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Lion

[Edité : morceau manquant sur Mission Control]

Lion est un sujet compliqué. Je l’ai testé depuis de nombreux mois, et je dois vous avouer quelque chose : je n’arrive pas à en tomber intensément amoureux. Oh, rien de méchant : c’est somme toute une version très importante de Mac OS X, sur laquelle Apple a énormément travaillé pour proposer une nouvelle vision de l’informatique, toujours plus simple et théoriquement plus conviviale. Mais juste que je n’arrive pas à trouver Lion aussi excitant que, par exemple, Panther à l’époque. Lion est d’autant plus un sujet compliqué à traiter pour moi que par mon rôle de consultant membre de l’ACN, je me devrais d’être plus… positif. Mais d’un autre côté, je me dois d’avoir un certain devoir d’honnêteté intellectuelle face à mon lectorat, et mes clients.

La question est donc : est-ce qu’il s’agit d’une version vraiment intéressante de Mac OS X , et surtout, est-ce que cela vaut le coup d’y passer ?

Pour moi, la réponse est pour le moment : pas sûr. Pour plein de raisons, en fait.

Trop d’iOS dans Mac OS X tuerait-il OS X ?

Souvenez-vous : avec Lion, l’objectif d’Apple était : « Back to the Mac ». Ce que nous avions à l’époque interprété comme plus d’attention de la part d’Apple pour le Mac. En réalité, Steve Jobs expliquait la stratégie d’Apple comme « réintégrer dans OS X des éléments qui ont fait le succès d’iOS ».

Après tout, pourquoi pas : il y a des éléments d’iOS qui sont clairement très, très intéressants et qui méritaient d’être repris. Malheureusement, dans son objectif d’harmoniser iOS et Mac OS X, Apple est allée trop loin. Prenons quelques exemples.

De l’obligation (mal gérée) du multi-touch

Apple s’est sentie obligée dans OS X d’ajouter des actions orientées multi-touch. Certaines de ces actions sont très agréables à partir du moment où l’on dispose d’un Magic Trackpad. Magic Mouse ? Oubliez : gérer les mouvements à deux doigts sur une souris est juste infernal.

Malheureusement, si certaines actions sont effectivement adaptées (le glissement à trois ou quatre doigts pour passer d’un espace à un autre), ce n’est pas le cas des mouvements pour activer LaunchPad ou Mission Control qui me semblent particulièrement peu intuitifs. Et on en revient alors au problème des interfaces qui cachent trop d’informations : autant on peut facilement aller cliquer sur un menu pour voir son contenu, autant deviner à l’avance l’effet d’une action multi-points tient du coup de chance… d’autant que l’expérience n’est pas toujours cohérente d’une action à une autre.

Des écrans plus grands… mais plus vides

Avec Lion, certaines des applications historiques de Mac OS X voient leur  interface se rapprocher de celles de l’iPad. Ce qui me semble poser plusieurs soucis, en particulier pour iCal / Calendrier et Carnet d’adresses.

D’abord, Apple pense que rapprocher les interfaces d’iCal et du Carnet du Mac de leur équivalent iOS est une bonne chose. Cela pourrait être vrai si les interfaces de ces logiciels étaient top sur iOS. Manque de chance, non seulement les fonctions du Carnet et d’iCal sont quasi-identiques entre Snow Leopard et Lion, mais pire : elles sont moins pratiques que celles de Snow Leopard ! Ainsi, le Carnet d’adresse perd une colonne, pourtant fort pratique pour afficher les groupes de contacts. Il faut donc cliquer sur un bouton pour revenir en arrière, et il est impossible de lister une fiche de contact facilement en même temps que la liste des groupes. Passer d’un groupe à un autre impose plus de mouvements de souris.

Mais c’est iCal qui souffre le plus de cette « évolution ». Dans un mouvement d’unification halluciné, Apple a décidé de retirer la liste de calendriers pour en faire un popover. Quand vous tapez sur le bouton Liste, vous voyez affichés vos calendriers et la correspondance des couleurs. Heu, allo ? Je gère DIX calendriers, je passe régulièrement de l’un à l’autre, et l’impossibilité de passer d’un calendrier à un autre en un clic ainsi que de facilement voir les correspondances de couleurs dans la liste rendent iCal quasi-inutilisable. Alors qu’il n’y a rien qui justifie cette modification, à part donc, l’homogénéité entre iOS et OS X. C’est là qu’Apple a tout faux : si iOS et OS X se ressemblent, ils ne fonctionnent pas sur le même matériel. En particulier, l’écran le plus grand qu’iOS utilise aujourd’hui se limite à 1024 pixels par 768 dans un système pour lequel la notion de fenêtre est inexistante puisque mono-document et même mono-écran. Et là, il est vrai que la résolution limitée peut avoir un impact sur l’utilisation du système.

Mais sur une machine de bureau ? Qui dispose d’un écran qui peut atteindre sans grosse difficulté les 1900 voire 2500 pixels de large ? En quoi ça enquiquine Apple qu’on puisse voir la liste de calendriers en permanence, bon sang ??? Pire encore : pourquoi ne pas la rétablir par exemple automatiquement dès que la présentation passe en plein écran, plutôt que de m’afficher le même nombre de colonnes plus grandes, et encore plus vides ???

iCal n’est pas une application que j’utilise à moitié : elle m’est indispensable pour coordonner mes rendez-vous professionnels, voir la disponibilité de ma famille, et bien plus. Ces changements qui peuvent sembler triviaux ont pourtant un impact incroyable sur la productivité au jour le jour. Apple aurait pu y penser, ou simplement proposer un choix. Mais là, non : c’est popover pour tout le monde, et c’est bien gonflant. J’espère que je ne serai pas le seul à râler dans les prochains mois…

(O)Mission Control

Il est des technologies que j’étais fier de montrer sur Mac, et Exposé en faisait partie. Et bien, en une version de Mac iOS X, Apple a réussi à tuer Exposé. Honnêtement ? Je n’aime pas du tout Mission Control. C’est un fourre-tout sensé permettre de trouver plus facilement ses fenêtres, et je trouve  que c’est exactement le contraire qui se produit. Plutôt que de voir toutes les fenêtres affichées d’un coup, on voit toutes les applications d’un espace dédié, et ce n’est pas vraiment pratique. Et là encore, les gestes pour afficher les fenêtres d’une application ne sont pas naturels, et pire, donnent un résultat limité. Avec Exposé, je pouvais rapidement afficher toutes les fenêtres à l’écran, et pas juste « un petit morceau de la fenêtre regroupé par applications ». Avec Mission Control, les fenêtres sont regroupées, et si on utilise le bon (et délicat) geste pour les afficher, on en affiche juste « un peu plus », et en version réduite. Beaucoup mons pratique.

LaunchPad : le lanceur inutile ?

Plus encore que Mission Control, je déteste LaunchPad. Lanceur du pauvre, il fait moins bien ce que le Dock ne faisait pourtant pas trop mal jusqu’à maintenant : donner un accès rapide aux applications. Autant c’est un système qui est très adapté à une interface tactile où l’on tape directement sur l’écran, autant il ne sert à rien sur Mac. Au contraire : atteindre une cible de taille moyenne au trackpad est loin d’être une sinécure, alors que le Dock a un avantage dû à la fameuse loi de Fitts qui explique que la facilité à laquelle une cible peut être atteinte dépend de sa taille et de sa distance au pointeur. Avec le Dock, la cible dispose au moins d’un côté où sa taille est infinie (c’est le bord de l’écran). Faites l’expérience : avec votre souris ou votre trackpad, testez en combien de temps vous arrivez à lanceur une application avec le Launchpad et la même avec le Dock. Ce dernier est bien plus rapide… Pire encore, LaunchPad ne sait pas gérer le Glisser-Déposer ! Avec le Dock, pour envoyer un fichier en pièce jointe d’un nouveau mail, il suffit de glisser la PJ sur l’icône de Mail. Avec LaunchPad ? Ne cherchez pas, ça ne marche tout juste pas.

Il s’agit là encore d’une tentative d’Apple d’adapter un type d’interface à un système pour lequel il n’est pas adapté. Dans le cas de LaunchPad, c’est un échec cuisant pour une initiative pas vraiment utile : avait-on vraiment besoin d’une nouvelle interface de lancement d’applications ? Le seul gros intérêt de Launchpad, c ‘est qu’on peut complètement s’en passer. Enfin, tant qu’Apple n’a pas la mauvaise idée de virer complètement le Dock1

Une interface aussi terne que ça

Depuis iTunes, on a vu qu’Apple a décidé de prendre la couleur en grippe. Soit… le gris peut avoir ses charmes. Mais du coup, on perd énormément de lisibilité au niveau des icônes. Pire encore : la barre latérale n’affiche plus vos icônes personnalisées mais des icônes en niveau de gris. L’affichage manque alors cruellement de contraste… Toutes les icônes des différents disques que je connecte sur mon Mac ont exactement la même icône dans la barre latérale, quand bien même j’ai passé du temps à les personnaliser… Une barre latérale dont Apple a encore modifié le comportement, en éliminant les dossiers intelligents et en décidant arbitrairement de placer la liste des disques durs plutôt en bas qu’en haut. Un choix plus ou moins justifiable, mais que j’aurais préféré pouvoir personnaliser. Pas très grave, mais un peu gênant quand même.

Un mode de distribution trop novateur ?

En proposant Lion uniquement sur le Mac App Store, Apple tente un coup d’audace assez impressionnant : imposer à ses clients de passer par une boutique uniquement en ligne pour télécharger son nouveau système est quelque chose qu’aucune société commerciale n’a proposé jusqu’à maintenant. C’est sur certains points une bonne idée, mais dans une société où l’ADSL n’est pas encore (loin s’en faut) la norme et où de nombreux abonnements se voient appliqués une limitation de téléchargement, cela paraît un peu tôt, même si Apple tient évidemment à son image de précurseur2. Et quid de l’installation si on n’a pas Mac OS X 10.6 déjà installé ? Sera-t-il possible de facilement installer Lion sur un Mac dont le disque vient d’être fraichement changé ? Beaucoup de questions… qui n’amènent pas forcément des réponses très satisfaisantes.

Une licence simple… et compliquée

Malheureusement, il reste le problème de la licence. Pas de problème côté utilisateur : on peut installer Lion sur autant de postes qu’on veut chez soi. Mais pour les entreprises ? C’est évidemment une licence par poste, avec ce que ça impose théoriquement : un compte AppleID par poste ! Juste galère à gérer au jour le jour… Et des difficultés supplémentaires pour l’achat : il faudra passer par un achat en ligne avec CB ou crédit en carte iTunes, sans possibilité de passer par le principe habituel du bon de commande / facture couramment utilisé. Apple n’aime-t-elle vraiment pas le marché de l’entreprise ? Au moment où celui-ci recommence à lui faire les yeux doux, fort dommage…

Le cas Lion Server

Intégré à Mac OS X client, installable pour une bouchée de pain : voilà Lion Server. D’un côté, j’applaudis à cette nouvelle accessibilité, en particulier côté tarif. D’un autre côté, c’est à se demander si peu cher, ce n’est pas « pas assez cher » : à croire qu’Apple veut diluer la valeur de Lion Server en le rendant trop accessible. Et pourtant, il y a plein de bonnes choses et bonnes idées dans ce Lion Server. Mais comme d’habitude, je conseillerai d’attendre un peu pour la mise en production. Comme d’habitude : sauvegarde et mise en place d’un serveur de test ne seront pas de trop avant une migration qu’il ne faut pas forcer si votre entreprise dépend de la bonne santé de votre serveur. J’aurai l’occasion de revenir dessus sous peu.

« Mais enfin, GG, tu l’aimes pas du tout Lion ? »

Il y a de très bons points dans Lion, quand même. Versions, les améliorations en terme de sécurité (chiffrement complet des disques, miam), AirDrop, la reprise de session et l’enregistrement automatique, les améliorations de Mail ou de Safari ainsi que plein d’ajouts dans le Finder ou dans Spotlight contribuent largement à un système intéressant. Mais j’attendais peut-être trop d’Apple… Et peut-être que j’aurais aimé un peu plus de folie plutôt que de tenter d’adapter à tout prix des idées d’une interface tactile sur un matériel qui n’a pas été conçu à cet effet. J’attendais aussi un nouveau système de fichiers pour remplacer le vénérable HFS+, mais cela n’arrive toujours pas…

Mais avec un peu de chance, Apple entendra rapidement les critiques, et les premières mises à jour de Lion nous feront oublier certains de ces désagréments 3.

En attendant, pour ceux qui se jettent sur Lion aujourd’hui, n’oubliez pas : SAUVEGARDEZ AVANT D’INSTALLER.

  1. Et pourtant, Dieu que je ne suis pas un fan du Dock…
  2. Et d’un autre côté, j’applaudis la prouesse technique de permettre une installation d’un système complet avec création d’une partition de récupération en quelques clics seulement, de façon entièrement automatique pour l’utilisateur.
  3. Pas tous, évidemment : le passage par le Mac App Store reste par exemple un point de non-retour définitif.

Et si Apple devenait opérateur mobile ?

C’est la question que pose Matthew Panzarino sur son blog. Et bien plus que la rumeur de télévision Apple qui occupe certains esprits, je me demande si celle-ci n’est pas finalement bien plus crédible.

La première question qui vient en effet à l’esprit par rapport aux colossales réserves de cash d’Apple, c’est : pourquoi accumuler autant si ce n’est pour faire des réserves pour racheter un opérateur mobile OU construire son propre réseau ? La question, incongrue il y a quelques années, ne serait pas finalement si idiote. Regardons de plus près : depuis des années, les opérateurs ont imposé leur loi aux fabricants de mobiles : placement de logo, applications préembarquées, fonctionnalités, design… étaient en réalité pilotés par les opérateurs, pas par le constructeur. Avec l’iPhone, Apple a changé complètement la donne en proposant un appareil pour lequel les opérateurs devenaient juste des fournisseurs de tuyaux.

Manque de bol, ça ne leur plait pas. L’inénarrable Stéphane Richard expliquait ces dernières heures qu’il ne comprenait pas pourquoi Apple ne voulait pas pré-installer l’applications d’Orange sur son téléphone plutôt que d’obliger les utilisateurs à les télécharger en boutique [[1. Au passage, bravo à Stéphane Richard qui n’hésite pas à essayer de se faire mousser en parlant du prochain iPhone.. J’aurais bien une réponse, mais elle serait considérée comme vulgaire, donc contentons-nous de dire que les applications proposées par les opérateurs ne sont pas vraiment au top de ce qu’on peut trouver sur iOS, et qu’elles dégraderaient l’expérience utilisateur, commune à tous les utilisateurs d’iPhone dans le monde.

Ce que les opérateurs ne veulent surtout pas comprendre – ou plutôt comprennent parfaitement mais ne veulent surtout pas mettre en place – est que leur rôle est finalement très, très bête : on leur demande juste de fournir des tuyaux et de laisser passer des données dedans. En clair : de faire leur métier. Mais ça ne leur plait pas aux opérateurs : c’est qu’avec l’avénement de TCP/IP sur les mobiles, ils voient poindre le pire de leurs cauchemars : un monde où ils ne pourraient plus facturer des tarifs exorbitants pour des données aussi simples que des SMS. À ce propos, connaissez-vous le coût réel au mega-octet d’un SMS ? Lisez, c’est édifiant. Pire encore, la voix transite par TCP/IP, rendant obsolète leur mode de facturation à l’heure des communications. Un forfait Apple vraiment illimité, à 30€ par mois communications et SMS/MMS inclus, qui vote pour ?

Mais pour le moment, les opérateurs ont encore un moyen de réplique : la facturation du Mo transféré. Quand l’iPhone a débarqué, les opérateurs (Orange en tête) étaient plutôt confiants : l’iPhone était un appareil novateur, puissant, mais se reposant uniquement sur ses quelques applications d’origine. Rien de trop méchant. Manque de bol : avec l’App Store et l’iPhone 3G, le public a commencé à utiliser réellement le réseau et à le soumettre à des tensions finalement très prévisibles. L’opération a été finalement très simple : transformer les forfaits illimités en… pas-tout-à-fait illimités. En clair : tu as un forfait illimité, mais à 1 Go/mois, sinon ben tu apprends ce que le mot escargot du réseau veut dire.

Pire encore : lorsque l’iPad est annoncé, Apple annonce également un nouveau modèle de facturation de la 3G à l’utilisation, avec l’achat d’un forfait directement à travers l’interface de l’iPad. Aux États-Unis, le tarif est raisonnable, mais quid de la France ? Et bien, les opérateurs ont juste décidé de proposer des abonnements hors de prix (40€ par mois pour un iPad, avec limite à 2 Go ? Sériously, guys ?).

Et puis, il y a les petites mesquineries. Enfin, petites… Perso, j’ai toujours en travers de la gorge le racket (il n’y a pas d’autre mot) des opérateurs qui imposent un abonnement supplémentaire pour utiliser un iPhone en mode modem ou point de partage Internet sans fil. On paye des abonnements avec un Go de consommation par mois, mais on doit payer beaucoup plus cher parce que les octets viennent de et vont vers mon ordinateur plutôt que mon iPhone ? Prenons un cas simple : je télécharge une appli sur l’App Store à partir de mon iPhone 4. Rien ne m’est facturé en plus. Je décide de télécharger la MÊME appli à partir d’iTunes sur mon Mac, et Orange me prélève 10€ par mois pour avoir ce privilège ??? Où est la logique ?

C’est bien connu : Steve Jobs déteste les opérateurs téléphoniques. Il doit clairement penser que la beauté de ses appareils est sérieusement endommagée par leur côté rapiat. Mais je ne serai pas surpris que d’ici cinq ans, Apple se soit lancé d’une façon ou d’une autre dans la création d’un réseau ou le rachat d’un opérateur téléphonique après être devenu MVNO. Travail de longue haleine ? Complètement. Dangereux ? Également. Culotté ? Certainement. Mais ça serait finalement une telle rupture avec les opérateurs classiques et leur fâcheuse tendance à prendre les clients pour des pigeons qu’un tel effort pourrait devenir indispensable pour Apple, qui proposerait alors une solution complète de télécommunication, efficace et à tarif agressif.

Bien sûr, ce serait une tâche de longue haleine, colossale, remplie d’épines, dont la compliquée passation de pouvoir entre les opérateurs classiques et Apple. Mais d’un autre côté, Apple n’était sensée avoir aucune chance sur le marché de la téléphonie il y a quatre ans… We’ve come a long way, baby.

Apple, opérateur téléphonique, ça ne sera donc pas pour demain. Mais je suis sûr que du côté de Cupertino, ça doit pas mal cogiter dans ce sens… Et je suis quasiment sûr que le réseau téléphonique d’Apple pourrait arriver bien avant une TV Apple.

Les paris sont ouverts.

Pourquoi ne pas (toujours) tuer les apps sur iOS

Mon copain Jean-Christophe Courte vient de publier un article (après une looooooooongue discussion sur Twitter) à propos de la nécessité de tuer les apps sur iOS toutes les 24 heures. Dans la majorité des cas, je suis d’accord avec ses astuces, mais pas dans ce cas précis.

L’idée communément admise est qu’avec iOS4, Apple a enfin autorisé le multitâche sur l’iPhone, l’iPad et l’iPod touch. C’est évidemment inexact : iOS gère le multitâche préemptif depuis ses débuts au niveau du noyau. Vous vous souvenez ? « iPhone runs OS X… » (à 3:55)

Ce qu’Apple a permis à partir  d’iOS4 est une gestion plus poussée du multitâche et ouverte aux développeurs, par exemple pour mettre une application sonore autre que l’iPod en arrière-plan. Dans le même temps, Apple a ajouté une possibilité de contrôle par l’utilisateur des taches à l’aide d’un gestionnaire de tâches, que l’on révèle par une double pression 1

Comme l’explique très bien Jean-Christophe, on peut aussi depuis iOS tuer des applications. Mais je pense que cette fonction est très souvent mal utilisée. Je vois souvent des utilisateurs penser qu’il FAUT quitter les apps après utilisation ou qu’il faut tout quitter régulièrement.

Comme sur un ordinateur quoi. Mais l’iPad et l’iPhone ne sont pas des ordinateurs comme les autres. C’est bien là tout le problème ! Nous avons été habitués à exploiter des gestionnaires de taches, ajoutant une couche de complexité à leur exploitation. Avec iOS, Apple a proposé une nouvelle façon de gérer ses applis : de ne pas les gérer. Pas d’histoire de RAM à gérer, d’applis à quitter, et soyons honnête : dans 99,999% des cas, iOS gère ça très bien. La preuve : vous pouvez lancer sans vous poser de questions un nombre quasiment illimité d’apps, et l’OS ne ralentit pas et n’affiche jamais d’alerte de manque de mémoire. Mais comment fait-il ?

Tout simplement en tuant les processus inutilisés depuis longtemps. Lorsqu’une app est inutilisée, iOS va simplement la figer et écrire toutes ses données dans la mémoire de l’appareil. Mais là où un OS classique doit écrire les données sur un disque dur très lent, iOS écrit sur de la mémoire flash beaucoup plus rapide. L’opération est invisible pour l’utilisateur. Que la tache soit relancée à partir du disque ou de la RAM fait finalement peu de différence. D’ailleurs, vous pouvez faire le test : lancez toutes les apps de votre iPad. Il ne râle jamais que le système manque de mémoire2.

Du coup, pratiquement pas besoin de gestionnaire de taches pour gérer la mémoire de l’appareil. Mais alors, à quoi sert-il ? Je lui vois plusieurs intérêts, mais en tant qu’utilisateur avancé :

– Il donne accès à la liste des apps récemment utilisées. En cela, je le considère beaucoup plus proche des Éléments récents du menu Pomme ou du Dock de Mac OS X. C’est pratique pour naviguer entre les quelques dernières apps lancées. C’est à mon goût le point le plus intéressant de ce gestionnaire de tâches.
– Éventuellement à tuer une tache qui poserait problème. Personnellement, j’ai UN cas avec UNE app bien ciblée : Tom-Tom, qui continue de faire tourner à fond le GPS si on s’arrête un peu avant la destination. Et là l’iPhone continue de chauffer, chauffer (ça bouffe une puce GPS), et 2 heures plus tard, plus de batterie. Donc, je tue Tom-Tom systématiquement à l’arrivée.
-Une application (dé)bloque. Si elle ne répond pas et bloque les autres, autant la quitter.

JCC a rencontré un autre cas qui l’obligerait à quitter toutes les apps : un bug logiciel qui bloque alors la synchronisation avec iTunes. Mais personnellement je n’ai jamais rencontré ce problème et je ne relance jamais mes apps. Je ne dis pas que le problème n’existe pas, juste que ce comportement ne devrait pas arriver et n’arrive majoritairement pas. Ça serait plutôt une application particulière qui pourrait poser ce problème de synchronisation… Et le problème pourrait être corrigé quand l’application problématique est détectée, le problème remonté  et le bug éliminé.

À mon goût, quitter toutes les applications sous iOS revient un peu à reconstruire le bureau sous Mac OS 9 ou à réparer les autorisations sous Mac OS X : Ça peut réparer temporairement certaines erreurs, mais on le conseille un peu trop souvent, alors qu’il est souvent plus intéressant sur le long terme de comprendre pourquoi ce problème se déclenche3.

Mon conseil, donc : ne quittez pas les apps sans raison. Lassez iOS faire son boulot : après tout, dans la plupart des cas, il l’a très bien fait jusqu’à iOS 4. Et seulement si vous rencontrez un problème, envisagez de quitter certaines apps.

Pour reprendre une pub célèbre : ne passons pas à côté des choses simples.

Lire aussi sur ce blog et un peu sur le même sujet : Le point faible d’Apple…

  1. Pas un double-clic (réservé à la souris) ou un double-tap (pour la partie tactile de l’appareil).
  2. À contrario, la PlayBook de RIM utilise une méthode originale (ahem) : quand une app manque de mémoire, les coins se mettent à émettre une pulsation rouge. Si vous trouvez ça naturel, je ne comprends pas.
  3. Un peu comme si je vous conseillais de rajouter de l’essence dans votre voiture si elle ne démarre que le réservoir rempli à moitié : la solution serait de le remplir un peu plus, mais il serait quand même plus pratique et économique de comprendre pourquoi vous ne pouvez pas démarrer avec seulement un quart du réservoir).

Le point faible d’Apple…

… C’est qu’il y aura toujours des journalistes blogueurs pour écrire parfois tout et n’importe quoi.

Par exemple, dire que les fonctions de l’iPad sont cachées. Que le multi-tâche est dur à trouver. Qu’Apple refuse d’intégrer Flash, alors que c’est une techno qu’aucun autre constructeur n’arrive de toute façon à intégrer proprement aujourd’hui dans un appareil mobile (quatre ans après la sortie du premier iPhone…). Que la disparition d’un Steve Jobs mettrait la compagnie à genoux, alors qu’il a su avant tout remettre les valeurs d’Apple au centre de la compagnie et y placer des personnes qui ont toutes contribuées au renouveau de la société, ce qui perdurera bien après son départ 1. Qu’iOS est un système fermé et c’est trop mal, alors que c’est surtout un système qui fonctionne, ce qui est l’essentiel. Et que la notion d’ouverture est devenue d’ailleurs très relative

Désormais, donc, il faut trouver une nouvelle méthode pour taper sur Apple. Parce qu’après tout, c’est important de taper sur Apple. Sinon on ne se fait pas de pub… quitte à dire n’importe quoi.

OK, donc. Apple a implémenté le multitâche, mais n’a pas communiqué dessus. Ce n’est pas après tout comme si, quand on lance une mise à jour d’iTunes, il n’y avait pas un message qui apparaît pour dire quelles sont les nouvelles fonctions, et un lien pointant vers plus d’informations. Ce n’est pas non plus comme si ces fonctions n’étaient pas documentées sur le site, ou mises en valeur même sur la homepage d’apple.com. Et éventuellement reprises par les sites web en masse.

Je vais être critique, pour changer : il faut arrêter de penser que parce qu’Apple fait des produits plus ergonomiques que d’autres constructeurs, cela dispense l’utilisateur d’apprendre à utiliser son produit ou à se poser des questions dessus. Le problème, c’est que l’informatique, iPadesque ou pas, ça emmerde aussi beaucoup de monde. Que les mises à jour, on les fait parce que le logiciel le demande, et qu’on serait bien trop impoli de le lui refuser. Mais après, ce que ça apporte vraiment… En tant que fils de garagiste,  l’automobile m’a toujours profondément gonflée, et a un aspect particulièrement utilitaire. Je ne m’extasie pas devant un moteur V6, la courbe d’une BMW m’en touche une sans faire bouger l’autre, etc. Mais j’ai quand même fait un jour l’effort de LIRE le guide fourni avec mon automobile 2 et, incroyable, j’ai appris des choses !!!

Le problème, c’est que lire une documentation, informatique ou non, c’est souvent pénible pour quiconque. Et soit on se sent motivé, soit on espère faire face à un produit tellement simple qu’on peut se passer d’un manuel. Manque de bol, iOS 4.2 a apporté ce qu’on ne souhaitait pas voir arriver dans iOS : de la complexité. Parce que tout un tas de monde demande (exige !) des nouvelles fonctions, qui rendent le produit moins simple à utiliser. Plus complet, oui, mais moins simple. Très honnêtement, Apple aurait pu faire le minimum vital sur iOS, à savoir implémenter le multi-tâche sous forme de gestion des apps en tâche de fond. Car la plus grosse critique sur iOS quand on parlait de multi-tâche, c’était « je ne peux pas écouter Spotify en tâche de fond pendant que je surfe avec Safari, bouh caca Apple ! ». Tuer des tâches, passer rapidement d’une app à une autre, tout ceci est finalement un bonus pour les geeks. C’est juste redonner aux power users les outils qu’ils ont été amené à utiliser sur les plate-formes informatiques classiques et qu’ils pensent être indispensables pour Monsieur et Madame Michu.

Mais en réalité, Monsieur et Madame Michu 3 n’ont pas forcément vraiment besoin de fonctions multi-tâches évoluées. Les gens qui ont adopté l’iPad parce qu’il est simple ne connaissent pas tous le coup du double-clic sur le bouton de l’iPad, et dans l’ensemble… ce n’est pas dramatique. S’il s’agit d’une fonction quelque peu dissimulée, c’est qu’elle n’est pas essentielle à l’expérience de l’iPad. Sinon, Apple l’aurait laissée bien visible, ou aurait eu une autre approche du Dock d’iOS. Tout comme beaucoup de gens ne savent pas qu’on peut faire Commande + Tab pour passer d’une appli à une autre sur leur Mac 4. Ou qu’on peut glisser une icône en enfonçant Commande et Option pour créer un alias.5. C’est mieux de le savoir, mais ce n’est pas indispensable de ne pas le connaître.

Bref : il y aura toujours différents niveaux d’utilisateurs. Il y aura toujours plusieurs niveaux d’utilisation de l’informatique. Il y aura toujours des gens intéressés par le sujet, et qui seront plus performants avec leur outil, parce qu’ils auront décidé de s’investir un peu plus que d’autres. Il y aura toujours des débutants, et des gourous. Ce n’est pas MAL que le constructeur / développeur propose ces solutions. Mais ce n’est pas MAL non plus que tout le monde ne les utilise pas. Le plus important reste que le produit soit stable, simple à utiliser, et qu’il apporte du plaisir à l’utilisateur. Si iOS gagne en fonctionnalités, c’est toujours mieux, mais il est parfois important que l’on fasse un petit bout de chemin tout seul. Ne serait-ce aussi que pour en retirer un peu de satisfaction personnelle.

Il y a une différence entre connaître le chemin, et arpenter le chemin – Morpheus, In Matrix.

  1. Même si je suis parfaitement conscient que sa disparition impactera à court terme la société.
  2. Une Prius II, puisque vous voulez tout savoir de ma vie, bande de pervers.
  3. Qu’on devrait peut-être arrêter de traiter comme s’ils ne connaissaient rien à l’informatique : si ça se trouve, il y a en France un monsieur Michu qui dirige des réseaux de botnets et va faire tomber mon serveur tandis que son épouse recompile des noyaux Linux entre deux pots de confiture. Les ordures.
  4. Oui, je sais, Alt + Tab sur PC. Mais vous êtes jamais venu sur ce blog ou quoi ?
  5. Si vous avez appris ces astuces ce soir, la prochaine étape, c’est Snow Leopard Efficace.

Désolé, Amélie…

… mais pour moi tu ne seras toujours que la seconde.

Cahier iPad, premier des vente sur l'iBook Store !

Et oui, parfois, j’ai des joies simples.

Et j’en profite pour vous signaler que c’est ce jeudi qu’est sortie officiellement la version physique de mon livre À la découverte de son iPad, dans toutes les bonnes librairies et sur Amazon & co. À mettre entre toutes les mains qui utilisent un iPad pour la première fois et à qui l’informatique fait un petit peu peur.

Nouveau livre : À la découverte de son iPad !

Et bien ça y est, mon nouveau livre est enfin disponible ! Il s’intitule À la découverte de son iPad, et c’est le cahier idéal pour prendre en main l’iPad, découvrir ses fonctions, sa synchronisation avec iTunes, ses applications…

Sans plus attendre, la présentation officielle :

41 exercices pour piloter son iPad au doigt et à l‘oeil

Séduit par ses lignes racées, vous venez d‘acquérir un iPad, la première tablette informatique grand public, cet étonnant ordinateur aussi à l‘aise pour lire des vidéos qu‘envoyer des e-mails, visionner des photos, naviguer sur le Web ou encore consulter des livres électroniques. Pour apprendre à vous en servir, vous cherchez un ouvrage sans bla-bla, clair et pédagogique. Ce livre est fait pour vous : au fil de ces 41 ateliers où chaque étape est illustrée par une capture d‘écran, vous apprendrez à installer votre iPad, ajouter de nouvelles applications, acheter de la musique en ligne, lire des fichiers PDF avec iBooks, vous connecter en 3G et en Wi-Fi… En un mot, tout ce que l‘iPad a de meilleur à offrir, comme vous le montre cet ouvrage très visuel et 100 % pratique !

Ce livre s’adresse :
• Aux nouveaux utilisateurs de l‘iPad, équipés d‘un Mac ou d‘un PC
• Aux grands débutants en informatique

C’est donc un livre idéal à (s’)offrir si on se lance dans l’aventure informatique avec l’iPad, mais ça ne sera pas la « Holy Bible » de l’iPad (curieusement, par exemple, je n’évoque pas le jailbreak… :-) ).

Pour le moment, le cahier est disponible au format Izibook (PDF sans protection mais personnalisé avec votre adresse e-mail sur chaque page) ou ePub. Vous pouvez télécharger votre copie ici : http://izibook.eyrolles.com/produit/988/9782212700114 pour la modique somme de 16,90 €.
Et la version papier sera disponible dans toutes les bonnes boucheries aux alentours du 1er septembre.

Bonne lecture, et n’hésitez pas à me remonter vos commentaires, remarques, encouragements, insultes… ici ou par e-mail.

L’iPad doit vivre sans iTunes

Cédric Ingrand de LCI exprime sur un tweet il y a quelques heures son énervement face à l’obligation d’utiliser iTunes avec l’iPad. Car dès qu’on allume l’iPad, le symbole fatidique apparaît :

Connexion à iTunes

Sans parler des restrictions incohérentes (lesquelles ?), je pense qu’il a cependant raison sur ce point que j’avais déjà soulevé ailleurs : l’iPad devrait s’émanciper de l’ordinateur pour devenir un vrai gros carton planétaire. Car les gens à qui j’ai montré l’iPad sont tous très enthousiastes, mais sont parfois rebutés par le fait qu’il s’agit d’un périphérique de l’ordinateur. Beaucoup rêvent de pouvoir l’utiliser à plein temps sans se poser la question d’avoir un autre ordinateur sous la main. Et c’est sûrement là que se révèle le problème du positionnement de l’iPad : ce ne peut être un remplacement du netbook, car ce n’est pas un ordinateur comme les autres. Un netbook, on lui branche un disque dur aux fesses, et hop, on peut le sauvegarder. Mais l’iPad ? Pas d’autre possibilité que de le connecter à iTunes. J’ai pris des photos, je les transfère sur mon iPad avec le kit ad hoc… et ensuite, je dois re-synchroniser avec mon ordi pour récupérer les photos. Groumpf. Sans parler des solutions actuelles beaucoup trop complexes pour transférer des documents dans les applications de la suite iWork, par exemple.

L’iPad doit pouvoir se trouver une vie propre, couper le cordon avec l’ordinateur, et pour cela il y a quelques solutions.

Rendre MobileMe gratuit (ou réduire largement son tarif) et proposer une synchronisation de TOUT l’iPad

Ah, le Cloud Computing… Ce magnifique horizon qui fait tant rêver les hommes ! Je dois admettre que je ne suis pas un fan de l’idée du tout en ligne. Appelez-moi vieux con ou ce que vous voulez, mais l’idée d’avoir mes informations sur Internet et nulle part ailleurs ne m’excite pas plus que ça, parce que quoi qu’on en dise, Internet n’est pas accessible partout, tout le temps. Si vous saviez le nombre de bâtiments ou rues dans Paris dans lesquels on n’attrape aucun réseau téléphonique et où tous les réseaux Wi-Fi sont saturés et fermés…

Cependant, l’idée d’une sauvegarde en ligne externalisée est intéressante, si on adjoint donc les possibilités de synchronisation de contenu. Si on peut récupérer ses contenus en ligne à partir d’un autre service, pourquoi pas. Dans ce cas, l’écran de démarrage de l’iPad pourrait soit proposer de se connecter à un réseau Wi-Fi pour ensuite rentrer ses identifiants MobileMe ou autre, et vivre sa vie tout seul.

Cela suppose également de trouver des méthodes pour transférer des contenus de l’ordinateur sans passer par le Wi-Fi, mais là encore, l’iDisk pourrait être une bonne méthode. Une mise à jour d’iTunes permettrait alors de synchroniser sa musique, ses photos, etc… d’iTunes vers l’iDisk. Le contenu serait accessible via me.com, mais également en streaming ou téléchargement vers l’iPad… Sexy non ?

Transformer les bornes Airport ou les Time Capsule en agents iTunes

Une autre solution serait de transformer les bornes existantes ou de créer un nouveau type de borne Airport capable de sauvegarder le contenu d’un iPad automatiquement. Ainsi en cas de problème, on pourrait brancher l’iPad sur la borne via USB, et le restaurer. On pourrait aussi partager plus facilement nos contenus personnels, par exemple les photos, entre plusieurs iPad, simplement en s’appuyant sur la borne. Il faudrait cependant un vrai processeur pour gérer ces contenus, d’où une autre solution à mon goût encore plus pertinente…

Transformer AppleTV en iTunes Media Center

Cette idée rejoindrait quelque peu la précédente. Plutôt que de faire d’AppleTV un simple moyen de diffusion de contenu sur la télévision, Apple pourrait en faire un vrai mini-ordinateur simple à contrôler, avec une sorte d’iTunes OS au milieu. Plutôt que de faire uniquement de la lecture, on pourrait aussi connecter son iPad dessus via Wi-Fi pour lire son contenu multimédia, et là encore utiliser le disque interne pour sauvegarder le contenu de l’iPad façon Time Machine, ou même le restaurer en cas de problème.

Car un des problèmes qui reste avec l’iPad, c’est aussi… comment le restaurer en cas de problème ? À l’heure actuelle, il n’est possible de réinstaller son iPad qu’avec iTunes, et donc un ordinateur. Pas de DVD système fourni avec… alors que même le MacBook Air dispose d’un tel DVD ! C’est là encore iTunes qui sert de plate-forme de contrôle pour télécharger les mises à jour système, et les installer… ou restaurer iPhone OS.

En tout cas, si on regarde de près la forme d’Apple TV, de Time Capsule, ou encore du Mac mini, on se dit qu’il y a peut-être une convergence… Et si l’Apple TV en tant que tel manque d’attrait, en faire la plate-forme de sauvegarde et de synchronisation de l’iPad deviendrait diablement intéressant.

L’émancipation de l’iPad sera certainement complexe. Mais elle pourrait proposer à Apple de nouveaux challenges intéressants, et sûrement de nouvelles opportunités commerciales. Mais en attendant…il va falloir continuer de brancher ce sacré câble USB !

Adobe contre Apple : un combat de vingt-cinq ans

(Attention, billet long…)

La fameuse clause 3.3.1 du SDK d’iPhone OS 4 n’en finit plus de faire parler d’elle. En résumé : cet article indique que « les applications doivent être écrites en Objective-C, C, C++ ou Javascript exécuté par le moteur Webkit d’iPhone OS. Les applications qui pointent vers des API documentées par l’intermédiaire d’une couche de translation ou de compatibilité sont interdites ».

La conséquence directe serait d’interdire les applications générées à partir d’environnements comme de développement comme le tout frais Packager pour iPhone intégré à Flash CS5, ou des outils comme Monotouch, Unity ou encore d’autres.

Les commentaire sont évidemment enflammés, et pour beaucoup, on y voit la main malfaisante d’Apple, qui cherche à brimer les développeurs, en les obligeant à faire de l’Objective-C au lieu d’utiliser des technologies « standard » (je mets « standard » entre guillemets, vous comprendrez plus loin pourquoi).

Surtout, surtout, cela serait le morceau de trop, la preuve de l’arrogance ultime d’Apple et de son mépris pour ses partenaires qui ont tant œuvré pour sa survie durant tant d’années. On doit donc remercier Adobe chaleureusement d’avoir continué à sortir Photoshop & co même lorsque Apple était au fond du gouffre.

Réduire le problème à ce simple débat « Gentil Adobe – Méchant Apple » est bien trop simpliste. La situation est particulièrement complexe, tout comme les relations entre Apple et Adobe.

Pour bien comprendre pourquoi il y a tant d’enjeux aujourd’hui autour d’iPhone OS, il faut repartir à l’origine de la discorde entre Apple et Adobe. Pour moi, elle commence dès 1985, lorsque Apple sort la première LaserWriter. Pour utiliser celle-ci, il fallait envoyer des fichiers utilisant le langage de description de page PostScript. Apple a donc acheté et intégré de juteuses licences PostScript dans ses imprimantes. Sans oublier le coût des polices PostScript, qu’Adobe faisait payer le prix fort. Avec parfois quelques subtilités : par exemple, pour créer des polices PostScript type 1 de meilleure qualité que les PostScript Type 3 , il fallait investir lourdement, les licences proposées par Adobe étant particulièrement coûteuses. C’est ce coût qui a poussé Apple à créer la technologie TrueType et à la licencier gratuitement à Microsoft. Quelle a été la réaction d’Adobe ? Hop, on publie gratuitement toutes les specs de PostScript Type 1… Il n’y a pas mieux que de couper l’herbe sous la concurrence.

Faisons un petit bond dans le temps… En 1997, juste après le rachat d’Apple par NeXT, ou le contraire, on ne sait plus trop. La migration vers Mac OS X va obliger les développeurs à migrer les applications du C++ vers Objective-C. Et ça, ça ne plait pas vraiment à Adobe, Microsoft ou Quark, car ça veut dire beaucoup de travail pour adapter leurs applications vers Mac OS X. Pour éviter de froisser les susceptibilités, Apple crée l’API Carbon, qui va permettre une transition en théorie plus simple des applications héritées de Mac OS vers Mac OS X. Seulement, cela a une conséquence directe pour le développement sur Mac OS X et pour les utilisateurs : certes le travail de développement est facilité pour les développeurs, mais la maintenance de deux API (Carbon et Cocoa) est un travail colossal, épuisant nombre de ressources humaines et rallongeant d’autant les cycles de développement. 1. Carbon a été annoncé comme abandonné depuis 2009, et des logiciels comme la Creative Suite 5 viennent juste d’être portées vers Cocoa… Dix ans de perdus.

Ensuite, il a fallu un temps très long à l’époque pour voir arriver Photoshop en version Mac OS X : alors que ce dernier est sorti en mars 2001, on ne vit débarque Photoshop 7 qu’un an après. Même Quark XPress et Office vX étaient sortis bien plus tôt. Ouch.

Les problèmes ont continué quand Apple a décidé d’intégrer des technologies pour accélérer le fonctionnement des applications graphiques, en particulier Core Image. On aurait pu voir arriver des modules fantastiques pour Photoshop s’appuyant sur les fonctionnalités de Mac OS X. Pas de chance : chez Adobe, on développe pour du multi-plate-formes, même si ça veut dire négliger les fonctions standard du système, et ce même si cela peut avoir un impact sur les performances pour l’utilisateur.

Cette tendance au mépris de la plate-forme s’est accentué avec l’arrivée de « l’interface Adobe » : depuis quelques versions, la Creative Suite propose ses propres modèles de fenêtres, palettes, au mépris des conventions du système, qu’il s’agisse de Windows ou de Mac OS X. Plutôt que de faire plus de travail et de bien nous intégrer à chaque OS, autant mal nous intégrer aux deux ! Après tout, cela sera bien plus simple pour les gens qui travaillent sur les deux systèmes… Même si le pourcentage de clients qui passent d’une plate-forme à l’autre régulièrement est sûrement peanuts. On se retrouve donc avec une interface dans l’interface, pour faciliter le travail d’Adobe. Et tant pis pour l’homogénéité de chaque système, hein.

Pendant ce temps, Adobe continue sa progression, et innove quand même en attaquant directement Quark XPress avec InDesign. Ce dernier s’est fait rapidement un gros succès par sa bonne intégration à la suite CS, ses innovations technologiques, un tarif agressif par rapport à son concurrent qui lui stagnait autant que son développeur était arrogant… Problème : après avoir utilisé la Creative Suite pour imposer InDesign dans un bundle somme toute bien pensé, Adobe n’a eu de cesse de faire grimper les tarifs de sa suite logicielle. La CS d’aujourd’hui coûte quasiment le double d’il y a cinq ans. Ouch. 2.

Adobe a aussi su se faire remarquer en rachetant Macromedia et ses différents logiciels, dont l’inévitable Flash (tiens tiens). Bien sûr, avant l’acquisition, pas de souci, on continuera le développement des logiciels de Macromedia. Utilisateurs de Freehand, soyez sans crainte ! Enfin pour un an, pas plus hein. Après, à la trappe, vous passerez sur Illustrator, même s’il est beaucoup moins efficace pour votre travail, na ! Au passage, Adobe a aussi racheté des produits comme Golive, qui ont également disparu, la faute au rachat de Macromedia. Merci pour rien, les gars. Sans oublier des softs formidables comme FrameMaker, toujours reconnu comme la référence des outils de création de documents techniques. Zou, en 2004, à la trappe la version Mac OS X ! Il ne reste plus qu’une version Windows XP/Vista à l’heure actuelle… au grand désespoir de beaucoup, pas vrai JCC ?

Adobe, c’est aussi la boite qui a décidé un jour d’arrêter Adobe Premiere pour le Mac (lors de la sortie de la version Pro), pour se raviser en 2006, suite au succès de Final Cut Pro et Final Cut Express qui commençait à lui faire un peu mal… C’est aussi la boite qui a décidé que sur Mac, il faudrait obligatoirement une version d’Acrobat Pro trois fois plus chère que la version Windows pour faire des PDF. Tiens, Acrobat… On pourrait en écrire des pages entières sur ce chef-d’œuvre de lourdeur, de non-ergonomie, dont une grosse partie des composants ne fonctionne que sur Windows (Acrobat LiveCycle Designer ou Acrobat Pro Extended, par exemple). Je ne le ferai pas, John C. Welch l’a fait bien mieux que moi (mais en anglais).

Mais Adobe, c’est surtout, depuis quelques années, la technologie Flash. Et vous savez quoi ? Comme beaucoup à ses débuts, j’ai admiré cette technologie, le fait que Flash permette de faire des sites beaucoup plus beaux, plus interactifs, etc. Malheureusement, depuis quelques années, on a constaté de façon assez étonnante des différences de performance entre les versions Windows et Mac de Flash assez bizarres. Chez Adobe, on fait des logiciels pour les technologies du futur, alors optimiser, hein, c’est pour les faibles ! J’exagère ? Si peu… Flash s’est cependant imposé, car c’était la technologie la plus pertinente et la plus standardisée pour créer des jeux, des sites intégrant du contenu multimédia, et bien d’autres de façon assez simple. En particulier, Flash s’est imposé comme LA méthode de diffusion de vidéo… même si elle fait passer les processeurs les plus rapides à 99% d’utilisation pour afficher des images qui bougent.

Le problème, c’est qu’avec le temps, la technologie est donc devenue lourde. Et surtout, HTML5 propose de remplacer en grande partie Flash par ses possibilités d’animation et d’intégration vidéo, sans passer par un plug-in. Et l’iPhone a clairement montré qu’un monde sans Flash était possible. Il est peut-être temps que Flash disparaisse pour laisser la place à un vrai standard.

Mais que peut-donc penser Adobe de tout cela ? Pas compliqué : ses outils permettent de créer le contenu Flash. Mais plutôt que de penser à se pencher vraiment à fond vers HTML et estimer qu’il était désormais temps à Flash de laisser la place au vrai standard, elle décide d’aller encore plus loin dans l’intégration ! « Write Once, Run Everywhere »… Flash est le nouveau Java selon Adobe. Malheureusement, cette fameuse promesse de Java n’a que rarement été tenue : il n’est pas rare de tomber sur un applet Java qui requiert l’usage de Windows… De même, certains développeurs n’apportent le maximum de support technique qu’aux versions de Java tournant sur un ordinateur équipé de Windows. Enfin, il est clair que pour faire du WORE (ahem), il faut délaisser l’optimisation pour des plate-formes spécifiques, et donc créer un nivellement par le bas. Il est impossible qu’une technologie fonctionne de façon standard, partout, de façon archi-optimisée. Sinon, quel intérêt de faire des produits différents… Si c’est pour retrouver la même chose que chez les autres ? Où est le caractère de différenciation ?

Pour Apple, le message a été clair dès le départ : pas de Flash pour l’iPhone. Et chez Adobe, on est furax à l’idée de ne pas pouvoir faire tourner Flash sur l’iPhone, l’iPod touch ou encore l’iPad (cf les différents commentaires sur les différents blogs des gars d’Adobe). Imaginez : une société décide de ne pas se soumettre à la puissance du Dieu Adobe ! Désolé les gars, mais Apple a aussi le droit de décider des technologies compatibles avec ses appareils. Tout comme Adobe peut décider sur quelles plate-formes ses logiciels tourneront, avec ou sans l’avis de leurs anciens clients (voir par exemple les polémiques sur Adobe qui refuse que Microsoft intègre le PDF dans Office (ça semble avoir changé depuis), ou de donner accès à l’intégralité des fonctions de Flash pour raisons concurrentielles). Pour Apple, l’utilisation de Flash mettrait à genoux les appareils portables côté autonomie. 3 Les performances des applications portées de Flash vers iPhone sont par ailleurs pour le moment assez pitoyables… Pas vraiment de bonnes citoyennes.

La décision de couper court à tout environnement de programmation pour porter des logiciels en Flash vers iPhone OS peut sembler arbitraire, mais demeure finalement très logique. De même, Apple n’a pas peur de prendre des décisions radicales avec des technologies obsolètes : lecteur de disquettes, ports série, SCSI, PowerPC…S’il y a bien une entreprise capable de couper avec le passé, c’est bien Apple. Alors que pour Adobe, il sera difficile de tenir tête. Elle ne peut pas se permettre de cracher aujourd’hui sur une plate-forme qui représente une partie non négligeable de ses revenus et qui fonctionne très bien sans elle. 4. Si l’iPhone ne se vendait pas, Adobe aurait de quoi faire levier, mais en l’état actuel, il n’y a pas de concurrent valable à l’iPhone qui pourrait remettre Flash sur le devant de la scène mobile.

Flash est désormais un dinosaure de l’informatique. Le succès des logiciels bloqueurs de Flash comme Click2Flash montrent l’agacement de plus en plus important envers Flash. Adobe génère aujourd’hui du Flash, mais pourquoi ne pas embrasser dès aujourd’hui le HTML5 à fond ? Certes il y a un export Flash -> HTML5 disponible dans Flash CS5… Mais Adobe semble moins le mettre en avant que son export pour iPhone. Ne serait-il pas à la hauteur ? Ou parce que cela serait admettre qu’il existe une autre piste que Flash pour le Web ?

De technologie puissante et créatrice, Flash est devenu le nouveau Java, avec une promesse « écrit une fois, lisible partout ». Cette promesse est cependant irréalisable et crée un nivellement par le bas, ce qui est inacceptable pour une boite comme Apple. Il est désormais temps de laisser la place aux successeurs de Flash, basés sur de vrais standards… mais Adobe n’aime pas trop les standards qui ne lui appartiennent pas (tiens tiens). Et si Apple doit utiliser la méthode forte pour éliminer Flash, croyez-bien qu’elle n’hésitera pas à le faire. Même – et surtout – si cela doit gêner un ami de trente vingt-cinq ans…

À lire également (en anglais) :
– Le point de vue de Jean-Louis Gassée (ex-DG d’Apple France et ancien VP d’Apple), dans ses Monday Notes ;
– Un autre article-fleuve de Daniel Eran Dilger sur RoughlyDrafted.

  1. Même si de nombreuses applications d’Apple ont pu bénéficier aussi de l’aide de Carbon, en particulier le Finder, il n’est pas sûr que les ressources mises sur Carbon n’auraient pas bénéficié à réécrire un Finder en Cocoa bien plus rapidement. Ce dernier n’est arrivé qu’avec Snow Leopard…
  2. Et ne pensez pas faire des économies en l’achetant en ligne : pour télécharger la CS4, il vous en coûtera la bagatelle de 30€… Et pourtant, Adobe estime être une compagnie verte. Eh ben
  3. L’expérience sur les téléphones portables compatibles Flash semble montrer qu’Apple a vraiment raison sur ce point.
  4. Et quand bien même elle le ferait, je suis convaincu que ça n’embêterait pas plus Apple que ça puisque 1) chaque Mac peut faire tourner Windows et 2) Apple doit probablement avoir un Photoshop Killer prêt à sortir au cas où dans les labos. Ne rigolez pas : Mac OS X pour Intel a été un fantôme pendant 5 ans.

Message important à mes lecteurs

Ami lecteur,

J’avais prévu hier de publier un loooooooong article sur la guerre entre Adobe et Apple, expliquant les tenants et aboutissants de la lutte qui a conduit aux événements de ces derniers jours.

Le seul hic, c’est qu’entre temps, j’ai ceci qui a débarqué sur mon bureau :

Alors autant te dire, ami lecteur, que la guéguerre susnommée, d’un seul coup je m’en tape un peu le coquillard. Mais promis, je le finirai un jour, cet article.

En attendant, j’ai plein de nouvelles applis à tester, moi. Nyark nyark.

PS : pour mes commentaires en direct, suivez-moi sur Twitter !

L’iPad, l’ordinateur anti techno-logique

Dire que l’iPad est en train de faire bouillonner la blogosphère, voire le web tout entier est un euphémisme. Et plus je lis les commentaires, plus je crois qu’on fait tous fausse route, parce que nous – ceux qui lisent ce blog – sommes dans l’ensemble tous des geeks. Et pour comprendre l’iPad, il faut arriver à comprendre pourquoi Apple aime tant créer des produits de rupture technologique… ou plutôt, de rupture avec les techno-logiques.

Qui sont les techno-logiques ? Ce sont vous, moi, les gens qui lisent ce blog pour la plupart, et qui baignent dans l’informatique depuis des années. Des gens qui ont appris à manier une souris, un clavier, et qui en on fait parfois leur passion, leur métier. Des gens qui calculent l’intérêt technologique d’un produit en fonction de ses caractéristiques techniques : « Ah ouais, mais le PC machin il a 3 GHz alors que l’autre en a que 2,8, et en plus moi sur mon téléphone Samsoul j’ai un clavier avec des vraies touches alors tu comprends, hein, pour moi qui fait du mail toute la journée c’est indispensable, alors ton iFaune hein… ».

Les techno-logiques, ce sont aussi les gens qui testent les produits, qui le dissèquent, le critiquent, et le jugent par rapport à l’existant, selon des matrices prédéfinies, et selon leurs propres usages. Ce sont ceux qui aiment Excel, parce qu’on peut faire des macro super balaises avec, ou adorent le clavier du Blaquebeuri parce qu’il leur permet de taper des e-mails super vites en étant tout le temps connectés.

Mais le succès de l’iPad ne se fera pas avec ce public, qui souhaite voir toujours plus de fonctions dans un produit, en envisageant ce qu’il ne fait pas, tout en oubliant ce qu’il fait mieux que les autres.

Le meilleur testeur de l’iPad, c’est effectivement celui que les cokinous de Mac4Ever ont surnommé iMamy, en hommage à iPapy (très beau poisson d’ailleurs, vous remportez évidemment le trophée Findus, les gars !). Et vous savez quoi ? Ils ont parfaitement raison. D’ailleurs, ils visent totalement juste lorsqu’ils parlent de l’ordinateur du troisième âge. Sauf que je parlerais plutôt du troisième âge de l’informatique :
Premier âge : l’interface programmeur, ligne de commande, courbe d’apprentissage (trop) élevée ;
Deuxième âge : l’interface graphique, clavier + souris, courbe d’apprentissage relativement peu élevée ;
Troisième âge : l’interface tactile, manipulation directe, courbe d’apprentissage quasi-nulle.

Les vieux de la vieille (ahem) qui ont connu les premiers Mac se souviendront également que ces ordinateurs étaient souvent considérés avec mépris, comme des jouets, parce qu’ils rendaient accessibles des concepts qui étaient auparavant réservés à une élite. Vingt ans plus tard, l’interface graphique n’a pas évolué radicalement, la plupart des concepts étant toujours en vigueur, mais la complexité s’est accentuée : d’un dossier Système contenant sept (oui, 7) éléments, on est passé à un monstre de dizaines de milliers de fichiers pesant plusieurs Go sur le disque dur. Nos souris ont fait des crises d’acnée, le clavier a gagné un pavé numérique et plein de touches de navigation pour prendre plus de place sur notre bureau.

L’iPad est le retour aux sources de la simplicité. Et il ne peut faire qu’enrager le techno-logique, qui ne peut pas comprendre pourquoi l’iPad ne gère pas le Flash, pourquoi l’iPad n’a pas de vrai clavier, pourquoi il n’est pas équipé d’une webcam. Parce qu’il sera concentré sur ce que l’iPad n’est pas, il oubliera l’essentiel : tout le monde n’est pas un techno-logique.

Le poisson et les critiques à peine voilées de Mac4Ever (car sous l’humour se cache une vraie critique, je les connais assez maintenant ;-) ) ne masquent pas la déception de cette génération techno-logique qui aurait tant voulu que l’iPad soit leur tablette. Ils espéraient un produit pour eux, manque de bol, Apple propose un produit pour « the rest of us », comme le dit souvent si bien Apple elle-même.

D’un certain côté, cela me fait furieusement penser à Nintendo et la Wii : avec cette console, Nintendo a freiné dans la course à la puissance brute, pour proposer une technologie de rupture, une interaction nouvelle, plus simple à appréhender. Cela en fait hurler certains mais la stratégie très claire de Nintendo a été couronnée de succès, au moins commercialement, en faisant sortir le jeu vidéo de l’habituel cercle des joueurs.

Et bien, l’iPad, c’est en quelque sorte la Wii d’Apple : un produit simple d’emploi, pour les non-technoïdes, qui ne cherchent pas à savoir la quantité de mémoire vive de leur ordinateur (d’ailleurs ça sert à quoi, la mémoire vive ?), mais qui veulent un objet qui leur permet de bénéficier d’Internet et de nouveaux outils sans peine. Et quoi de plus rageant pour ceux qui suivent Apple depuis tant d’années de se dire qu’elle préfère mettre ses ressources dans iPhone OS plutôt que dans Mac OS X, qui est leur outil de tous les jours, et qu’elle préfère se consacrer à l’informatique pour tous plutôt qu’à l’informatique pour eux seul… « Trahison ! », iront même crier certains. Pourtant, le travail d’Apple consiste aussi à investir de nouveaux terrains, à trouver de nouveaux clients, et à rendre ses produits et ces nouvelles technologies accessibles au plus grand nombre. Et après tout, ça n’empêche pas les techno-logiques de continuer à être fournis en produits de haute qualité, non ? La plus grosse faiblesse de l’iPad reste quand même d’être encore un périphérique de l’ordinateur : sans iTunes sur un Mac ou PC, point de combat ! Il faudra qu’Apple se décide à couper le cordon entre l’iPad et l’ordinateur classique pour lui donner toute sa légitimité. Ça n’arrivera peut-être pas demain, mais cela arrivera probablement un jour.

Un dernier point : il y a dix ans, Steve Jobs avait dessiné une matrice très simple pour la gamme Apple :

Aujourd’hui, il faudrait redessiner la gamme Apple ainsi :

Mac OS X va devenir de plus en plus le système professionnel d’Apple et un outil de production de contenus, alors qu’iPhone OS gagnera en maturité. Cependant, les deux continueront à exister, ne serait-ce que parce que Mac OS X est un terrain de jeu plus performant pour Apple. Mais je ne serais pas surpris de voir une convergence de plus en plus forte entre les deux OS avec le temps… Jusqu’à les fusionner ? Je ne sais pas. Est-ce impossible ? Probablement autant que supprimer le lecteur de disquettes, lancer un lecteur MP3 ou basculer sur processeur Intel…

L’iPad ne sera peut-être la révolution des média, mais c’est bien plus qu’un simple ordi sans webcam ou sans flash. C’est une nouvelle piste de réflexion pour Apple. Que cela se fasse avec, ou sans les Mac-fans.