finalement très prévisibles. L’opération a été finalement très simple : transformer les forfaits illimités en… pas-tout-à-fait illimités. En clair : tu as un forfait illimité, mais à 1 Go/mois, sinon ben tu apprends ce que le mot escargot du réseau veut dire.

Pire encore : lorsque l’iPad est annoncé, Apple annonce également un nouveau modèle de facturation de la 3G à l’utilisation, avec l’achat d’un forfait directement à travers l’interface de l’iPad. Aux États-Unis, le tarif est raisonnable, mais quid de la France ? Et bien, les opérateurs ont juste décidé de proposer des abonnements hors de prix (40€ par mois pour un iPad, avec limite à 2 Go ? Sériously, guys ?).

Et puis, il y a les petites mesquineries. Enfin, petites… Perso, j’ai toujours en travers de la gorge le racket (il n’y a pas d’autre mot) des opérateurs qui imposent un abonnement supplémentaire pour utiliser un iPhone en mode modem ou point de partage Internet sans fil. On paye des abonnements avec un Go de consommation par mois, mais on doit payer beaucoup plus cher parce que les octets viennent de et vont vers mon ordinateur plutôt que mon iPhone ? Prenons un cas simple : je télécharge une appli sur l’App Store à partir de mon iPhone 4. Rien ne m’est facturé en plus. Je décide de télécharger la MÊME appli à partir d’iTunes sur mon Mac, et Orange me prélève 10€ par mois pour avoir ce privilège ??? Où est la logique ?

C’est bien connu : Steve Jobs déteste les opérateurs téléphoniques. Il doit clairement penser que la beauté de ses appareils est sérieusement endommagée par leur côté rapiat. Mais je ne serai pas surpris que d’ici cinq ans, Apple se soit lancé d’une façon ou d’une autre dans la création d’un réseau ou le rachat d’un opérateur téléphonique après être devenu MVNO. Travail de longue haleine ? Complètement. Dangereux ? Également. Culotté ? Certainement. Mais ça serait finalement une telle rupture avec les opérateurs classiques et leur fâcheuse tendance à prendre les clients pour des pigeons qu’un tel effort pourrait devenir indispensable pour Apple, qui proposerait alors une solution complète de télécommunication, efficace et à tarif agressif.

Bien sûr, ce serait une tâche de longue haleine, colossale, remplie d’épines, dont la compliquée passation de pouvoir entre les opérateurs classiques et Apple. Mais d’un autre côté, Apple n’était sensée avoir aucune chance sur le marché de la téléphonie il y a quatre ans… We’ve come a long way, baby.

Apple, opérateur téléphonique, ça ne sera donc pas pour demain. Mais je suis sûr que du côté de Cupertino, ça doit pas mal cogiter dans ce sens… Et je suis quasiment sûr que le réseau téléphonique d’Apple pourrait arriver bien avant une TV Apple.

Les paris sont ouverts.

Parts de marché

Il est donc acté aujourd’hui que puisqu’Apple propose une solution mobile fermée et qu’Android est ouvert (ahem), Apple est forcément condamnée à revivre le scénario des années 1990, et à revivre la même chute aux enfers. Parce qu’il est bien connu que l’histoire se répète, surtout en informatique.

La preuve : Windows Mobile est un succès écrasant aujourd’hui sur le marché des smartphones, Microsoft a écrabouillé tout le monde sur son passage, et il n’y  plus aucune société pour les combattre dans le domaine informatique. Non ? Je me serais trompé ?

Les analystes (et dans une certaine (grande) mesure, les journalistes) aiment à penser que le scénario de Windows il y a 20 ans est celui du succès et qu’il faut qu’Apple ouvre son système pour réussir à battre la concurrence. Quand bien même il y a beaucoup plus d’exemples de sociétés qui ont perdu, puis gagné à nouveau du terrain, alors que la domination de Microsoft via Windows est la véritable exception des technologies numériques.

Apple est devenue en moins de 10 ans l’une des plus grandes entreprises au monde en terme de capitalisation boursière sans pour autant avoir adopté Windows sur toutes ses bécanes 1. Et si on regarde de près, la suprématie de Windows n’a pas été particulièrement ébranlée sur les machines de bureau, où Linux ne perce que très timidement. Alors qu’il est tout aussi « gratuit » qu’Android pour les téléphones portables, non ?

Autre point amusant : continuer d’entendre qu’Apple aurait du licencier Mac OS dès 1985. Alors que le Mac était une architecture totalement différente du PC de l’époque, avec des écrans de bien plus haute résolution, et une ROM matérielle qui comportait la moitié de l’OS, donc un système totalement incompatible avec la technologie PC de l’époque. En 1995, Apple a autorisé des constructeurs à sortir des clones de Mac. Cela a failli la tuer. À la même époque, elle dépendait d’un OS en bout de course et sans aucun successeur (Copland était un fatras sans aucun vrai chef de projet).

De même, comme le rappelle ce billet, il existe de nombreux marchés où il n’y a pas eu de vainqueur bien défini, comme celui des jeux vidéo. Et c’est une très bonne chose : cela évite à chacun de dormir sur ses lauriers, la concurrence étant motrice d’innovation technologique. Dans les années 90, Nintendo dominait le marché jusqu’à l’arrogance, puis s’est prise une claque avec la PS 1 puis 2, Microsoft a débarqué, a dégainé le premier sur le marché des consoles « Next-Gen » avec la Xbox 360, alors que Nintendo revenait comme innovateur avec la DS puis la Wii.

Ce qui a sorti Apple du gouffre, ce n’est pas d’avoir tout abandonné à Windows : c’est de créer des nouvelles machines, de sortir des sentiers balisés, d’innover, de tracer sa voie sans écouter ceux qui avaient forcément raison. Si on avait écouté ces mêmes personnes, un produit comme l’iMac n’aurait jamais pu sortir2 et Apple aurait du prendre une licence de Windows NT 4 dès 1996 tout en enterrant Mac OS. Selon ces mêmes personnes, l’iPod aurait été un échec, et face au BlackBerry, l’iPhone, sans clavier, n’aurait eu aucun succès. Quand à l’iPad, c’est un gros iPod touch, personne ne veut utiliser ça pour remplacer son ordinateur.3

À vrai dire, je trouve presque cette volonté d’uniformisation des pensées (« allez tous vers Android ! » après « Allez tous vers Windows ! ») presque inquiétante. Comme si il fallait absolument qu’il n’y ait qu’UNE solution universelle dirigée par UNE compagnie. Alors qu’on a très bien vu ce qui se passait quand une seule compagnie faisait la pluie et le beau temps, et en particulier le frein à l’innovation que cela devenait…

Donc : la concurrence d’Android est bonne. Mais la disparition de toutes les plate-formes ne serait pas une bonne chose. Mettre tous les pouvoirs dans les mains d’une seule société qui en a déjà beaucoup ne serait peut-être pas une bonne idée… Que cette société soit Google ou Apple.

  1. Certes, on peut installer Windows sur un Mac, mais ce n’est pas l’élément déclencheur qui a permis aux ventes de Mac d’accélérer depuis quelques années. L’arrivée de Mac OS X et d’iLife ont été les deux événements les plus significatifs à mon goût
  2. « Pas de lecteur de disquettes ! Pas de SCSI ! USB, mais c’est quoi ça ! »
  3. Quand bien même Apple a bien expliqué qu’il s’agissait d’un produit entre l’iPhone et le Mac.

Un MacBook Pro sans DVD ?

J’ai posté cet après-midi sur Twitter mon avis sur les caractéristiques potentielles d’un prochain MacBook Pro. Attention : cela n’est pas une vérité absolue, je n’ai même pas eu d’info à ce sujet par quelqu’un d’Apple, c’est juste une supposition par rapport au marché actuel informatique. Je disais donc ceci :

Prédiction pour le prochain MacBook Pro : DVD out, SSD 64 Go mini standard + DD classique. + de batterie.

Évidemment, c’est une prévision très audacieuse que de penser voir disparaître le lecteur DVD des Mac portables d’ici quelques mois. Et pourtant, pourtant… je pense que ce mouvement risque d’apparaître bien plus vite que ce que l’on pourrait croire.

1) On lit de moins en moins de films sur DVD sur nos ordinateurs.

Il y a dix ans, votre seule possibilité pour disposer d’un film sur votre ordinateur était de disposer d’un lecteur DVD. Et nous avons tous dépensé beaucoup d’argent pour disposer de nos films sur une petite galette.

  • À cette époque, la différence de prix d’achat entre un disque dur d’ordinateur portable et d’un film en DVD était très significative, et la capacité des disques durs ne permettait pas de stocker beaucoup de données. Une galette pouvait contenir un film de 4,7 Go. Le disque dur de mon PowerBook G4 en 2001 disposait en standard de 10 Go. Votre iPhone en a au moins 8. En janvier 2001, un disque dur de 61 Go en 3,5″ (qui ne tenait même pas dans votre portable) coûtait 388$, soit 7,31$ au Go. Aujourd’hui, 1 tera-octet en 2,5″ coûte moins de 130$, soit 13 cts le Go… soit 50 fois moins !
  • Par ailleurs, les formats de compression n’étaient pas très bons sur les ordinateurs : il y avait une vraie différence qualitative entre un film sur DVD et ce qu’on pouvait avoir sur les écrans de nos ordinateurs.
  • Internet et le haut débit étaient bien moins présents qu’aujourd’hui : avant de disposer de nos lignes à haut débit à plusieurs Mb/s, nous devions nous contenter de nos maigres modems à 56K…
  • Surtout, sur un seul disque de poche, je peux disposer de centaines de films ou épisodes de séries télé, même téléchargés légalement avec iTunes (tiens tiens). Pourquoi finalement m’encombrer avec des DVD en voyage ?

On pourra m’objecter que ce n’est pas vrai, que vous utilisez à titre personnel votre lecteur DVD en voyage, etc. Mais je pense qu’Apple analyse très clairement les usages de ses produits, et que chaque cas particulier ne représente pas la réalité.

2) Le lecteur DVD est de moins en moins utilisé pour installer des logiciels.

Les débits aidant, les logiciels sont de plus en plus téléchargés. Je me souviens avec émotion il y a 15 ans lorsque j’allais acheter mon CD d’Univers Mac et que je passais des heures à fouiller dedans pour  tester des logiciels à en pourrir mon Mac. Désormais, ce sont les sites Mac comme MacGe, Welovemac and co qui nous pourrissent nos disques durs en nous conseillants moult merveilles.

Alors certes, certains GROS logiciels nécessitent un DVD pour s’installer. Mais même la CS5 peut être téléchargée… Et il n’est pas inimaginable que les logiciels désormais passent sur clé USB, comme Apple l’a fait avec le DVD d’installation du MacBook Air qui est une toute ch’tite mignonne clé. Moi je verrais bien l’installation de Final Cut Pro à partir d’une clé 64 Go : probablement moins de problèmes techniques, moins de problèmes avec les archives sur plusieurs disques à gérer, etc. Mais ça serait peut-être un cas extrême, et Apple préférera encore peut-être durant quelques temps fournir ce soft sur DVD, l’utilisation d’un lecteur DVD externe ne posant aucun problème. Et pour les gens qui ont un portable, il y a des chances qu’ils aient aussi un PC ou un Mac à portée de main pour utiliser le partage de DVD.

Les jeux vidéo ? Voyons, maintenant qu’il y a Steam sur Mac, pourquoi s’embêter encore avec des DVD ?

Et puis, reste évidemment cette fameuse icône qui a débarqué il y a quelques semaines sur nos disques durs…

Si vous vous demandiez pourquoi on pouvait désormais s’acheter Apple Remote Desktop ou Aperture pour un cinquième du prix en boite… c’est peut-être aussi pour préparer le terrain à la prochaine révolution matérielle du Mac. Songez que l’installation d’un iWork pèse moins que le dernier Tom-Tom de votre iPhone. L’App Store est la preuve que la dématéralisation a déjà marché pour les mobiles.

Enfin, n’oubliez pas que chez Apple, le logiciel et le matériel évoluent ensemble. Le Mac App Store est peut-être la preuve que le lecteur DVD n’est déjà plus le futur pour Apple.

3) On sauvegarde de moins en moins sur DVD.

Graver des données sur un DVD vierge n’est plus aussi intéressant qu’il y a 10 ans :

  • On met beaucoup moins de données sur un DVD que sur un disque dur.
  • Le ratio temps perdu/vitesse est clairement en défaveur du DVD, le coût d’un disque dur est tellement ridicule qu’il est plus rapide et moins cher de sauvegarder sur plusieurs disques différents que de graver plusieurs DVD (à moins d’avoir très, très peu de données).

J’ai calculé que sur mon MacBook Pro, j’avais utilisé moins de 5 fois mon lecteur DVD en 3 ans. Et encore, j’aurais sûrement pu m’en passer. Et pour faire une sauvegarde complète de mon disque interne actuel, il me faudrait maintenant 25 DVD double couche…

4) Apple n’aime pas se pourrir la vie avec le passé.

Le premier MacBook Air était un terrain d’expérimentation. Le nouveau modèle a été conçu autour du SSD et s’arrache, malgré l’absence de lecteur DVD.

« Oui, mais moi j’ai encore besoin d’utiliser un lecteur DVD pour transférer des fichiers, pour faire mes sauvegardes, pour lire mes films, pour… ».

À ceux-là, je rappelerai qu’en 1999, on utilisait la disquette pour démarrer pour réparer un disque, pour installer un système, pour transférer des documents, etc.

« And then this happened » 1

Apple avait OSÉ sortir un ordinateur qui n’utilisait pas les anciennes technologies du Mac (ni ADB ni SCSI au profit du tout nouveau USB), et qui sacrifiait le sacro-saint lecteur de disquettes au profit de… euh, rien. Apple pensait qu’Internet permettrait le transfert de fichiers, que le réseau Ethernet en standard ça serait bien mieux, etc. Tout le monde a hurlé que les disquettes seraient indispensables, qu’on en aurait toujours besoin pour travailler. Jusqu’à ce que la disquette disparaisse quasiment du paysage informatique. Ça a pris un peu de temps, certains ont du acheter un lecteur de disquettes USB externe2 , mais c’est arrivé. L’iMac aurait du être un échec, il a marqué le renouveau d’Apple.

Je l’ai déjà dit : Apple est souvent la première entreprise à intégrer une nouvelle technologie, mais elle n’hésitera pas non plus à être beaucoup moins conservatrice et à s’en débarrasser si nécessaire.

5) OK, mais on met quoi à la place ? Un trou ?3

Non, quand même pas. Mais si on retourne le MacBook Pro et qu’on l’ouvre, on voit que le lecteur DVD prend vraiment beaucoup de place… Pas loin du quart de la machine. Que peut faire Apple de cette place ?

Pour moi, la solution la plus logique serait de mettre un SSD EN PLUS d’un disque dur classique. Le SSD est vraiment révolutionnaire, c’est la technologie qui a donné le plus grand coup de fouet à l’informatique depuis longtemps. Avec un SSD, tout va vraiment beaucoup plus vite, l’ordinateur est silencieux, etc. Le problème, c’est le coût : on n’est pas encore à la parité entre SSD et disque à plateaux. Mais ça devrait arriver d’ici 18 mois maximum. En attendant, Apple pourrait très bien utiliser la place dégagée par le lecteur DVD pour mettre un deuxième disque classique. Ainsi, on cumule l’avantage d’un disque de grande capacité pour le stockage longue durée et le SSD pour garder une vitesse de transfert optimale. Avec éventuellement un assistant à la Apple pour délocaliser facilement son dossier de départ sur le disque externe ou seulement une partie des données comme la bibliothèque iTunes. Et une option sur l’Apple Store pour virer le disque dur et mettre un deuxième SSD à la place.

Mais même avec un deuxième disque, il restera encore dans un 15″ ou un 17″ de l’espace disponible… pour mettre par exemple encore plus de batterie. Car on a toujours envie d’avoir plus d’autonomie dans nos portables, mais avec deux disques, celle-ci risque de chuter légèrement. Pourquoi donc ne pas imaginer que la batterie pourrait occuper toute la longueur du MacBook Pro ? Et Apple aurait même éventuellement le luxe de rajouter quelques ports sur le côté gauche : pourquoi pas de l’USB 3, un deuxième FW800, un port eSATAp, le fameux LightPeak… Et toujours le lecteur DVD en option. Certes, un accessoire de plus à emporter avec soi dans certains cas, mais tellement rares finalement que dans quelques mois, on n’y pensera même plus.

Évidemment, tout ceci n’est que supposition. Évidemment, je peux me planter à 100%. Mais tout de même, il n’est pas interdit de penser que si Apple voulait une nouvelle fois marquer les esprits, elle pourrait annoncer dès maintenant la mort du lecteur DVD.

Et si cela arrive, vous l’aurez lu ici en premier. Gnark gnark.

  1. Pour reprendre le génial article de Marco Arment
  2. Et encore, le lecteur DVD externe existe déjà, alors qu’il a fallu attendre des mois après la sortie de l’iMac pour voir débarquer des lecteurs de disques USB…
  3. Cela me rappelle furieusement la voiture non-fumeur de Jacques Calvet dans les Guignols…

The day the Xserve died

Ce vendredi, la nouvelle est tombée sur les téléscripteurs, non pas par un communiqué de presse, mais par une petite bande jaune en haut de la page des Xserve.

Apple a donc décidé d’arrêter le Xserve, son serveur 1U à destination des professionnels. Immédiatement, le web et Twitter se sont enflammés, étant donné l’aspect critique que Xserve avait dans certains cœurs de métier. Et on m’a du coup demandé mon avis, et ça tombe bien puisque j’avais l’intention de toute façon de le donner (d’autant plus que la veille, lors de la fermeture de l’Apple Store, j’avais évoqué l’arrivée d’un nouvel Xserve. Boule de Cristal #FAIL !).

Il faut dire que des Xserve, j’en ai installé, géré et dépanné quelques-uns, puisque c’est une des plate-formes proposées par Apple pour faire fonctionner Mac OS X Server. Le Xserve, si vous ne connaissiez pas, c’est le serveur rackable qui tient dans un 1U, ce qui permet d’en mettre beaucoup dans une seule armoire informatique. Sa taille, ainsi que le fait qu’une partie de ses composants sont redondants (comme l’alim) en ont fait une solution de choix pour de nombreux administrateurs informatiques. Alors, évidemment, l’annonce de son abandon apparaît comme une demi-surprise.

Comment ça, demi-surprise ?

L’annonce d’Apple ne pouvait en fait que surprendre ceux qui suivent l’actu serveur d’Apple de loin. Cela fait longtemps que le Xserve n’a pas été mis à jour, et ses mises à jour depuis le passage à Intel ont été plutôt modérées. De plus, une rumeur circulait depuis pas mal de temps selon quoi l’équipe du Xserve avait été démantelée. Il n’en faudrait pas plus pour penser que l’abandon du Xserve est la preuve qu’Apple se retire du marché de l’entreprise.

Sauf qu’en fait, la situation est un peu plus compliquée que ça.

« We are not an Enterprise company. » ©Steve Jobs

Tout d’abord, une petite vidéo qui circule depuis vendredi et qui expliquerait pourquoi Apple arrête le Xserve :

Donc, Apple serait une compagnie de périphériques mobiles, et Steve Jobs n’aime pas le marché des entreprises, ce qui ferait donc deux bonnes raisons pour arrêter le Xserve. Certes, mais à mon avis, il faut chercher une explication ailleurs :

Car le Mac mini Server semble bien être le succès que j’avais prédit il y a quelques mois de cela. La demande semble très forte, et parmi mes clients, nombreux sont ceux qui préfèrent le Mac mini Server au Xserve, souvent sur-dimensionné pour eux. Et il s’agit d’un ordinateur souvent très largement suffisant par rapport aux besoins des PME/PMI :tout le monde n’a pas besoin d’avoir un monstre de puissance faisant un boucan d’enfer dans son bureau.

Malheureusement, Apple pense que le Xserve marche sur les pieds du Mac Pro, puisque son principal argument pour l’abandon du Xserve est que le Mac pro peut parfaitement remplacer le Xserve, et propose même à ce titre une version serveur du Mac Pro. C’est malheureusement faux, puisqu’outre la place qu’ils occupent, les Mac Pro ne bénéficient pas de certains avantages d’un Xserve, comme la double alimentation redondante, le contrôle du serveur via IPMI, une consommation électrique réduite [1]. Le Mac Pro représente une solution qui pourrait satisfaire certains clients… Mais certainement pas tous, hélas. Et à ce titre, la documentation de migration proposée par Apple fait curieusement l’impasse sur certains de ces points.

XsanCar il existe de nombreux marchés qui ont besoin de serveurs 1U, pour des raisons pratiques et techniques. En particulier, on penser au marché de la vidéo où Apple fait la promotion depuis quelques années de ses solutions Final Cut Server et Xsan. Quand on pense que de nombreuses écoles ou universités se sont par exemple équipées de solutions à base de Podcast Producer, logiciel qui permet de créer des contenus et les mettre à disposition sur différents médias dont, entre autres, iTunes U, la décision d’Apple a de quoi laisser perplexe, et là, je pense qu’Apple va avoir beaucoup de mal à se justifier de cet abandon[2].

Mais plus encore que l’abandon du Xserve, il y a une autre question sous-jacente qui inquiète…

Du futur de Mac OS X Server

Le Xserve était équipé de Mac OS X Server, et comme mon estimable confrère Yoann Gini l’a expliqué, il était à ce titre le fer de lance de l’équipe de Mac OS X Server. Et du coup, la disparition du Xserve peut fortement faire douter du futur de Mac OS X Server.

Pourtant, là dessus, je suis plus optimiste que Yoann. Même si un petit message d’Eric Zelenka (responsable chez Apple des produit serveurs, entre autres) a ce sujet a disparu du forum d’Xsanity, le fait qu’Apple pousse Mac OS X Server sur le Mac mini Server semble indiquer que le système aura un futur, sinon à quoi bon continuer de vendre du Mac mini Server ? Ce n’est pas toute la gamme qui a été arrêtée vendredi, mais un modèle de la gamme serveur. Et comme l’a fait remarquer un membre du forum d’Xsanity, si Apple avait voulu tuer Mac OS X Server, elle l’aurait fait en même temps.

De même, le fait qu’Apple n’ait pas présenté les fonctions de Mac OS X Server dans sa présentation de Lion n’est pas une preuve de l’inexistence de Mac OS X Server. J’ai considéré cette présentation comme un « teaser », pas comme un « trailer » de toutes les fonctions du futur Mac OS X, dont beaucoup de choses restent à montrer.

Par ailleurs, il y a une autre piste qu’Apple pourrait explorer, et cela a d’ailleurs déjà été fait : la virtualisation. Là, Apple pourrait avoir une carte à jouer, puisque Parallels et VMWare proposent des solutions pour virtualiser Mac OS X Server (avec un net avantage pour Parallels, qui dispose de pas une mais deux versions de son logiciel Parallels Server).  Pourquoi ne pas imaginer qu’Apple propose Mac OS X Server en virtualisation, par exemple sur des serveurs HP certifiés ? Complètement idiot ? Mais pourquoi pas ? Après tout, il y a bien eu des iPod HP ! Bon OK, ça n’a pas donné grand chose, mais cela pourrait être une piste : après tout, le Xserve n’avait rien de très différent au niveau matériel d’un serveur prévu pour faire tourner Windows Server 2008. Et il suffirait essentiellement qu’Apple libère un peu plus sa licence d’exploitation de Mac OS X Server pour ne pas la restreindre uniquement aux Mac pour se lancer sur ce créneau [3]. Mais dans ce cas, il serait dommage qu’Apple n’évoque pas dès aujourd’hui cette piste…

Ce qui nous emmène directement au dernier point.

L’échec de la communication vers l’entreprise

Apple ne sait pas bien communiquer avec le monde de l’Entreprise avec un grand E. Là où les entreprises souhaiteraient de la transparence et des roadmaps [4], Apple garde toujours son éternel couplet : « Nous ne communiquons pas sur les produits à venir ». Le risque est grand que l’abandon du Xserve soit une vraie douche froide pour l’entreprise et ralentisse l’intégration du Mac sur ces marchés. Malheureusement, dans un monde où iOS est désormais responsable de la majorité des bénéfices d’Apple, il n’est pas évident que cette dernière ait envie de faire des efforts particuliers à ce niveau, et c’est vraiment dommage.

La route du futur

Que conclure de cet abandon ? Difficile à dire, mais comme d’habitude, je dirais de ne pas trop s’exciter trop vite. Certes, il y a des zones d’ombres désagréables, mais avant d’aller hurler l’abandon de Mac OS X Server, j’inviterai chacun qui doit gérer ce système d’attendre le 31 janvier, au cas où Apple changerait certains de ses plans (par exemple avec la virtualisation). Ensuite, attendons les annonces officielles concernant Mac OS X Server 10.7. D’ici l’été prochain, nous aurons une vision un peu plus claire du futur qu’Apple prévoit pour sa plate-forme serveur, et nous pourrons décider s’il est alors temps ou non de changer de plate-forme (voire de métier).

Dans tous les cas, le Xserve aura été une belle aventure pour Apple. Espérons donc que la situation rebondisse d’ici quelques mois.

PS : à titre personnel, l’abandon du Xserve m’impacte peu, car je vends très peu de matériel, et ma clientèle reste orientée PME/PMI avec un net attrait pour le Mac mini Server. Mais si vous êtes administrateur dans un environnement majoritairement équipé en Xserve : courage, je suis avec vous !

  1. Même si la consommation du Xserve restait supérieure à celle de la plupart des serveurs du marché…
  2. Si elle estime d’ailleurs le besoin de se justifier, mais j’ai comme un doute, là.
  3. Voire que Larry Ellison et Steve discutent un peu pour proposer des solutions à base de serveur Sun Oracle, comme évoqué sur Xsanity…
  4. Encore que les roadmaps ne font jamais figure de vérité absolue, cf Windows depuis 1995… Mais elles ont le mérite de rassurer les DSI et les directeurs financiers.