Skyfall (ATTENTION : SPOILERS)

SkyfallÇa fait longtemps que je n’ai pas fait de critique de film sur ce blog (je trouve plus sympa la plupart du temps d’aller poser mes commentaires sur l’excellent Voir et manger, de Nicolas Furno, qui a lui aussi publié sa critique ). Mais Skyfall le mérite, autant pour ses qualités que pour ses défauts.

James Bond revient donc, pour ses 50 ans, toujours impeccablement joué par Daniel Craig. Une mission foireuse en Turquie, un Bond abattu par erreur et donné pour mort, et le MI6 attaqué de l’intérieur. Une bonne mise en bouche, pour un film qui atteint presque les 2h30. Je ne vais pas ré-expliquer le scénario, cependant : je vais juste essayer de développer certains points que j’ai trouvés étonnants, certains parti-pris, et certaines idées qui m’ont gênés.

[spoiler effect= »slide »]C’est un bon Bond (hinhin), mais ce n’est pas le *meilleur* Bond. À mon goût, Casino Royalereste supérieur, malgré tout ce que Skyfall apporte.Les excellents côtés : action menée à tambour battant, assez réaliste, beaucoup plus fun que le précédent (c’était pas difficile cela dit), quelques séquences vraiment bien. Avoir ressuscité l’Aston Martin DB 5, c’était top (encore que… cf plus loin).

Maintenant, mes regrets :

– L’histoire n’est pas mauvaise en soi, mais elle n’a pas non plus les implications habituelles attendues dans un James Bond. Ce n’est pas un méchant qui veut contrôler une source d’énergie, une arme ultime, ou autre… c’est juste un méchant qui veut se venger. Bon bon bon. Mais ce scénario relativement faible est surtout une occasion pour revenir sur le passé de Bond, son histoire, sa jeunesse, et c’est ce qui le rend intéressant. On revient sur cette jeunesse douloureuse, le fait que Bond soit orphelin (point soulevé très justement à propos par Vesper Lynd dans Casino Royale) jouant ici un rôle prépondérant. C’est cette introspection continue de Bond qui constitue l’un des points les plus intéressants de ce film, avec évidemment sa relation toujours compliquée avec M (on en reparle plus loin). Notons quand même que l’intrique de la vengeance a déjà été exploitée dans Le monde ne suffit pas, avec en particulier un plan alambiqué pour un bad guy (façon de parler) qui cherche finalement juste à se venger du MI6 et tout particulièrement de M.

– Le méchant n’est pas beau, et assez étonnamment, il ressemble beaucoup à Requin lorsqu’il décide de retirer son dentier. J’ai pourtant de la difficulté à le trouver particulièrement génial ou intéressant. Après tout, son but ultime, c’est juste de se venger de M, qui l’avait lâchée. Ex-agent secret, il fait preuve d’une finesse toute relative… Mais il est vrai qu’il est bien joué. De là à dire qu’il vole la vedette à Bond… pas évident. Je serai en tout cas moins dythirambique que l’ami Furno. Le méchant est très méchant, mais je trouve qu’il manque d’enjeux. OK il veut se venger, et c’est ce qu’il fait… Mais… je sais pas, il manque un peu le côté mégalomane à mon goût. Pas dramatique, mais je ne trouve pas quand même qu’il vole la vedette à Bond Mais bon, après Mathieu Amalric (peu crédible dans le décevant Quantum of Solace), faut dire que n’importe quel méchant pouvait sembler avoir de la personnalité…

– M, justement…Le personnage de M est emblématique des James Bond. Son supérieur hiérarchique direct a toujours eu une histoire compliquée avec cet agent, mais jusqu’à Goldeneye, il restait un personnage peu en relation directe avec l’histoire. Il se contentait de lui donner son ordre de mission, de lui taper de temps en temps sur les doigts, avec quelques exceptions notoires (en particulier lorsqu’il retire son permis de tuer à Bond dans Licence to Kill). Le truc, c’est que… *J’adore* Judi Dench. L’avoir engagée dans le rôle de M est sûrement l’idée la plus géniale de Bond depuis des dizaines d’années. Sa froideur collait totalement au personnage de M, en y rajoutant une poigne de fer que les anciens M n’avaient pas forcément. Son personnage a pris de l’ampleur de façon considérable, et elle n’a jamais hésité à tenter de mettre son agent au pas, tout en conservant une certaine affection pour lui. La fin de Skyfall me rend du coup tout triste, parce que… ben voilà, quoi. D’un autre côté, elle était un des seuls points qui continuaient d’ancrer la série dans son passé (après tout, elle est le seul élément majeur de la série qui n’a pas changé entre Die Another Day et Casino Royale).

–  C’est donc plus ou moins officiel : les gadgets ne sont plus vraiment à l’ordre du jour ! Le nouveau Q l’annonce clairement : « Les pistolets qui explosent, on ne fait plus tellement ça de nos jours ». Du coup, plus rien ne distingue vraiment Bond de Jason Bourne, et ça c’est un peu dommage.  Certes, il y a deux petits gadgets, mais rien de dingue. J’aimerais retrouver la folie réjouissante de certains Bond (dans le genre, j’avais adoré le passage où Bond pilote à l’arrière de sa BMW dans Demain ne meurt jamais). L’Aston Martin DB5 mythique de Goldfinger fait son retour, mais elle pose cependant un problème de cohérence : elle fait référence au passé, mais un passé qui ne devrait pas exister dans un épisode de James Bond qui est un reboot assumé… Du coup c’est un peu bancal. Autre point bizarre : Q est un gamin, qui à mon goût a du mal à soutenir la comparaison avec l’excellentissime John Cleese, qui tenait le rôle de R (remplaçant de Q) dans Le monde ne suffit pas et Meurs un autre jour. Pourquoi ne pas l’avoir donc nommé S ? À moins qu’on considère vraiment que dans le cadre du reboot, on oublie que R ait existé…

– Skyfall se termine sur une note pas vraiment positive, même si toute la série a finalement été rebootée, avec un retour aux grands classiques : M à son bureau, Moneypenny à son poste également… Comme le disait Marine, manque plus que le chapeau au porte-manteau :-) Malgré tout, il y a un personnage majeur de la série depuis quelques années qui a disparu, et Bond a finalement quelque peu raté sa mission.

– Il est en revanche intéressant de noter que Skyfall, contrairement à la plupart des titres « Noms de code » de la série (Goldeneye, Moonraker) n’est pas référence à une mission de l’agent, mais bel et bien au passé de Bond, hors mission. Cela marque bien que cet épisode n’est pas axé sur le héros ou son adversaire, mais sur son passé. L’attaque de Skyfall est d’ailleurs plutôt bien menée et très satisfaisante (à part le manque de combat final avec ze big baddie).

Malgré ces critiques, Skyfall reste un très bon épisode, plein d’ambition qui relance bien l’intérêt pour la série après le ratage Quantum of Solace. Un bon 17/20 pour moi. Allez le voir !

[/spoiler]

4 comments

  1. Charles dit :

    Si je ne me trompe, la mission du début se déroule en Turquie et pas en Inde.

  2. Timekeeper dit :

    Tu me donnes envie de dire plein de choses, mais comme je suis en plein rattrapage de Doctor Who, je vais pour le moment me contenter d’une seule, qui apporte au moins une expliquation au nom de Q.

    Plus qu’un reboot simple, c’est un film qui remonte l’histoire des James Bond. Par exemple il commence avec la M de ces dernières années au Mi6 ultra-moderne pour finir avec le M classique dans son bureau style rétro gardé par une Miss Moneypenny.
    Il commence avec une bagnole moderne et fini en Aston Martin.
    Et plus que tout, la fameuse séquence où Bond de profil apparait dans un rond blanc pour tirer sur l’écran n’ouvre pas le film mais en est la toute dernière image.
    Ce n’est pas un reboot au sens classique, c’est une préparation au reboot. Au début c’est la suite de Quantum, à la fin c’est le Bond des années 60.

    Sinon moi ce qui m’a géné, ce sont les grossièretés du scénario, parfois dignes de Prometheus ou de Taken 2. Bon, peut-être seulement Taken 1. J’y reviendrais…

  3. petitmarmotin dit :

    Très bonne critique, j’ai eu les mêmes regrets, tout en considérant que ce James Bond faisaient partie des meilleurs de la série. Un très bon film !